‹ Du spiritualisme et de la natureChapitre 87 sur 91 · HÉROS, DÉMONS ET GÉNIES · texte numérisé non relu

HÉROS, DÉMONS ET GÉNIES

Dans la société que décrit Homère, le peuple l regardait comme des héros, c'est-à-dire comme des êtres supérieurs, les chefs guerriers, issus des antiques familles des rois, et les rois surtout. Leur vie libre et chevaleresque se partageait entre le plaisir de la chasse, l'exercice des armes; la guerre, les banquets, favorisaient chez ces nations puissantes l'essor de toutes les facultés. Dans l'assemblée du peuple, dans la mêlée, leur parole, leur action était décisive ; le peuple voyait en eux ses défenseurs et 'ses représentants. Aussi les chefs des peuples sont-ils dits non seulement égaux, pareils aux dieux, mais encore fils, nourrissons ,de Jupiter; plus tard, on croyait qu'ils avaient vécu plus que les autres hommes en récompense de leurs vertus. Mais même après leur mort, ils étaient actifs encore. Les uns défendaient le sol de la patrie, et ils épanchaient de son sein les biens qu'elle renfermait; ils donnaient à la fois protection et abondance, et se révélaient aux hommes par des bienfaits de chaque jour. D'autres portaient partout avec eux le malheur et la terreur, et il y avait des légendes populaires racontant les exploits redoutables de certains héros malfaisants, et leur défaite par quelque homme courageux. Quoi qu'il en soit, bon ou mauvais, le héros était toujours supérieur à le commune nature : c'était un caractère idéalisé dans un temps où la puissance frappait fortement, même en l'absence de la vertu.

A partir de là, guidé par le sens moral, le peuple honore ceux qui triomphent des mauvais et ceux qui imitent les bons , et il vénère particulièrement Hercule, le héros

* Religions de l'antiquité, tome II, part. I, p. 8.

des héros, celui qui a signalé son passage sur terre par une foule d'actions éclatantes et généreuses. Immortalisé , ravi au ciel par sa vertu, Hercule ouvre à l'homme une carrière d'efforts et de mérites dans laquelle celui-ci grandit et s'élève peu à peu au-dessus delà terre. Le cul te des héros était un culte public et populaire, et on peut voir l chez les Athéniens les exemples marquants de cette dévotion. Au-dessus des héros sont les génies ou démons. L'essence 2, la manière d'être d'un homme, l'esprit qui préside à ses côtés, sa nature la plus intime, son énergie constitutive est son génie; partout où se produit, où agit une force cachée, pour le bien comme pour le mal, les Grecs reconnaissaient quelque chose de divin. Mais c'était encore un génie particulier attaché à un seul homme ; il restait à faire un autre pas, à les détacher l'un de l'autre, à donner au génie une existence à part, et c'est ce qui arriva : on créa des génies qui représentaient non plus tel ou tel individu, mais tel ou tel caractère nettement prononcé, élevé à la plus haute puissance. De là ces familles de génies, personification des qualités humaines, cortège ordinaire des grandes divinités. Plus fort était le génie d'un homme, plus sa nature était éminente, plus les Grecs étaient frappés de respect ; ils s'inclinaient devant cette puissance venue d'un Dieu, et après la mort, souvent ils l'adoraient elle-même comme Dieu ; ainsi l'on vit tout l'empire romain jurer par le génie d'Auguste.

La morale donna son caractère à cette doctrine ; l'homme, partagé entre le bien et le mal, parut, à certains esprits, partagé entre deux démons contraires qui se disputent sa destinée ; dogme commun chez les Etrusques ;

1 Religions de l'antiquité, tome II, part. II, p, 36. 2-JWd., p. 17.

d'autres développaient avec prédilection la croyance au bon génie, attaché par Jupiter à chaque homme pour l'initier à la vie, pour lui inspirer les bonnes pensées et les bonnes résolutions, pasteur divin des âmes.

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