‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 11 sur 210 · I.A (îKOiiKAPHIE BOTANiyi'E. 3:j · texte numérisé non relu

I.A (îKOiiKAPHIE BOTANiyi'E. 3:j

niste qui, partant du pied des Alpes ou des Pyrénées, monte sur un de leurs sommets, traverse des climats analogues à ceux qu’il rencontrerait en marchant vers le nord, sans quitter la plaine. A mesure qu’il s’élève, l’humidité augmente, les brouillards deviennent jilus communs; la température s’abaisse rapidement en été, plus lentement en hiver, mais, en moyenne, d’un degré centigrade pour 180 mètres de hauteur verticale. Le voyageur trouve donc un climat analogue, soit en s’élevant de 180 mètres, soit en s’avançant dans les plaines de la France de 22 myriamètres vers le nord (1). 11 traverse aussi des zones de végétation semblables. Au pied du Canigou, par e.xemple, l’oranger nulrit ses fruits dans des jardins entourés de murs, puis le voyageur traverse des champs d’oliviers, de maïs, dos bouquets de chêne vert, des vignobles célèbres par leurs vins; mais à/i20 mètres de hauteur l’olivier l'abandonne, à 550 mètres la vigne s’arrête, à 800 mètres c’est le châtaignier; à 1 320 mètres il rencontre les premiers rhododendrons, dont les toutfes lleuries ravissent toujours les yeux de l’ami des montagnes, car elles lui annoncent qu’il entre dans l’air pur des régions alpines. Les derniei’s cliamps de seigle et de pommes de terre, que l’infatigable Catidan va cultiver à l’extrême limite où il peut espérer une récolte, ne dépassent pas 1640 mètres. A cette hauteur, le hêtre, le sapin argenté, le pin, le bouleau, ombragent le sol; mais leur taille se réduit peu ù peu sous l’inlluence combinée du froid, du vent et du poids de la neige. Le sapin s’arrête à 1950 mètres, le bouleau à 2000 mètres, le pin gravit la montagne jusqu’à la hauteur de 2430 mètres. Au-dessus s’étend une pelouse composée de plantes alpines ou polaires inconnues aux régions tempérées. F.e rhododendron ne dépasse pas 2540 mètres. Le genévrier seul, rabougri, couché sur le sol, monte

(I) J’ai pris pour base de mes calculs les tempcr.ilures aiimiollcs moyennes de Toulouse, 12°, t, et de Paris, 10”, 1, dernier rfsultal obtenu apres nnedisoussion approfondie pur M. Renou.

lai. MABTISS. .î

INTRODUCTION

.jusqu'au sommet, à 2785 mètres, oii îles plantes liormcnt ensevelies pendant neuf mois sous la neige, et croissent, fleurissent et fructifient en trois mois. Ces observations, recueillies sur I* Oanigou par M. Aimé Massot, peuvent s’appliquer aux Alpes ; à leur pied seulement on ne voit ni l’oranger, «i le chêne vert, ni l'olivier. La vigne monte sur leurs flancs aussi haut que dans les Pyrénées, mais le vin qu’elle produit trahit suflisamment la différence des latitudes et des climats. Après la vigne vient la région des châtaigniers, des noyers, des chênes et des hêtres, puis celle des prairies subalpines, arrosées par d’innombrables ruisseaux bordés. de frênes et d'aunes. Plus haut, commence la région des arbres verts, du sorbier des oiseleurs et de l’aune des montagnes. Au-dessus est la prairie alpine, dépourvue d’arbres et s’élevant jusqu’il la limite des neiges perpétuelles, dont les bords, fondant sous l’influence du soleil d’été, entretiennent au-de.ssous d’elles une étemelle fraîcheur. A peine la neige a-t-elle disparu, que legazon la remplace, et les chaleurs de l’été variant chaque année, on voit souvent des vaches paissant sur une pente qui, les années précédentes, était restée ensevelie sous la neige.

L’ordre de succession des végétaux n’est pas le même dans les difl'érentes chaînes de montagnes étudiées jusqu’ici. Tantôt le bouleau monte plus haut que le pin ou le sapin, tantôt c’est le contraire. Le hêtre dépasse l’alizierdans les Pyrénées, tandis qu’il est déjiassé par lui dans les Alpes du Tyrol. L’orientation de la montagne, l’inclinaison de ses contre-forts, les abris formés par des chaînes collatérales, la direction habituelle des vent.s, modifient les limites des différentes essences. Ainsi, sur le Ventoux, sommet isolé qui s’élève dans la plaine du Rhône, certaines espèces n’existent que sur le versant sud; d’aubes ne se trouvent que sur le contre-fort tourné vers le nord. Les hêtres, les lavandes, les genévriers, s’élèvent moins haut sur l’escarpement du nord que sur la pente méridionale; la diffé-

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rencp moyenne est de 245 mètres. Sur l’Etna, montagne isolée comme le Ventoux, cette différence est de 350 mètres, d’après les mesures de M. Gemellaro. La situation plus australe de la montagne, la plus grande intensité de la chaleur et de la lumière qui frappent le côté méridional du volcan, rendent compte de l’écart des résultats obtenus en France et en Sicile.

Les cultures s’échelonnent sur les flancs des montagnes comme les plantes sauvages; mais ici des éléments politiques et sociaux viennent compliquer les influences climatologiques et géologiques. Ainsi, dans la chaîne des Alpes pennines, qui unit le Mont-Blanc au Mont-Rose, la limite des champs cultivés* est plus élevée sur le versant nord que sur le versant sud. Météorologiquement, c’est le contraire qui devrait avoir lieu : mais ta population est plus dense en Suisse qu’en Piémont; elle est aussi plus énergique, et le paysan valaisan sème son seigle ou son orge jusqu’à la limite extrême où il peut espérer une récolte dans les années favorables. En Europe, cette échelle de culture est bornée, mais elle s’étend dès qu’on s’approche de l’équateur. Déjà dans l’Andalousie, le coton et la canne à sucre réussissent au bord de la mer; le dattier, la figue d’Jnde, l’oranger, le chéne-liége, l’olivier, la vigne, les noyers, les mûriers et les châtaigniers s’étagent sur les flancs de la sierra Nevada depuis la plaine jusqu’à la hauteur de 1600 mètres; les céréales ne cessent qu’à 2500 mètres : au-dessus de cette limite, on ne trouve plus de végétaux cultivés, mais des pâturages seulement.

L’échelle de culture la plus étendue qui existe dans le monde se déroule sur les pentes des Andes. Au bord de la mer. on cultive le sucre, l’indigo, le café, les bananes; plus haut, le coton; au-dessus, le maïs, les patates, le blé d'Europe. Les noix, les pommes, le froment et l’orge s’arrêtent à 3300 mètres; mais les pommes de terre, Vulluco et la capucine tubéreuse montent jusqu’à 4000 mètres : c’est à cette hauteur seulement que cessent les cultures. Au-dessus sont des pâturages parcourus par des

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lamas, des brebis, des bœufs et des chèvres. La limite des neiges éternelles est à Ü8ü0 mètres : c’est la hauteur du Mont-Blanc en Europe (1).

Parmi les causes qui expliquent et déterminent la distribution des végétaux sur le globe, il faut encore compter l’inHuence du sol. Comme l’atmosphère, le sol agit sur les végétaux d’abord par sa temptirature. Certains sols s’échauffent prodigieusement sous l’influence des rayons solaires et se refroidissent ensuite rapidement. D’autres s’échauffent peu et se refroidissent à peine. Üe là des actions très-diverses sur les racines et la partie inférieure de la tige. A mesure qu’on s’élève sur les hautes montagnes, la chaleur relative du sol, comparée à celle de l’air, augmente dans une progression constante. raison en est facile à comprendre. En traversant l’atmosphère, les rayons solaires lui abandonnent une partie de leur chaleur; par conséquent, plus la couche d’air sera mince, moins leur chaleur sera diminuée. Ur, sur une montagne, la couche atmosphérique est moins épaisse de toute la hauteur comprise entre 1a plaine et le sommet de la montagne; donc les rayons solaires qui le frapperont auront perdu une quantité de chaleur moindre que ceux qui descendent jusque dans la plaine. .Ainsi, sur le Faulhorn, montagne du canton de Berne, élevée de 2G80 mètres au-dessus du niveau de la mer, la lem|)éralure moyenne du sol, à la profondeur de 2 décimètres, était, par un beau jour, égale au mneimum de celle de l’air (2). Cette chaleur du sol, jointe à l’intensité de la lumière

(1) Xou* rcgi r'Uons de ne [Kmvoir mellre sous les yeux du lecteur les bellei planrlies liguralives publiées par M. Kd. Huissier dans son Vo'jage botanique Cf b'tpagne, et le Tableau Je la végétation des régions équinoaiales de M. de Humboldt. Ces plancties parlent aux yeux comme à l’esprit, et gravent dans le souvenir l’image des zones de végétation qu'elles représentent.

(2) Deux séries météorologiques d’obser\ations bilioraires comprises entre le 10 et le IS août iai2, et plus lard entre le 21 septembre et le 2 oclohre 18^^, ont été faites par Itravais, Pellicr et moi sur ce même sommet. Les cent vingt-cinq observations des deux séries continuées par le beau et le

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