MYSTÈRES DE L'AMOUR
Dans l'Asie * antérieure et à Parium, il faut l'avouer, on adorait l'amour terrestre, celui qui unit les corps; mais dans la plus grande partie de la Grèce, et surtout à
1 Religions de l'antiquité, tome III, part. I, p. 379.
Thespies, il se concilia avec l'amour céleste, et épuré par cette union, il donna naissance aux Éroties qui sont comparées aux solennités les plus augustes de la Grèce. Il devient l'amour habile, ingénieux, l'associé d'Hercule et d'Hermès, les dieux de la force et de l'éloquence. 11 est le principe de toute union, de tout bien, et même de la liberté. Par son association avec les Muses, il tend vers un but plus élevé encore, la sagesse, et devient philosophe. Médiateur entre le ciel et la terre, il porte aux dieux l'odeur des sacrifices , le bruit des prières et des cantiques des hommes, aux hommes les commandements et les ordres des dieux.
Toute la doctrine des Eroties est dans ces deux mots si souvent répétés : chute et retour. C'est le même dogme que celui des Dionysies , et il est traduit par de vives légendes.
Narcisse, jeune homme d'une beauté ineffable, et des inclinations les plus nobles, arriva un jour, accablé de fatigue , au bord d'une claire fontaine, et , comme il se penchait, ayant aperçu son visage dans le miroir des eaux, il fut pour ainsi dire frappé d'une baguette magique. Immobile, ivre de sa beauté, il demeura plongé dans l'extase que lui causait cette vue, sans pouvoir s'en détacher, jusqu'à ce qu'enfin, consumé d'amour, ou, selon d'autres, précipité dans les ondes, il trouva la mort Ainsi fut-il puni d'avoir méprisé Aminias, le bon. Cette fable cache un grave enseignement. L'âme aspire à la perfection de son être; si elle la cherche dans cette existence imparfaite , si elle se complaît dans une vie si vide, absorbée dans l'apparence, victime d'une illusion qui ne saurait le satisfaire, elle est consumée par cette fatale passion. Qu'elle cherche donc la perfection où elle est, qu'elle tende vers son immortel idéal, et elle rencontrera
le salut et le bonheur. C'est là le véritable amour, et quiconque le méprise est cruellement puni.
Qui ne connaît la fable de l'Amour et de Psyché? Vénus, pour se venger de la belle Psyché à qui l'on offrait des sacrifices, ordonne à Cupidon de la punir sévèrement. Survient un oracle d'Apollon qui ordonne de la conduire sur une montagne et de la fiancer à un dragon. A peine est-elle seule, que Zéphyre la transporte dans un palais d'or, où un invisible époux (Cupidon) s'approche d'elle dans les ténèbres, pour la quitter chaque jour au lever de l'aurore. Ses sœurs, qu'elle appelle près d'elle, jalouses de son bonheur, lui conseillent de tuer le dragon prétendu pendant son sommeil. Au moment de la catastrophe, Psyché, à la lueur d'une lampe, aperçoit l'Amour endormi, et, frappée, éperdue de sa beauté céleste, elle laisse tomber une goutte de l'huile brûlante, qui le réveille. Amour fuit en lui reprochant sa fatale curiosité. Une douleur inconsolable s'empare de Psyché, qui se met à la recherche de son amant. Arrivée au palais de Vénus, la déesse la soumet à des épreuves. Elle succombe à la dernière. Elle devait descendre aux enfers pour recevoir des mains de Proserpine une boîte que cette déesse avait remplie du parfum de beauté, avec défense de l'ouvrir. Mais au retour, Psyché enfreint la défense, et une exhalaison mortelle s'échappe de la boîte, tellement que Psyché est renversée contre terre. Amour paraît alors : la pitié et la tendresse touchent de nouveau son cœur. Il effleure la malheureuse avec sa flèche et la rappelle à la vie. Vénus aussi pardonne. Par l'ordre de Jupiter, Psyché devient immortelle et reste unie éternellement à l'Amour. Ses sœurs, jalouses, se précipitent d'un rocher.
C'est ainsi qu'on enseignait aux initiés les destinées de
l'âme humaine [¥vxn)* C'est encore l'histoire du papillon qui se brûle à la lumière, image aimée des Grecs. L'âme se perd par la curiosité, par le désir de connaître, qui chassent la paix et le bonheur. Alors commence pour elle une vie d'épreuves ; il lui faut ressaisir à travers bien des douleurs et bien des combats , cette félicité d'où elle est malheureusement sortie. Elle porte dans ces épreuves sa faiblesse naturelle; et elle se perdrait de nouveau par la curiosité, si Dieu ne faisait miséricorde, si l'Amour, ministre de grâce, ne venait à son secours pour lui apporter le bonheur immortel.