LA SOCIÉTÉ HELVÉTIQUE
dans des séances publiques. Depuis, d’autres sociétés ont suivi cet exemple : en France, la Société géologique, la Société botanique et le Congrès des Sociétés savantes ; en Angleterre, le Brilùh ÂMociation ; en Allemagne, la Réunion annuelle des médecins et des naturalistes allemands ; en Italie, la société des '*Skitniati italiani; en Scandinavie, celle des savants du Danemark, de la Suède et de la Norvège. Dans la Suisse, divisée en vingt-deux petits cantons, où l’on parle quatre Idtagues, le français, l’allemand, l’italien et le roman, la Société helvétique était un moyen de centralisation ; elle devait réunir, rapprocher, mettre en rapport direct les uns avec les autres des honunes occupés des mêmes études et tendant vers un même but : le progrès intellectuel , moral et matériel du pays. En Suisse, en Italie et en Scandinavie, c’est donc le besoin d’unité qui a créé ces sociétés Jiomades dont le lieu de réunion change tous les ans, mais dont l’esprit reste le même. En France et en Angleterre, un besoin contraire les a fait naître ; la province essaye de réagir contre la prépondérance excessive de ces immenses capitales qui menacent d’absorber peu à peu toutes les forces vives d’une nation.
La constitution de la Société helvétique est fort simple. Pour être élus, les membres ordinaires doiven t être nés en Suisse ou y remplir des fonctions publiques; ils sont maintenant au nombre de huit cent neuf. Les étrangers ont le titre de membres extraordinaires ou honoraires. Les séances sont publiques. Depuis 1815, la Société helvétique s’est réunie quarante-sept fois. Jusqu’en 1828, elle visita successivement tous les chefslieux des cantons; mais en 1829 la réunion eut lieu à l’hospice du grand Saint-Bernard, à 2572 mètres au-dessus de la mer. Soixante et onze personnes jouirent de l’hospitalité du couvent, et inaugurèrent les observations météorologiques, que les religieux continuent depuis 1830 avec une persévérance dont la science a déjà recueilli les h’uits. Des villes secondaires, telles
Digilized by Googl
SESSION DE SAMADEN.
que Winterthur, Porentruy, la Clmux-de-Fonds, Trogen, avaient sollicité l'honneur de posséder la Société dans leurs murs; mais jamais un village n’avait témoigné ce désir en acceptant les charges trés-réelles de ces réunions. Samaden est le premier : il s’est fait un litre de sa situation à l’extrémité de la Suisse et dans une des vallées les plus élevées de ses montagnes. Son appel a été entendu. Tous les villages de la haute Engadine s’étaient associés îi celui de Samaden poilr donner l’hospitalité aux membres de la Société, et quel que fût le nombre des arrivants, la vallée était prête à les recevoir. Cent vingt-six seulement se présentèrent, savoir: quatre-vingt-quinze Suisses, seize Allemands, quatorze Italiens et un Français, celui qui écrit ces lignes. Le milieu de juillet avait été pluvieux. Le bruit s’était répandu qu’en Engadine celle pluie, lombani à l’état de neige, avait couvert le sol d'une couche de deux pieds d’épaisseur. La nouvelle était exacte; mais cette neige récente devait ajouter un charme de plus à ce paysage alpin. Lorsque je descendis du haut du Juliers, le 23 août, avec mes amis Vogt et Desor, la neige était fondue dans la vallée. L’herbe, récemment humectée, avait repris sa fraîcheur printanière. Les massifs élevés des montagnes n’étaient plus maculés par ce| lambeaux de glaciers et de névés salis par les débris qui tombent sur eux des sommets voisins, aspect caractéristique de l’automne dans les hautes régions. Une couche de neige blanche, immaculée, resplendissant au soleil, enveloppait de ses replis toutes les cimes supérieures à la limite des forêts. Le; groupe du Bernina étincelait comme un diamant au-dessus des lacs aux teintes d’émeraude. Ce spectacle absorbait toute notre attention, lorsque nous arrivftmes à l’entrée de Samaden. Déjà nous avions passé sous les arcs de verdure dressés aux portes de Saint-Maurice et dé Celerina; celui de Samaden portait le drapeau des ligues grises : gris, bleu et blanc, et le drapeau fédéral, rouge avec la croix blanche au milieu. Le village avait
Digitizeçl by Googlc
l.A SOCH.TL’ IIEl.\.KTIQrK.
un air <ln f*Mc; dfis guirlandes ornaient les façades des maisons; les drapeaux français, italien, allehiand, lloltaient aux fenêtres, chargées de magnifiques fleurs élevées comme dans une serre entre les doubles vitrages qu’on laisse en place pendant toute l’année. En arrivant, des commissaires nous assignaient notre logement; un hôte empressé recevait le naturaliste qui lui était adressé, et la cordialité de l'accueil était telle que chacun croyait rentrer dans un home nouveau créé par l’hospitalité. Le soir, tous les arrivants se réunirent à l’hôtel Bernina. D’anciens amis se retrouvaient avec bonheur; des hommes qui se connaissaient par leurs travaux, niais n’avaient d’autre point de contact que l’amour de la science, se liaient étroitement en quelques heures.