‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 104 sur 210 · I.A SOCIETE Hl'.L V ET I (J U E · texte numérisé non relu

I.A SOCIETE Hl'.L V ET I (J U E

v.iil sur la classification des Algues, et M. Jean Müllcr une monographie des Résédacées.

Dans la partie zoologique, on remarque l’énumération des mammifères, des oiseaux, des reptiles et des poissons de la Suisse par M. Schinz, et celle des mollusques terrestres et lluviatiles par M. de Charpentier. L’infatigable professeur Heer, de Zurich, a fait connaître les coléoptères vivants de la Suisse; MM. Meyer Dürr et de La Harpe, les lépidoptères ou papillons.

Je ne saurais passer sous silence un grand travail tenant à la fois de la zoologie et de la paléontologie : il appartient k une subdivision des connaissances humaines que je serais tenté d’appeler la zoologie archéologique. Il s’agit des cités lacustres de la Suisse. Dans l'hiver si sec de 1853 à 1854, on remarqua d’abord près de Mcilen, sur les bords du lac de Zurich, des pilotis que les basses eaux avaient mis à sec. Entre ces pilotis, on découvrit bientôt des débris de poteries et toutes les traces d’habitations fort anciennes. L’attention une fois éveillée, il se trouva que partout les riverains des lacs, et particulièrement les bateliers, avaient conservé le souvenir d’indices semblahlés. Des stations lacustres furent signalées sur les lacs de Neufchâtel, de Dicnne, de Morat, de Sempach, de Genève, de Constance, etc. On reconnut ensuite que, dans certaines de ces stations, les pieux n’étaient que des arbres à peine équarris et enfoncés au milieu de grosses pierres accumulées, formant au fond do l’eau des monticules auxquels les pêcheurs donnaient le nom de lénevières, en patois suisse, ou de Steinberge, en allemand. Entre ces pieux, on jrouve des poteries grossières et des hacbes de pierres dures, quarlzite, diorite, serpentine, etc., ou des pointes de flèches fabriquées avec des silex. Dans d’autres stations, les pilotis sont mieux travaillés et enfoncés directement dans la vase. Là on retire du fond de l’eau des poteries plus soignées, des bâches de bronze, des épingles, des agrafes, des poignées

faites du même métal. Enfin, dans le lac de Neufchàtel, près de Marin, on a découvert une station où toutes les armes et tous les ustensiles sont de fer, métal inconnu dans les ruines des bourgades lacustres appartenant à l’âge de pierre ou de bronzç. Les antiquaires ont donc distingué trois âges : celui de piarre, correspondant à une civilisation à peine ébauchée, comme celle des sauvages de la Nouvelle-Zélande; celui de bronze, qui annonce un état social beaucoup plus avancé, et enfin celui de fer, contemporain de l’époque gauloise. Ces trois âges sont certainement antérieurs à l’invasion romaine. Des fouilles faites récemment dans les lacs tourbeux du canton de Zurich et de Berne ont jeté un nouveau jour sur le genre de vie de ces premiers habitants de l’antique Helvétie. Des fruits, des graines, des fragments de filets et de tissus, remontant à l’âge de pierre, se sont conservés dans la tourbe. On a reconnu des graines de plantes économiques : el froment, l’orge, le lin, des fruits comestibles etcultivés, te Is que des poires, des pommes, des fraises. Ces peuple savaient donc une agriculture. M. Rutimeyer nous apqu’ils prend possédaient également des animaux domestiques.

L'étude des squelettes dont on trouve les débris dans les stations lacustres du nord de la Suisse était d’un immense intérêt. En effet, tous nos animaux domestiques sont les descendants, profondément modifiés par l’homme et par le temps, de types sauvages dont la plupart sont inconnus. Le mouton, le Ixeuf, le cheval, le chien et le cochon avaient été déjà asservis par l’habitant des cités lacustres. Le bœuf ressemblait aux petites races de montagne du canton des Grisons, de l’Appenzell et de la forêt Noire, et il est permis de présumer que le gros bétail de la plaine, celui de Fribourg et du Simmenthal, n’est qu’un perfectionnement de ces races montagnardes. Toutes deux ne sauraient être dérivées de l’aurochs ou ürus et du bison, qui vivaient jadis dans les forêts de la Suisse comme dans celles du nord de l’Europe. La souche du bœuf domestique de l’Europe

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est probablomenl une espèce appelée par M. üwen ^oi lmgi>frons. On trouve ses os dans les tourbières de l’Angleterre, mais on ne les a pas encore rencontrés dans celles de la Suisse. Les peuplades lacustres chassaient le bison et l’aurochs, dont on reconnaît les os brisés au milieu des pilotis. Le cochon n’était probablement pas à l’état domestique; mais la dentition de ce cochon sauvage (Sus palu$tri$) est celle d’un animal plus frugivore, et par conséquent moins farouche que notre sanglier. Cette espèce; de cochon a disparu peu à peu, et notre cochon domestique est un descendant du sanglier, dont les instincts féroces se réveillent souvent en lui. Les fouilles faites dans les stations tourbeuses démontrent aussi que l’élan, le cerf et la biche animaient jadis les solitudes boisées de la Suisse. Le castor élevait ses digues dans les cours d’eau rétrécis et sur le bord des lacs, et la loutre y habitait comme maintenant. L’ours, si rare de nos jours, était alors commun dans les forêts montagneuses, ainsi que le loup, le renard et le chat sauvage. Le chien des habitations lacustres appartenait à une race de grandeur moyenne, à tête allongée. Il était à l’état domestique, comme le mouton, la chèvre et la vache, et peut-être le cochon. Le cheval est d’une introduction postérieure, et la multiplication des autres races domestiques coïncide avec son apparition. Quelques-uns de ces animaux étaient déjà contemporains des rhinocéros et des éléphants à l’époque où la Suisse jouissait d’un climat beaucoup plus tempéré que celui qui y règne aujourd’hui. Une période de froid amena l’ancienne extension des glaciers, qui, descendant le long des vallées, couvrirent la plaine suisse d’un manteau de glace. Les éléphants et les rhinocéros disparurent; mais le cerf, le renne, le daim, le cochon, le loup, le renard, le castor, le lièvre, dont les os sont mêlés dans les cavernes avec ceux des grands pachydermes, survécurent à cette période; ils repeuplèrent les nouvelles forêts, qui envahirent successivement le terrain abandonné par

TRAVAUX RUBLIE!>. ’ S|7

la glace, el plusieurs d’entre eux se s(mt perpétués jusqu’à nous. •

Ce rapide exposé ne donne pas sans doute une idée coni^ plète des travaux publiés depuis 1827 par la Société helvétique ; mai3 nous en avons dit assez pour montrer quels services de pareilles associations peuvent rendre à l’histoire naturelle. En France, les Sociétés de géologie, de botanique et de météorologie sont là pour le prouver. Par la force des choses, par la puissance irrésistible de la liberté, elles sont devenues le centre d’activité des hommes voués à l’une ou à l’autre de ces sciences; « c’est dans leur sein que les questions se discutent et que les problèmes se résolvent; elles sont l’avant-garde des Académies et des corps officiels, véritables aristocraties intellectuelles chargées de modérer l’élan du peuple scientifique, mais dépourvues de cette jeunesse et de cette initiative qui ouvrent des voies nouvelles. Les deux genres d’associations sont également utiles et nécessaires ; elles exercent l’une sur l’autre une influence qui se traduit par les progrès rapides dont nous sommes témoins.

En Suisse, la Société helvétique des sciences naturelles a été le lien des savants éparpillés dans les différents cantons : elle a doublé leurs forces et leur zèle en les mettant directement en contact les uns avec les autres. Les réunions annuelles ont eu lieu successivement dans la plupart des villes de la Confédération. Chaque fois l’agitation scientifique a fait naître d’abord la curiosité, puis l’action individuelle ou collective. Le talent, engourdi par la lourde atmosphère des petites villes, s’est réveillé au souffle vivifiant de la science. On connaissait la Suisse pittoresque; la Société, reprenant l’œuvre de Scheuchzer, de de Saussure et de Haller, achève le tableau de la Suisse géographique, géologique, botanique et météorologique. Né se bornant pas à des recherches purement scientifiques, elle à provoqué la réforme monétaire, celle des poids et mesures, et

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fondé quaire-vingl-huit stations météorologiques, où l’on observe aux mômes heures et avec les mêmes instruments. Une cotnmissron hydrographique s’occupe du régime des rivières, de la crue des lacs, des causes des inondations, et des moyens de les prévenir. La triangulation dè la Suisse, achevée et publiée en 18ti0, a été refaite en partie et reliée aux travaux géodésiques exécutés dans le duché de Bade et en Italie. Les magniliqucs cartes fédérales publiées sous la direction du général Dufour forment un atlas qui restera comme un des monuments cartographiques de notre siècle. C’est encore par l’initiative et grâce à l’appui de la Société helvétique auprès du gouvernement fédéra 1, que cette œuvre aura été conçue, entreprise et

terminée. La section de médecine a misa l’ordre du jour deux

grandes questions : les eaux minérales et le crétinisme. Il est peu de sources qui n’aient été analysées, et dont les propriétés médicinales ne soient appréciées à leur juste valeur. Si les causes du crétinisme sont encore obscures, les moyens de le prévenir et de le guérir ne le sont plus. L’établissement situé sur l’Abendberg, près d’Interlaken, à llUO mètres au-dessus de la mer, en a donné la preuve. La constitution d’un grand nombre d’enfants a été transformée ou sensiblement améliorée.

En un mot, la Société helvétique des sciences naturelles a été le centre et l’origine du grand mouvement scientifique dont la Suisse est aujourd’hui le théâtre. Dans le siècle dernier, quelques savants éminents, les Bernouilli, Haller, de Saussure, Bonnet, üeluc, Pictet et Senebier, étaient les glorieux représentants de leur patrie dans le.s mathématiques, la physique et riiistoire naturelle; mais la science n’était point universellement cultivée: il y avait des généraux, l’armée n’existait pas encore. C’est la Société helvétique qui l’a créée. Actuellement il n'est point de village qui n’ait son curieux de la nature. Quand ce n’est pas le médecin, c’est le pharmacien, le pasteur, le maître d’école, et à leur défaut, un citoyen auquel ses occu-

TR AV. MX Fl: BUES.

pations laissent quelque loisir. On peut dire sans mélaphore que la Suisse compte autant de naluralisles que de clochers. Mais ce peuple de travailleurs est inégalement répandu k la surface du territoire de la Confédération. Si l'on marquait sur une earte les villes, les villages et les hameaux où habitent les membres actifs de la Société helvétique, on verrait ces points s'éclaircir et môme disparaître dans les districts catholiques, se multiplier et se resserrer dans les parties protestantes : Appenzell catholique, Schwitz, Obwalden et Bàlc-Campagne (protestant) no comptent aucun membre dans la Société, ies quatre 'cantons de Genève, Neufchâtel, Dâle-Ville et Zurich sont repré-» sentés par 299 sociétaires, tandis que six cantons entièrement catholiques, d’une superficie bien plus grande et d’une population égale, Lucerne, Zug, Uri, le Tessin, Fribourg et le Valais, n’en comptent que 106. Je n’ai point à rechercher les causes de cette différence, je me borne à la constater; elle se vérifie partout. L’Académie des sciences de Paris ne compte que huit associés étrangers : ce sont les plus grands noms du monde savant. M. Alphonse de Candolle, publiant les Mémoires de son père, a fait dans une note la statistique de ces associés étrangers suivant leur patrie : il trouve que c’est la Hollande, la Suède et la Suisse qui proportionnellement ont fourni le plus grand nombre d’associés à l’Académie des sciences de l’Institut de France, et sa conclusion mérite d’élre citée (1):

« Pour le développement des hommes qui étendent le domaine de l’esprit humain et sortent d’une manière incontestable de l;r moyenne des savants, il faut la réunion de deux conditions ; 1* une émancipation préliminaire des esprits par une influence libérale religieuse, comme la réforme au xvi' siècle, ou phiIo> sophique, comme lu France et l'Italie au xvni*; 2° un Étal qui

(1) ilcuioircs et 'Otivcnif! d'Aiigiisliti l’yiaiinis de CaiidoOe, publicü phi- oh fils. Oenè\e, 1862.

Di' iilizéd by Gni 'glc

LA SOCIETE HELVETIQUE.

ne soit ni l’absolutisme d’un seul, ni la pression et l’agitation • d'une inultitnde. Les grands travaux intellectuels ne s'exécutent ni sous les verrous, ni dans la rue. En d’autres leinies, et pour abandonner le style figuré, le despolisine n’aime pas les questions abstraites ni l’indépendance d’esprit des savants. La démocratie tient moins à avancer les sciences qu’à les répandre : elle fait du même homme un militaire et nn civil, un orateur et un professeur, un magistrat et un homme d’affaires. Ubiigéant et sollicitant tout le monde à s’occuper de tout, elle arrête le développement des hommes spéciaux. Il est donc ^naturel que les grandes illustrations scientifiques surgissent' principalement dans les époques de transition entre ces deux régimes, l’absolutisme et la démocratie, o Cette conclusion est aussi la mienne; avec quelques modifications, elle s’applique à de grands Etals comme à de petits cantons.

J’ai essayé de peindre la physionomie d’une session de la Société helvétique dans une haute vallée de la Suisse. En 186à, à Zurich, en 1865, à Genève, cette physionomie ne sera plus la même: elle varie suivant les lieux et les temps. Si j’ai fait naître dans l’esprit de quelques lecteurs le désir d’assister à l’une de ces réunions, si d’autres se sont convaincus de l’utilité de ces sociétés libres, ouvertes à tous, nomades comme le naturaliste lui-méine, mon but est atteint: j'aurai travaillé pour l'avenir,

LE MONT VENTOlJX

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