‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 102 sur 210 · I.A SOCIKTK IIKI,\ KTigiE · texte numérisé non relu

I.A SOCIKTK IIKI,\ KTigiE

aussi iiilrépidc nioiilagiiard que hou géologue, s’est voué principalement à l’étude des puissants massifs du canton des Grisons.' .Ministre du saint Évangile, il u, comme l’abbé Stoppani, abandonné la théologie pour la géologie, et si tous deux trouvent dans cette nouvelle étude des doutes comme dans la première, ils ont an moins la consolation de pouvoir les contrôler par l’observation directe de la nature. Leurs travaux contribuent aux progrès d'une science qui suivait encore, il y a trente ans, les errements de celle qu’ils ont abandonnée : en effet, la géologie est à peine sortie de cette période initiale où les généralisations hâtives rtnnplacent l’étude sincère et patiente dc*s faits, période stérile, mais inévitable, car il ti’est aucune des connaissances humaines qui ne l’ait traversée. La géologie moderne, c’est l’examen méthodique des couches du globe et des êtres dont elles renferment les débris ; c’est l’analyse des phénomènes qui se passent actuellement à la surface de la terre, et la compai aison des effets qu’ils produisent avec ceux dont nous voyons les traces dans les divers terrains. Jadis chaque géologue avait son système s’appliquant au globe tout entier, et s’étendant même quelquefois à la lune; aujourd’hui personm? n’a de système, mais chacun étudie son pays ou une contrée déterminée. Les faits généraux ressortent naturellement de ces travaux particuliers, et quand le monde sera bien connu, les phénomènes actuels bien appréciés, la géologie sera faite.

Les «iances de ta section de physique et de chimie n’ont pas été moins intéressantes que celles des autres. M. Dufour, de Lausanne, a parlé d’un coup de foudre tombé à Clarens, sur les bords du lac Léman, et qui a fra|>pé cent cinquante pieds de vigne, l’iusieurs membres ont rappelé des faits analogues. .M. le professeur Clausius a exposé le second principe de la théorie mécanique de la chaleur, et M. Adolphe de l'ianta a traité de la composition chimique de plusieurs eaux minérales du canton des Grisons. Le soir même, ta Société visita l’une des plus

SEvSSlON DE SAMADEN.

curieuses de ces sources. L’administration des eaux ferrugineuses de Saint-Maurice l’avait invitée à se réunir avec la section de médecine pour examiner rétablissement dans tous ses détails. Une longue fdo de voitures se déroula comme un serpent sur la route qui longe le pied des montagnes entre Samaden ctCelerina; elle atteignit bientôt Saint-Maurice, puis l’établissement des bains, situé au milieu de la vallée,' entre les lacs de Silz et de Saint-Maurice. Là s’élèvent de vastes constructions, déjà insuflisantes pour contenir le grand nombre de baigneurs qui aflluent à ces eaux. Ue nouveaux bâtiments s’ajoutent aux anciens, et dans le village de Saint-Maurice les hôtels se multiplient chaque année. Ces eaux sont froides, limpides, inodores, d’une saveur piquante et astringente ; elles contiennent à la fois des carbonates, des sulfates alcalins, et, de plus, du carbonate de fer : elles sont donc essentiellement toniques, et conviennent

singulièrement aux constitutions faibles ou débilitées. L’action

de l’air vient s’ajouter à celle de l’eau, et nous n’étonnerons aucun médecin en disant que l’on a constaté l’heureux elfet de cette double influence. L’eau ferrugineuse restitue au sang la proportion de fer sans laquelle il ne saurait vivifier les organes, et l’air aussi bien que l’eau, ranimant les forces digestives, concourent au rétablissehaent général d’une constitution délicate ou délabrée.

Le repas qui nous réunissait dans la grande salle des eaux était un rep.as de baptême. Le grand chimiste et médecin Paracelse, né à Einsiedeln, dans le canton de Schwitz, en l/i93, est le premier qui ait reconnu et préconisé les eaux de Saint- Maurice. Sur l'invitation de M. de Planta, la Société helvétique voulut bien être la marraine de l’une des trois sources. En lui donnant le nom de Paracelse, la Société rendait hommage à l’un des hommes les plus remarquables, à rune des plus grandes figures de l'ancienne Helvétie. Paracelse, le réformateur des sciences chimiques et médicales, le premier qui

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37» I.A SOCIETE HELVÉTIOIE.

s’éleva contre la routine des écoles pour ramener les médecins à l’élude et à l’observation delà nature, était digne d’un pareil hommage. La source bienfaisante qu’il a révélée à l’humanité souffrante fera bénir à jamais son nom par ceux qui lui devront la sanU\ ün tel monument est plus durable que les statues de marbre ou de bronze élevées à tant d’illustres inconnus dont le genre humain ne gardera pas le souvenir. Après le banquet, on se rendit, en suivant les bords du lac de Saint-Maurice, à une maison rustique qui s’élève dans une prairie entourée de bois. Des chccurs de jeunes gens de la vallée saluèrent la Société de leurs chants harmonieux, et, le soir, des groupes formés parle hasard ou les allinités électives de leurs études communes regagnèrent à travers la forêt les maisons hospitalières de Samaden et de Cclerina.

Le lendemain éUiit le dernier jour de cette session, trop courte au gré des savants, qui auraient voulu entendre encore leurs confrères, ou leur communiquer le résultat de ces travaux commencés que la discussion éclaire si souvent de lumières imprevues; mais les habitants de Samaden, jaloux de montrer à leurs hôtes toutes les beautés de leur vallée, avaient attelé leurs chevaux. Les voitures se mirent en mouvement comme la veille, pour descendre le long de llnn, vers les limites de la basse Kngadine. Tous les villages étaient parés de drapeaux et de feuillages ; des inscriptions Uîmoignaient de la joie des populations accourues pour saluer de modestes naturalistes. Au-dessus de l'arc de Irioniplie de Suiz, un ours brun, tué dans le voisinage, avait été placé en vedette. A Capella, le dernier hameau de la haute Engadine, un grand cultivateur, notre hôte ce jour-là, avait inscrit sur sa maison cette sentence que la Société ne pouvait désavouer : « La nature est le livre de la sagesse. » Toutes les populations <les environs se trouvaient réunies; elles étaient accourues de la basse et de la haute Engadine pour assister à cette fête de la science; les dames

TBAVADX PITBUES.

circulaient autour des tables dressées dans la prairie, et de nonnbreux discours improvisés célébrèrent tour à tour l’étude de la nature, la liberté, la Suisse, l’Italie, la fraternité de la science et du travail .

La session était close, et le lendemain les uns traversaient le Juliers ou l’Albula pour retourner en Suisse; d’autres franchirent les cols du Bernina et du Maloya, et descendirent vers le lac de Cônie. Le contraste entre les villages sévères de la froide Engadine et les élégantes villas italiennes, entourées de chênes verts, d’oliviers, d’orangers, de lauriers-roses et d’aloès pite, est un des plus saisissants qui existent dans le monde. Sur les bords des lacs italiens, les Alpes produisent l’eftcl d’un espalier colossal qui abrite les végétaux frileux contre les vents du nord ; de plus, les eaux profondes des lacs Majeur, de Lugano, de Côine, d’Iseo et de Garde, véritables réservoirs de chaleur, adoucissent encore la rigueur des hivers. De là un climat exceptionnel pour cette latitude, comme celui d’Hyères et de toute la côte ligurienne depuis Nice jusqu’à Pise. ün voyageur qui, partant de la Norvège septentrionale, arriverait à Fondi, dans le royaume de Naples, où l’on voit les premiers orangers croissant en plaine et sans abri, serait moins surpris, parce que la transition, sans être plus forte, est plus lente et plus ménagée. Les illustres chimistes Liebig, de Munich, et Wohlcr, de Gœtlinguc, se trouvaient à Lugano : un grand nombre de savants vinrent les saluer, et un petit congrès supplémentaire suivit et compléta le grand congrès de Samaden.

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