‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 111 sur 210 · LE MONT VENTOUX · texte numérisé non relu

LE MONT VENTOUX

l’avaient signalé à l’attention des botanistes D’abord son isolement. Quand une montagne fait partie d’un massif ou d’une chaîne, certains versants sont abrités par les contre-forts voisins, d’autres ne le sont pas ; elle est en outre souvent dominée par les sommets qui la dépassent ; de là des influences très-diverses. La montagne sera à l’abri de tel vent, exposée à tel autre; elle recevra la chaleur répercutée vers l’un de ses flancs par un escarpement voisin, tandis que l’autre rayonnera librement vers le ciel. Les conditions de chaleur, d’humidité, d’aération, varieront suivant les différents azimuts. Rien de semblable pour le Ventoux. Le versant méridional regarde la plaine, le versant septentrional les Alpes; mais il en est fort éloigné, et entre la chaîne principale et lui on aperçoit un nombre infini de basses montagnes dont les plus rapprochées ne s’élèvent pas au-dessus de 1000 mètres. A partir de cette hauteur, le versant nord est aussi découvert que le versant sud. Le Ventoux a encore un autre avantage pour les études que nous projetons. La plupart des montagnes sont pyramidales ou coniques, et présentent par conséquent plusieurs versants; le Ventoux n’en a que deux. On peut le comparer à une crête, ou, si l’on veut, au faite d’un toit à double pente. L’une de ses pentes est tournée vers le midi, ou plus exactement vers le sud-sud-ouest : c’est celle qui regarde la plaine ; l’autre fait face au nord, ou plutôt au nordnord-est. On peut donc sur cette montagne, mieux que sur aucune autre en France, apprécier en quoi l’action prolongée du soleil adoucit le climat et modifie la flore d’une localité. Le contraste est plus réel pour le Ventoux que pour des montagnes situées plus au nord ou plus au midi. Le sommet du .Ventoux est à 10' de latitude, c’est-à-dire non loin du à5”, qui est à distance égale du pôle et de l’équateur. Or c’est sur le cercle correspondant au ù5' degré que la différence entre l’exposition sud et l’exposition nord est le plus marquée. Je vais essayer de le démontrer. On sait que plus on s’avance vers le

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CONDITIONS PHYSIQUKS. 30n

pôle, plus le soleil en été se lève et se couche au nord de, l’observateur, et par conséquent plus les jours deviennent longs. A partir du cercle polaire, le nombre des jours sans nuit augmente jusqu’au pôle, c’est-à-dire que le nombre des jours où le soleil ne se couche pas s’accroît progressivement. Imaginez une montagne dans ces contrées. Pendant l’été, quand le soleil se couche, le versant nord est éclairé presque autant que le versant sud, et quand il ne se couche pas, l’astre semble tourner autour de la montagne, dont le côté sud est éclairé pendant douze heures, et le côté nord pendant le même espace de temps. Dans ces latitudes, la différence de deux versants opposés est donc presque nulle sous le point de vue du réchauffement et de l’illumination solaires. Il en est de môme quand on descend du 45' degré de latitude vers^’équateur. En effet, plus on est près de la ligne équinoxiale, plus le soleil s’élève au-dessus de l’horizon et se rapproche du zénith; or on comprend que dans cette dernière position, il éclaire également le versant nord et le versant sud d’une montagne, et plus il est voisin de la verticale, plus le contraste entre les deux versants diminue. C’est donc sous le 45' degré que ce contraste est aussi grand que possible, et le Ventoux occupe, sous ce point de vue, la position géographique la plus favorable.

Beaucoup de botanistes pensent que la composition chimique du sol exerce une grande influence sur la végétation. Ils sont persuadés que la présence de la silice, de la chaux, de la potasse, de la magnésie, du sel marin, est nécessaire à l’existence de certaines plantes, inutile ou hostile à certaines autres. On cite des végétaux, le châtaignier, les bruyères, jcertains genêts, la digitale, qui ne prospèrent que sur les sols siliceux, tels que le granité, le gneiss, les grès, les schistes, etc. D’autres plantes préfèrent les sols calcaires. Tous les savants sont également d’accord pour reconnaître l’influence prépondérante des conditions physiques. 11 est clair que la perméabilité du sol , son

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