‹ Du spiritualisme et de la natureChapitre 68 sur 91 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Que Dieu crée éternellement.

Si Dieu a créé le monde, il était bon qu'il le créât ; or, ce qui est bon, Dieu ne le veut pas par accident, mais par nature ; il ne le veut pas un jour, mais éternellement ; donc il a éternellement voulu créer. En outre, cette volonté éternelle a reçu son éternel eft'et ; donc le monde créé par Dieu a été éternellement créé.

A celte doctrine on ne manque pas de faire l'objection suivante : qui dit créé, dit quelque chose qui a commencé S être, et vient après une autre chose par quoi il est ; l'effet est nécessairement postérieur à sa cause. Par conséquent, le monde produit par Dieu ne lui est pas contemporain : il a paru dans un point de la durée , il est né un certain jour, et toute tentative de comparer son existence avec l'existence infinie est insensée.

Cet intervalle qu'on place entre la volonté et l'acte est-il réel? Qu'il en soit souvent ainsi pour l'activité humaine, et qu'après une résolution arrêtée, l'exécution ne suive pas immédiatement, ou que même une autre résolution survienne qui détruit la première, rien de plus commun;

mais niera-t-on qu'il y ait une foule de cas où la volonté et l'action sont tellement unies qu'il est impossible de distinguer par l'observation les instants où elles s'accomplissent, d'apprécier un intervalle si petit qu'on l'imagine? Pour soutenir qu'il existe, il faut ou bien le supposer, conclure par induction des cas où on le trouve à ceux où on ne le trouve pas ; ou bien, partant de ce principe que la cause est antérieure à l'effet, déclarer, au nom de la raison, qu'il est impossible qu'il en soit autrement.

 ceux qui appliqueraient ici une prétendue loi générale, je dirai : Votre induction est hâtive; vous n'avez pas le droit, après avoir observé une classe de faits, d'imposer votre généralisation à une autre classe. C'est comme si, des circonstances où la volonté est le fruit de la délibération, on concluait qu'elle est toujours délibérée, et que la spontanéité est une chimère.

A ceux qui invoquent la raison je dirai : sans doute il est contradictoire que l'agent soit postérieur à l'effet; mais s'ensuit-il qu'ils ne puissent être simultanés? Quelques exemples montreront qu'un tel jugement est insoutenable.

Toute qualité suppose une substance où elle réside, et il serait absurde de dire qu'elle lui est antérieure. En conclurez-vous que dans un certain temps une substance a existé nue et sans

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