‹ Du spiritualisme et de la natureChapitre 82 sur 91 · PERSE · texte numérisé non relu

PERSE

Avant 2 toutes choses existait l'Eternel, le temps qui n'a point eu de commencement et n'aura point de fin , le Bon Suprême qui a fait toutes choses. L'Eternel, par son essence, est Verbe. Du trône du Bon fut donné le Verbe, l'excellent, le pur, le saint, qui était avant que le ciel fût, non plus qu'aucune des créatures. Ce Verbe de bonté est Ormuzd : image resplendissante et vaste de l'infini, toujours lumière et lumière immense, dont la volonté infiniment sainte a sa source profonde dans l'Etre. Il s'appelle

1 Introduction à l'histoire du Buddhisme indien, avertissement.

2 Religions de l'antiquité, tome I, partie I, p, 308, et notes.

le grand Roi, tout-parfait, tout-puissant, tout-sage, corps des corps, qui vivifie et nourrit toutes choses. Il est le fond et le milieu de tous les êtres, le principe des principes, la science et le dispensateur de la science, la raison de tout. A Ormuzd fut opposé Ahriman, la source et le principe de toute impureté, de tout vice et de tout mal ; sa chute ne vint point de l'Eternel, mais de lui-même, et par lui furent engendrées les ténèbres; aussi loin qu'elles s'étendent s'étend l'empire d'Ahriman.

Et l'Éternel n'a pas voulu la naissance d'Ahriman, mais il l'a tolérée, et cela par un motif éminemment moral. Une carrière a été donnée au mauvais principe pour combattre et limiter son adversaire, afin que celui-ci, par un effort contraire, brise les limites qui lui sont opposées, et que l'énergie morale triomphe dans cette lutte glorieuse. Un jour toute barrière disparaîtra, le mal lui-même se résoudra dans le bien ; leur longue hostilité se conciliera en se confondant dans la lumière et dans l'amour, et alors commencera un règne éternel de lumière sans ombre et sans tache.

Quand ils furent créés, les deux principes se mirent à l'œuvre et créèrent tour à tour. La création fut achevée en six mille ans. Ormuzd fit tout ce que le monde renferme de bon, Ahriman tout ce qu'il renferme de mauvais; et ainsi tous les êtres inertes ou animés sont partagés en deux camps, et la grande lutte des deux ennemis dans l'espace vide se continue sur tous les points de l'univers, entre toutes les créatures différentes, et dans la même créature entre ses différents pouvoirs.

Mais l'ordre de l'univers se maintient, la vie triomphe de la mort, le bien du mal ; il y a donc, outre les deux puissances ennemies que nous avons nommées, une autre puissance médiatrice qui assure la victoire du bien : c'est

Mithras. Il est l'amour, et l'amour est son nom. Dans son rapport avec l'Eternel, il est le soleil de grâce; dans son rapport avec Ormuzd et Ahriman , il est le feu d'amour; dans la nature, il est le protecteur et le purificateur du soleil, souillé par les ténèbres; vis-à-vis de l'homme, il est encore le purificateur ou le réparateur. Partout, sous tous les points de vue, il est médiateur. Comme esprit de l'intelligible lumière, il est le fils du Verbe qui donne la vie. C'est lui qui proclame le Verbe ou la parole divine, et il réside en ceux qui la publient, dans les saints prophètes; il réside aussi dans les législateurs, dans les héros et dans les rois; il est le Dieu- homme qui seconde ici-bas les grands desseins de l'Eternel ; il représente chez les Perses le Vichnou des Indiens, et le rappelle complètement par ses incarnations et sa vertu bienfaisante.

Ormuzd, Ahriman, Mithras, tels sont les trois grands êtres qui gouvernent le monde sous l'œil de l'Eternel; mais entre la divinité suprême et nous il y a d'autres intermédiaires, toute une création invisible, une foule d'esprits qui interviennent dans nos affaires pour le bien ou pour le mal. D'Ormuzd dérivent les sept Amschaspands, essences immortelles, et les vingt-huit Izeds qui forment leur cortège et sont destinés à porter à Ormuzd les prières des hommes pieux, et à verser sur eux les bénédictions d'Ormuzd ; enfin les innombrables Fervers *, modèles purs, idées des êtres dans la pensée créatrice d'Ormuzd, et en même temps leurs célestes protecteurs, leurs anges gardiens, leurs patrons. Le royaume d' Ahriman correspond en tout à celui d'Ormuzd. Chacun des sept Amschaspands a son rival dans un des sept Devs, dont chacun est l'auteur d'un mal ou d'un vice particulier. Ceux-ci sont

1 Religions de l'antiquité, tome I, p. 702. Note du traducteur.

servis par les Devs inférieurs comme les Amschaspands par les Izeds. Tous ces esprits, tantôt invisibles, tantôt revêtus de quelque forme matérielle, sont perpétuellement mêlés aux hommes qu'ils se disputent.

Au milieu de tous ces êtres, quelle sera la tâche de l'homme? De même que tout a été fait dans la discorde et dans la lutte, de même la viedoitêtre commeune continuation de l'antique combat des deux principes. Il faut donc que l'homme soit toujours armé pour le combat et se range du côté des célestes Izeds ; il faut que, par l'accomplissement de la loi et par tous les autres moyens, il lutte incessamment contre les Devs, et qu'il les écrase comme des insectes malfaisants. Tout près de lui il a son prototype idéal, le Ferver, son pur modèle, qu'il doit s'efforcer d'exprimer et de réaliser, qui l'inspire et le dirige dans toutes ses actions, et qui lui sert de guide dans son pèlerinage sur la terre. Est-il mort, à l'instant les Devs cherchent à s'emparer de son âme, qui devient leur proie s'il a fait le mal; mais s'il a été droit et pur, les Izeds sont là pour le défendre. Ensuite l'âme se présente au grand pont Tchinevad, qui formela barrière entrece monde et l'autre. Là elle est jugée par Ormuzd, et, selon ses œuvres et leur justice, ou elle est conduite au delà du pont par les saints Izeds, dans une terre de bonheur, ou elle reste en deçà pour expier ses crimes.

Enfin, quand est venu le temps où doit cesser la lutte du mal contre le bien, commence la résurrection générale. Les bons et les méchants se lèvent à la fois, reprennent leurs corps, et tout reparaît comme au premier jour de la création. Les bons se rangent avec le Bon, les méchants avec le Méchant; Ahriman est précipité dans l'abîme de ténèbres et dévoré par l'airain fondu. Alors la terre chancelle comme un homme malade, les montagnes

décomposées s'écoulent en torrents de feu avec les métaux qu'elles renfermaient dans leur sein ; les âmes passent à travers ces flots brûlants pour effacer leurs dernières souillures par cette dernière et terrible purification, et se rendre dignes de la félicité sans fin qui les attend. Et maintenant, la nature entière est renouvelée : plus de ténèbres, plus de tourments, plus d'enfer ; le royaume d'Ahriman a passé, et désormais Ormuzd règne seul; tout est devenu lumière : Ormuzd, à la tête des Amschaspands, et Ahriman aveoles princes des Devs, offrent à l'Eternel un commun sacrifice, et toutes choses sont consommées. Telle est cette religion qui reconnaît pour son instituteur Zoroastre (Zeradocht, ou Zeretotschtro, Zerdouscht), qui n'avait fait que rédiger la parole du Verbe Hom, la loi d'Ormuzd révélée aux hommes.

Page 1