OL LK SAHARA FRANÇAIS
vallées du canton des Grisons (1), l’Isère, le Unie, le Khôiie, etc. (.«s couches, composées des mêmes cailloux que dans la Grau et le lit môme de la rivière, l'ormaicnt des couches parfaitement horizontales, et présentaient seulement dans certains points des inclinaisons irrégulières et locales dues à l’action des eaux diluviennes charriant des matériaux de diverses grosseurs, llien n'indiquuit un relèvement général et régulier. Ces dépôts diluviens étaient superposés ou s’adossident souvent à un poudingue calcaire plus ou moins compacte, absolument analogue à la gompholithe ou myetflue de la Suisse ; comme elle, ce poudingue alternait avec des couches de grès offrant des empreintes de coquilles et tous les caractères de lu mollasse coquillière. C’est surtout en amont de la cluse connue sous le nom de pertuis de Mirabeau, que l’idenlite du poudingue et de la mollasse était aussi frappante que celle de la mollasse de Zurich avec la nageltlue de rUetliberg (2).
Plus en amont, près de la ville des Mées, le poudingue tertiaire forme d’énormes escarpements. Les couches sont manifestement redressées, mais elles se composent entièrement de cailloux calcaires imjiressiunnés , c’est-à-dire laissant chacun une empreinte en creux plus ou moins profonde à la surface de ceux avec lesquels ils sont agglutinés. C’est encore un caractère de la nagelflue calcaire, et ce caractère suffit pour distinguer des poudingues, même désagrégés, du véritable diluvium, qui jamais ne se compose de cailloux impressionnés.
Jusqu’à Chàteau-Arnoux, les terrasses se succèdent et présentent tous les caractères d’un dépôt purement aqueux; mais déjà en aval de ce village, on est en présence d’une moraine bien
(t) Voyei, à ce sujet, un Mémoire sur les formes régulières du terrain de transport dans les vallées des deux Hhins {Bulletin de la Société géologiguede France, 1842, t. XIII, p. 322).
(2) Desor, Bulletin de la Sociric des sriences nuivrelles de SeufehdicI . I. V, p. 64, séance du 3 mai 1859.
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caractérisée: cailloux anguleux et rayés de diverses grosseurs, confufénient rntasfés et mêlés avec de la boue glaciaire et audessus de véritables Lires erraliques. II en est de même jusqu’k Sisteron. Sans doute on reconnaît quelquefois des effets d’une action aqueuse : des couches de sable ou de cailloux plus ou moins slratifiês, comme on le voit sur les moraines actuelles, dans le voisinage des lacs contigus aux glaciers ou des torrents qui s’en écoulent. Mais dans les 16 kilomètres qui séparent ChAteau-Arnoux de Sisteron, la route longe la moraine latérale droite de l’ancien glacier de la Durance. La moraine latérale gauche est de l’autre côté du torrent, et se termine supérieurement par une de ces arêtes rectilignes si caractéristiques de ce genre de dépAt. Pour achever la démonstration, on remarque, sur la roule, des roches polies et striées en place, que les travaux de rectification ont mises à découvert La ville de i>isleron elle-même est entourée de moraines; la plus remarquable par le nombre et le volume des blocs qui la couronnent est située au nord de la ville, sur la route de Gap, avant de traverser la rivière ilu Biiech, qui coule elle-même dans une vallée coupée par une grande moraine terminale- située entre les villages de Veyneset de Montmaur (t)..
Ces détails étant connus, le nombre et le volume des cailloux de laCrau n’ont plus rien qui doive nous surprendre. Un immense glacier occupait jadis la vallée de la Durance et tous ses aflluents jusqu’à ChAteau-.Arnoux. Pendanldes milliers d’années il a accumulé dans ses moraines des débris provenant du massif central des .Alpes briançonn iises. Lors de la fonte du glacier, tous ces matériaux réunis à ceux de l’alluvion ancienne ont été entraînés par des courants d’une grande violence, qui se sont déversés par le pertuis de Lumanon, pour déboucher dans la plaine de la Crau ; mais dans ce transport qui a continué pen-
(1) Ch. Lorjr, üascnplion géologique du Dauphiné, p. Q9A.
ou LE SAHARA FRANÇAIS.
dant la longue période d’oscillation et de retrait du glacier, toutes les roches friables ont été détruites, converties en boue ou réduites en cailloux de petite dimension. Les quartzites, les serpentines, les porphyres, ont seuls résisté à ces frottements prolongés, et sont arrivés jusque dans la plaine avec une grosseur égale ou supérieure ii celle de la tête. La Grau ri’cst donc point une inoraitie, mais elle est formée, comn c les dunes du cordon littoral, aux dépens des moraiues de l’ancien glacier de la Durance et des amas prodigieux d’alluvion ancienne qui remplissaient cette vallée. La Grau est un immense cône de déjection, un grand delta incliné, comme j’ai proposé de l’appeler, et toute la vallée de la Durance, depuis les sommets des Alpes dauphinoises jusqu'au pertuis de Lamanon, était son bassin de réception. La vaste étendue du second nous explique celle du premier.
APERÇU GEOLOGIQUE
MH
LA VALLÉE Dû VERNET
ET I.A mSTINCTION DES FAUSSES ET DES VRAIES MORAINES DANS les PYRÉ.NKES-ORIENTALES.
Après avoir quitté Perpignan et traversé Prades, en remontant la vallée de la Tct, le géologue pénètre dans le vallon du Vernet, par l’étroite gorge de Villefranchc. Il remarque les couches redressées de marbre rouge creusées de nombreuses cavernes qui s’élèvent verticalement des deux côtés du défilé ; puis, passe le torrent, arrive au village de Corneilla, et s’arrête auprès d’un escarpement formé de blocs de toutes grosseurs, de sable, de cailloux confusément mêlés et entassés les uns sur les autres. Si ce géologue est une diluvialiste exclusif (1), il admirera la puissance de ce terrain de transport, et supputera la force et la profondeur des courants qui ont charrié et accumulé ces innombrables fragments. Si c’est un glacialiste convaincu, il s’extasiera sur la grosseur des blocs, la vivacité de leurs angles, la netteté de leurs arêtes, et constatera la puissance de cette moraine de l’ancien glacier du Canigou. L’un et l’autre se trompent : cet escarpement est formé de matériaux désagrégés, mais non
I) Collugno, Sur le% lorrains rlilumens des ryirni-ts {.inntün de% gMogiqats, I8A3, p. 27 du tirege é pmi).