‹ Du spiritualisme et de la natureChapitre 70 sur 91 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X

est par soi est Dieu, ou du moins sans maître, car son existence est nécessaire et absolue. Exister par soi-même, n'avoir rien au-dessus de soi, et toutes choses au-dessous, voilà ce qui est vraiment d un Dieu ; là où ces qualités se trouvent, là se trouve inévitablement la Divinité. Il est certain aussi que Dieu est éternel; mais s'ensuit-il que tout être éternel soit Dieu? La conséquence n'est pas évidente : Quand on a dit cela, il reste encore à dire quelle est cette nature qui remplit le temps entier de son existence, carie caractère d'éternité ne nous l'apprend pas. Cet être qui a toujours vécu tient-il la vie de lui-même, et par suite est-il indépendant et tout-puissant ? Là est là question. Si le monde est son propre principe, il est Dieu; s'il est éternellement créé, il est éternellement soumis, dans son fond et dans ses qualités, à celui qui l'a fait être.

Il est contradictoire que deux êtres soient infinimenf puissants, car l'un borne l'autre , et ces deux infinis, en se limitant, se détruisent; mais que les deux coexistent dans l'éternité, cela est-il absurde, et l'infinité de l'un nuit-elle à l'infinité de l'autre? Le temps est-il donc comme le pouvoir, et ne saurait-il se partager sans s'amoindrir?

Dieu est parfaitement sage : il voit le bien sans ombres, et l'exécute sans délibérer. Si vous supposez qu'un autre être soit infaillible et impec-

cable, élevez-vous un autre Dieu en face du vrai Dieu? Oui, sans aucun doute, si vous ajoutez que cet être possède en propre, par lui-même, ces vertus souveraines; non, si vous déclarez qu'il les possède par délégation du Créateur. Aussi le christianisme, si jaloux de la grandeur de Dieu, et qu'on n'accusera pas de disperser dans le monde cette majesté, le christianisme admet que les justes, en récompense de leur sainteté, parvenus à l'autre vie, perdront l'ignorance et la faiblesse, verront le bien clairement, s'y attacheront de toute leur âme, et ne manqueront jamais de l'accomplir; ils perdront la faculté de pécher. Le christianisme n'a-t-il pas encore des anges, fidèles serviteurs de la. bonne cause, brillants d une éternelle pureté?

Certaines qualités sont tellement inhérentes à Dieu que souvent, au lieu de lui donner ce nom, nous l'appelons par une de ces qualités : ainsi, nous exprimons la même idée par ces mots : Dieu, l'Éternel, le Tout-Puissant, l'Être absolu, l'Être parlait, le Saint des Saints, l'Infini; et, en effet, tous ces attributs lui conviennent; mais à quoi nous ne prenons pas garde, c'est que, parmi eux, les uns sont sa propriété exclusive, et les autres sont communicables, et, quoiqu'ils soient une perfection, n'emportent pas avec eux la divinité.

Il était donc permis de dire que le monde est

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