‹ Du spiritualisme et de la natureChapitre 62 sur 91 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE T · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE T

pie, il serait difficile de lui refuser le pouvoir de produire l'animal voisin qui en diffère de si peu; de celui-ci on atteindrait sans peine l'animal qui est immédiatement au-dessus, et peu à peu on arriverait jusqu'à l'homme.

D'ailleurs, il ne serait pas nécessaire que l'homme naquît sous sa forme même. On ne sait pas quels changements peut apporter chez les êtres l'influence des circonstances où ils se trouvent , l'opération incessante des agents physiques ; et, par conséquent, il ne serait pas nécessaire que la nature fît un si grand effort pour engendrer un individu d'une espèce supérieure ; elle y pourrait suppléer par un autre travail, qui modifierait des espèces inférieures une fois engendrées , pour les élever.

Enfin , toutes les classes d'êtres vivants sont liées par un rapport beaucoup plus étroit. Des savants , s'appliquant à l'embryogénie , ont cru trouver que l'œuf d'où doit sortir plus tard un homme, ne contient pas dans les premiers temps un homme en petit ; qu'en ouvrant cet œuf à différentes époques, on y voit d'abord une simple monade , puis un ver, puis à un certain intervalle , et après d'autres formes , un poisson , et ensuite un reptile , bientôt un oiseau , enfin un homme, dont la figure persistera. Si ces observations sont vraies, il n'y a pas entre les classes

d'êtres vivants cette différence si tranchée qu'on suppose d'ordinaire ; en réalité, il n'existe qu'un seul type, avec des esquisses plus ou moins légères; la nature travaille sur un seul plan, et, comme tout artiste , elle ébauche son œuvre avant de l'achever ; elle l'ébauche d'abord grossièrement, au point que l'œil le plus exercé ne reconnaîtrait pas son dessein : c'est une masse où Ton ne discerne rien, sans nulle beauté; mais laissez faire l'artiste, cette masse, tout à l'heure informe, se distingue, les parties se détachent, les détails s'accusent ; laissez-le faire encore, il y met la dernière main, et vous admirerez un chef-d'œuvre. Ainsi la forme la plus imparfaite de la vie , la monade , est liée à la forme la plus parfaite, du moins selon notre connaissance, qui est l'homme; c'est le grand chemin de la nature, et toutes les autres formes sont purement des intermédiaires qui marquent les temps d'arrêt de la force plastique.

Réunissez ces théories; la première, qui donne à la matière le pouvoir de s'organiser elle-même, par la seule influence des lois qui la régissent; la seconde, qui rapproche, qui fond ensemble les organisations apparemment les plus éloignées; la troisième, qui les fait se substituer l'une à l'autre par l'influence des milieux où elles existent ; la dernière, qui les envisage comme des

ébauches plus ou moins parfaites d'une forme unique, et concluez. Ce qui se passe maintenant pour Ja naissance d'un individu dans un organe caché, s'est passé jadis à ciel découvert. Au commencement , comme aujourd'hui , la vie a pris possession de la matière, en suivant les mêmes degrés, car la nature n'a pas deux procédés, elle est constamment uniforme.

On demandera , il est vrai , comment il s'est fait que la matière s'organisât un jour plus tôt que l'autre, et comment il s'esf fait aussi qu'au lieu d'une seule et même espèce d'êtres, il naquît des espèces différentes. Ce sont deux questions que nous allons examiner.

La première question se résout d'elle-même. De même que les propriétés physiques et chimiques de la matière ne se révèlent que dans certaines circonstances déterminées, de même aussi cette autre propriété qu'elle possède, de vivre, demeure cachée , tant que les circonstances nécessaires à son développement sont absentes, et paraît dès qu'elles paraissent. La rencontre de particules matérielles, sous certaines conditions de distance, de forme, de chaleur, d'électricité, de lumière, etc., suffira pour opérer ce changement. Sous nos yeux, quand ces circonstances se réunissent, la vie jaillit de la matière inerte; et bien avant nous, aussitôt que le globe, incan-

deseent pendant des siècles , a été propre à la vie, quand la chaleur a été mesurée, par exemple , des phénomènes nouveaux ont marqué ce nouvel état, la matière a commencé de vivre.

La seconde question n'est pas plus embarrassante. La même cause qui fait que la matière inorganique s'organise, fait aussi qu'elle se développe plus ou moins. Supposez les circonstances défavorables, elle s'arrête dès les premiers pas, et ne vous livre qu'une monade; supposez-les, au contraire , aussi convenables que possible , elle atteint sa limite , et vous avez un homme. Puis, entre ces deux termes extrêmes, concevez des intermédiaires, des stations, et vous aurez ainsi la création vivante tout entière.

Consultez l'histoire de notre globe, elle vérifiera cette théorie. Qui voyez-vous paraître aux premiers et aux derniers temps? Les monades et l'humanité : l'une ouvre la série des formes vivantes, l'autre la clôt ; et celle-là, qui est la première en date, est la dernière dans la hiérarchie, comme celle-ci, qui est la dernière venue, est la première par le rang. Ainsi, quand l'air est encore embrasé , le sol mal refroidi, quand la Nature est encore sauvage, il naît des êtres grossiers, qui se placent immédiatement au-dessus de la matière inerte ; puis , à mesure que la violence des agents physiques se calme , ils suscitent et

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