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TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ IIKLVÉTIOUE DES SCIENCES NATURELLES

Ma tâche n’est point finie, üussé-je être abandonné du lecteur fatigué, je dois faire eoimaitre les travaux scientifiques publiés par les membres de la Société helvétique des sciences naturelles. Je ne puis songer à une analyse détaillée, je me

LA SOCIETE HELVETIQUE.

bornerai à un coup d’œil général. Los publications de la Société commencèrent en 1817. Le professeur Meissner, do Berne, faisait paraître un Annuaire qui rendait un compte sommaire des communications faites pondant les sessions. Cet .\nnuaire s’arrêta en 1 826. Les Mémoires de la Société helvétique datent de 1829; ils forment actuellement vingt volumes in-quarto, avec de nombreuses planches et un certain nombre de cartes. Dans ce recueil, c’est la géologie qui domine, et surtout la géologie de la Suisse. Le massif du Saint-Gotbard est le sujet de recherches contenues dans les premiers volumes : elles sont dues h M>f. Lusser et lairdy. Tous deux se sont attachés à étudier ce groupe de montagnes qui semble former le centre ou le nœud des Alpes helvétiques. Ces travaux ont mis hors de doute un fait important qui s’est généralisé depuis : c’est la structure en éventail des grandes masses alpines. Je m’explique. Le voyageur revenant d’Italie pour traverser le Saint-Gothard remarque, à partir d’Airolo, au pied méridional du passage, que les couches de gneiss et de schistes qui le composent s’enfoncent, pour ainsi dire, dans les flancs de la montagne, et plongent par conséquent vers le nord ; à mesure qu'il monte, les couches semblent se relever, et quand il atteint le sommet, elles sont verticales et ne plongent plus ni vers le nord ni vers le sud. En redescendant sur le versant septentrional, le même voyageur constate que les couches s’inclinent de plus en plus; mais l’inclinaison est précisément on sens opposé de celles du versant méridional : elles plongent vers le sud et se renversent vers le nord. La montagne offre donc la structure d'un éventail. La force colossale qui l’a comprimée latéralement a produit des effets visibles aux yeux les plus inaltcntifs. Quels sont les voyagem's qui n'ont point été frappés du contournement des couches de l’Axenberg en face de Fluelen? Sur le pont du bateau à vapeur qui fait le trajet de Fluelen à Lucerne, il en est peu qui ne remarquent les couches arquées qui dominent Berol-

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dingen, celles du Seclisberg, au-dessus de la célèbre prairie du Griilli , berceau de la liberté helvétique. Ce sont les feuillets septentrionaux du Saint-Gothard qui, en se renversant, ont refoulé ces couches calcaires. Sous cette énorme pression, elles se sont tordues et pliées comme une molle argile. Des contournements semblables se voient souvent dans le voisinage des Alpes centrales, car le Saint-Gothard n’est pas le 'seul massif qui présente la structure en éventail. Le Grimsel, où l’Aar prend naissance, le Gallenstock, au-dessus du glacier du Rhône, le Gelmerhorn, situé entre les deux, le Mont-Blanc lui-méme, en sont des exemples plus ou moins évidents, et cette structure est probablement commune à tous les massifs cristallins des Alpes qui se relient au Saint-Gothard. La description du groupe montagneux du Davos par M. Studer, et les études de MM. Escher de la Linth etThéobald sur les Grisons elle Vorarlberg, se rattachent à celles du Saint-Gothard; mais ces travaux descriptifs se refusent à l’analyse et n’ont d’intérét que pour les savants de profession.

Dans un mémoire do NL Rutimeyer sur la géologie des rives septentrionales du lac de Thun, on trouve un beau modèle de ces paysages géologiques dont les Anglais nous ont donné les premiers l’exemple. Quand il s’agit d’une contrée limitiie, au lieu d’une carte ou de coupes, on met sous les yeux du lecteur un paysage, une vue du pays coloriée géologiquement, c’est-àdire où les différents terrains sont indiqués par certaines teintes conventionnelles. En présence de la nature, ce paysage géologique à la main, tout le monde peut se reconnaître et retrouver les limites des formations, .\insi M. Rutimeyer nous présente la vue dos bords du lac de Thun et des montagnes qui le dominent entre Ralligen et Mcrlingen. Far des couleurs appropriées, il nous montre que les collines qui dominent la lourde Ralligen sont formées de mollasse et de nagelllue; des grès occupent la partie moyenne de l'a montagne, et les sommets appartiennent

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au terrain nummulitique. Les vallées sont creusées dans le terrain crétacé.

Un géologue justement célèbre, Léopold de Buch, avait décrit en 1827 les porphyres rouges des environs de Lugano. Il donnait le nom de mélaphyres aux porphyres noirs de la même contrée. Les porphyres sont, aux yeux de tous tes géologues, des roches ignées produites uniquement par le feu, comme les roches volcaniques du Vésuve ou de l’Etna. Ces roches éruptives se trouvent sur les bords du lac de Lugano, au pied d'une montagne couronnée d’une chapelle : c’est le mont Salvadore. 11 se compose de dolomie ou calcaire contenant de la magnésie. Cedant à cet esprit de généralisation e.xagéré, caractère de la géologie des trente premières années du siècle, Léopold de Buch en concluait que toutes les dolomies étaient dues à l’action chimique d’une roche ignée incandescente sur du calcaire ou carbonate de chaux ordinaire. Cette théorie des dolomies avait été acceptée, pour ainsi dire, de conriance. M. Brunner, reprenant l’étude de la contrée, a ébranlé une conviction trop légèrement formée : il a démontré qu’elle ne peut même pas résister à l’examen consciencieux de la localité considérée par Léopold de Buch comme fournissant la preuve irrécusable de la vérité d’une théorie naguère encore en faveur.

De la promenade de Berne, on voit en face de soi le groupe du Stockhorn, avant-garde des Alpes de l’Oherland et de la Gemmi. M. Brunner en a aussi donné la description, et il considère la montagne comme le résultat de pressions latérales lentes de même origine que celles dont le massif central porte l’empreinte. Dans un mémoire sur la mollasse tertiaire de la plaine suisse, M. Kauil’mann, de Lucerne, arrive aux mêmes conclusions.

Les Alpes, malgré les travaux remarquables dont elles ont été l’objet, présentent encore au géologue une foule de problèmes à résoudre et d’obscurités à dissiper. Il n’eu est pas de

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m(^.tne du Jura. C’est la chaîne la mieux connue de l’Europe. Grâce au grand nombre des fossiles qu’elle renferme, les étages en sont faciles à caractériser, et le nom de terrains jurassiques est employé dans le monde entier pour dénommer des formations contemporaines de celles du Jura. Cette chaîne est devenue un type. Les formes du relief, étudiées par Thurmann, Gressly, Desor et leurs successeurs, sont la base del’orographie moderne. Le Jura est le seul système de montagnes que le géologue puisse déplisser comme un mouchoir et réduire à une surface plane. Origmairement, tous ces terrains se sont déposés horizontalement dans les mers où vivaient les nombreux animaux dont les débris remplissent des couches actuellement relevées, conlournées et déplacées. Quelle est la cause de ces soulèvements? Ici encore nous retrouvons l’action évidente de ces pressions latérales que nous avons reconnues dans le voisinage du Saint- Gothard. Les chaînons parallèles du Jura, dont la hauteur va eu diminuant dans la direction de l’est à l’ouest, ou de la Suisse vers la h’ rance, sont un etl’et direct de l’apparition des Alpes. Les Alpes sont 1a grande vague, les chaînons du Jura sont les rides produites dans une eau tranquille, et qui s’abaissent à mesure qu’elles s’éloignent du flot principal, dont elles offrent l’image affaiblie.

La paléontologie, ou la connaissance des corps organisés fossiles, doit une grande partie de ses progrès à l’étude minutieuse des couches du Jura. C’est là que Gressly, en suivant une même assise dans toute son étendue et en examinant un à un les êtres organisés qu’elle renferme, a reconnu les fades différents des faunes éteintes. Il a vu que, dans une même couche, les populations variaient suivant la nature des dépôts formés au sein de la mer géologique. Ainsi les limons entraînés par les cours d’eau de ces époques, ou résultant de l’action destructive des vagues sur les roches qui ' bordaient les continents ébauchés, formèrent des fonds vaseux ou atterrissements litto-

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raux. C’est dans celle vase qu'liabitaienl les espèces libres à coquilles minces et fragiles, les solensj les niycs, les moules, les tellines, les ammonites et les reptiles marins. Le terrain dit oxfordien est le type de ce genre de formation.

L’océan Pacifique nous ofl're de nombreux exemples d’un fades bien différent du prender. Tontes les îles de la mer du Sud et les côtes de la Floride sont entourées d'une ceinture rocheuse construite |)ar des animaux agrégés, les coraux ou polypiers. Il on était de même dans les mers géôiogiques : on reconnaît ces anciens rivages au grand nombre de polypiers, d’huîli'cs et de coquilles perforantes dont ils sont bordés. D'autres animaux d’une structure plus délicate, des oursins et des encrines, vivaient avec des bivalves, au milieu de ces amas de polypiers qui les défendaient contre le Ilot ; l’ensenddc de la faune constitue le fades corallien, (|ui caractérise un étage des terrains jurassiques. Le corallien des environs de Neufchaiel, celui de Saint-Mibiel en Lorraine, sont des types de ces terrains.

Aujourd’hui comme jadis, la haute mer est le désert dç l'Océan. Les pêcheurs et les zoologistes lé savent bien, car les animaux y sont rares et peu variés. Dans les couches qui s’y sont déposées, on ne trouve que des débris de coraux et de polypiers spongieux, des bélemniles et des ammonites ; c’est le fades pélagique.

Ainsi, conclut Gressly, dans une même assise géologique déposée à la même époque, on reconnaît les débris de populations diverses, suivant qu’on parcourt les districts littoraux vaseux, coralliens ou pélagiques de cette assise. Souvent ces faunes diffèrent plus entre elles que des faunes correspondant à des époques distinctes. Cette idée féconde a été appliquée aux recherches sfratigraphiques dans le monde entier, et a profondément modifié lc»s idées des géologues. On ne se borne plus à reconnaître et à caractériser les terrains au moyen de quelques espèces seulement; on s’ell’orce d’embrasser l’ensemble des faunes contemporaines de chaque formation d’eau douce ou d’eau salée.

riiAVAi’x piîi!Ui;>s.

La géologie du Jura doit encore beaucoup aux travaux de MM. Mérian, Agassiz, Desor, Pictet, Renevier, Mousson, Greppin, dont les naémoires ont été recueillis et publiés par la Société helvétique. M. Renevier a décrit la perte du Rhône, qui se trouve en France. Le Rbône et la Valserine, en creusant profondément les terrains qu’ils traversent, ont produit une coupe naturelle où le géologue voit la superposition de tous les étages, depuis la craie inférieure jusqu’à 1a mollasse tertiaire. Ces couches sont très-riches en fossiles : M. Renevier y a reconnu ViU espèces.

A partir de Genève, le Jura se rapproche des Alpes, et les deux chaînes se joignent et se confondent aux environs du lac du Bourget et à la grande Chartreuse de Grenoble. Rien de plus intéressant pour l’orographie que d’étudier comment elles se soudent, et comment les formes de l’une passent à celles de l’autre. Les travaux de M. Alphonse Favre sur le Salève, sa carte géologique du pays compris entre le lac de Genève et le Mont-Blanc, les études de M. .Mousson sur les environs d’Aix en Savoie, concourront h la solution du problème. Les géologues français ne restent pas inactifs. M. Lory, en Dauphiné, MM. Chamousset, Vallet et Pillet, en Savoie, explorent avec un zèle infatigable cette zone intéressante, et, grâce à eux, nous aurons un jour une orographie alpine aussi claire, aussi simple que celle du Jura. Ce sera un grand pas de fait, un acheminement considérable vers l’intelligence du mode de formation des chaînes de montagnes, dont l’ancienne théorie des soulèvements suivant la verticale ne saurait rendre compte dans l’état présent de nos connaissances.

La physique du globe est l’initiatrice de la géologie, et l’étude des phénomènes actuels nous dévoile ceux dont nous voyons les traces à la surface de la terre. Un mémoire do Venetz, inséré en 183.1 dans le premier volume du recueil, traite des variations de la température dans les Alpes de la

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Suisse. L’auteur, ingénieur des ponts et chaussées du Valais, reconnut le premier que les glaciers de la Suisse étaient jadis plus étendus qu’ils ne le sont aujourd’hui. Il s’assura qu’ils descendaient autrefois dans des vallées valaisanes dont ils n’occupent actuellement que la partie supérieure. Ce phénomène, en apparence local, limité originairement au Valais, a été bientôt cohstaté dans toute la Suisse, les Vosges, les Pyrénées, les montagnes de l’Écusse et de la Scandinavie, le Caucase, l’Himalaya, le nord et le .sud de l’Amérique. La terre, avant ou depuis l’apparition de l'hummc, a donc passé par une période de froid dont les causes sont encore à rechercher, mais dont la réalité n’est plus contestée (1).

La paléontologie animale et végétale occupe une grande place dans les Mémoires de la Société helvétique. Le professeur Heer, de Zurich, y a fait connaître les nombreux insectes fossiles dont les couches d’Cüningen, sur les bords du lac de Constance, ont conservé les délicates empreintes. Avant d’avoir ressuscité les anciennes forêts helvétiques qui révèlent un climat plus chaud que celui du midi de l’Europe, M. Heer nous avait dévoilé les formes des insectes qui bourdonnaient en Suisse, à l’époque tertiaire, dans les cimes des cannelliers, des figuiers, des plaqueminiers et des Légumineuses exotiques : les congénères de ces arbres habitent actuellement les zones inlertropicales. MM. Gaudin et Carlo Strozzi, étudiant des couches du val d’Arno, près de Florence, y découvrent une flore analogue à celle de Ténériffe et des zones tempérées de l’Amérique septentrionale. Ce sont là des preuves d’un climat plus chaud, caractérisé par de nombreuses espèces de lauriers. L’époque glaciaire des Alpes, abaissant la température de la Toscane, a tué toutes les espèces sensibles au froid, mais épargné les plus robustes, qui forment la végéhition actuelle du pays. Ces travaux rattachent intime-

(1) Voyez l’article sur les glaciers de la Suisse, page 223.

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nient la flore vivante aux flores éteintes qui l’ont précédée sur le globe. Désormais on ne saurait parler de géographie botanique sans s'occuper des végétaux qui sont enfouis dans les couches terrestres. M. Alphonse de Candolle propose le nom à’épiontologie pour désigner une nouvelle science qui comprendrait la paléontologie et la géographie des êtres organisés ; ce serait l’histoire de leur apparition successive aux diverses époques de la vie du globe, et leur distribution présente à la surface de la terre. Ces deux études se touchent de près, puisque la faune et la flore qui nous entourent se lient étroitement aux faunes et aux flores perdues. Par leurs formes, par leur structure, beaucoup d’animaux, un grand nombre de plantes, sont réellement des animaux et des plantes fossiles. Ces êtres ont survécu aux derniers changements de température et d’humidité qui ont eu lieu à la surface du globe ; mais leur organisation tout entière est celle des végétaux et des animaux qui ont existé avant la plupart de ceux qui vivent aujourd’hui.

Telle est l'analyse très-sommaire de lu partie géologique des Mémoires de la Société helvétique; elle suflit néanmoins pour donner une idée du nombre et de l'importance des travaux qu’ils contiennent.

La part de lu botaniqne est moins grande. La Suisse cependant est aussi riche en botanistes qu’en géologues; mais la nature même de cette science se prête moins aux travaux limités à une localité restreinte. Une flore locale n’est qu’une pierre apportée à l’édifice de la flore générale d’une région naturelle, et un pays comme la Suisse ne saurait, malgré la végétation variée qui le distingue, occuper les loisirs de tousses botanistes. Ils ont dû étendre le champ de leurs travaux au delà de leur patrie. On trouve néanmoins dans les Mémoires de la Société helvétique une énumération des espèces suisses du genre Cirsium, de ^L Nægeli, et un catalogue des Chara, de M. Alexandre Uraun. Le premier de ces deux savants a donné un grand tra-

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