LA TRIBUNE DE GALILEE
A F LO H KN CK.
Au commencement du xvii' siècle, I;t puissance du génie de l’iiumanité s’était manifestée dans les grands al tistes qui ont illustré Florence à celte époque. Architectes, peintres et sculpteurs avaient uni leurs etlbrts et créé une ville oii l’ensemble harmonieux des chefs-d’œuvre produit sur l’imagination une impression aussi profonde, aussi solennelle que la vue des grands spectacles de la nature. Mais, tandis que l'art s’élevait à une hauteur qu’il ne dép.issera peut-être jamais, la science semblait sommeiller. Les artistes reproduisaient le monde extérieur en l’idéalisant ; les savants au contraire s’enfermaient dans de sombres bibliothèques, et demandaient aux livres d’Aristote les causes et l’explication des phénomènes qu’ils avaient sous les yeux. Enfin tïalilée vint, et avec lui commence une ère nouvelle pour les sciences phj'Siques : l’étude de la nature remplace celle des livres, et l’analyse des phénomènes renverse les hypothèses poéliijues que les anciens avaient imaginées sans recourir à l’observation. Galilée est donc à la fois le fondateur de la physique expérimentale et le créateur de la physique mathématique. Le premier il a montré par ses travaux que l'observation, l’expérience et l’analyse sont les moyens par lesquels l’homme peut arriver à la connaissance des lois immuables qui régissent le monde physique. Mais la découverte du pendule, celle des lois de la chute des corps, du télescope, des phases ' *
de Vénus, des satellites de Jupiter, des montagnes de la lune.
LA TKIIU’NE Dp CAI.ILEE A FI.OKENCE. '
du Ihemiomèlr*', cl de rami.ilurc des aiiîiaiils, sont, aux yeux du pliiIo$o|)he, les iitoiiidies litres de Galilée a la vénération de' la |l0^lérilé. A[idtre cl’iinf nolile cause, il en fut le martyr, et Galilée.' emi'ri>oniié, questionne, touinientéà l’â^e ejo >oixan'tehuil ans, par. de s prêtres. cruels, Galilée aveu^de, traînant leS dernv'resitnnées de sa vie sous l'adl toujours ouvc*rt et la main toujours menaçante de rinc[uisilion,' devient, à mes' yeux, le ClfrisI de la science crucifié par l’igiu)rance et le fanatisme. . ‘ •
Dans ses ouvrages, Galilée s’est élevé un nipnuinenl impérissable olfert à l’adniiration des savants, niais rien ne le signalait ' aux respects de la foule et à la reconnaissance des peuples. Ürv beau portrait par Susiermans, dans. la' galerie des U ffizi, un . modeste tombeau dans l'église de.V<m/« Vroce, voila tout ce qui ' • • rappelait 11 .scs comiatrioles l’existence de cet étonnant genie.
Il était digne du prince qui régnait sur la Toscane en 1840 de consacrer à Galilée un monument pour populariser sa gloire, éveiller de nobles instincts, et rappeler à Florence qu'elle a . produit un homme aussi grand dans la science que Üaiite et Michel-.Vuge le furent dans la poésie et dans les arts.
La tribune de Galilée est une salle •oblongue terminée en demi-cercle, et au fond de laquelle s’élève la statue de l’illustre astronome. Des peintures à fresque rappellent les principales phases de sa vie scientilique.
Dans la première, on le voit jeune encore, mais profondément absorbé en contemplant les balancements d’une lampe suspendue par une longue chaîne à la voûte de la cathédrale de Fisc. Le ])remiei' il découvre dans ce fait vulgaire, inaperçu depuis des siècles, une loi inqiorlante, celle de risochronisme des oscillations ; car il reconnaît que les oscillations du pendule mis en mouvement ont sensiblement la même durée, quoique leur amplitude diminue sans cesse. Par cette simple remarque, Galilée donnait le moyeu de mesurer exactement le temps à l’aide des horloges 'munies d'un peiidule'invariable ;
• ■ LA TRfBUNE J)ET .GALILEE A FLORENCE.
ni^is. il était réservé à son fils, suivant les uns, à Huyghens, suivant les autres, de faire cette inaportante application du * •principe (ju’il avait découvert.
Une autre fresque représente Galilée démontrant à l’université de Fise la lui de la chute des corps et de la décomposition des forces, en faisant rouler une boule sur un plan incliné. Autour de lui sont groupés ses élèves attentifs, tandis que deux scolastiques cherchent en vain dans Aristote une explication de ces faits nouveaux. .Vu fond du tableau on aperçoit la tour penchée, où Galilée fit les expériences directes qui confirmèrent celle que la peinture a reproduite.
Dans une troisième fresque, Galilée est à Venise. Le doge et les sénateurs viennent d’étre ténmins du merveilleux pouvoir du télescope. Des navires, à peine visibles à l'horizon, ont été rapprochés par l’inslrumenl magique, et le grand homme expose les conséquences immenses de sa découverte pour la navigation et l’astronomie. Enfin, nous voyons Galilée vieux, aveugle, brisé par l’inquisition, prisonnier dans sa maison d’Arcetri, et dictant à ses dignes élèves Evangelista Torricelli et Vincentio Vivian! la démonstration géométrique des lois de la chute des corps, qu’il avait trouvée d’abord par l’expérience directe.
Au-dessous de ces fresques qui nous représentent les phases principales de la vie scientifique de Galilée, on a disposé quelques instruments imaginés et construits par lui-méme. Ce sont deux lunettes d’approche et un objectif qu’il avait travaillé de ses propres mains. Avec cet objectif, il découvrit les satellites de Jupiter, nommés par lui medicea sidéra, les phases de Vénus, et les montagnes de la lune. 11 reconnut le premier que les nébuleuses sont des amas d’eloiles très-petites, et donna la figure de celle d’Orion et des IMéiades. Il fit voir que la voie lactée se composait d’un nombre infini d’étoiles très-rapprocliées. Ces grandes découvertes furent consignées par lui dans un petit opuscule intitulé Sidereas mtiicitis, imprimé à Venise
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au coiiinienccmpnl de l’année 1010. Plus loin on remarque un aimant armé par Galilée lui- même ; car il avait observé qu'en appliquant à l’aimant naturel, préalablement poli, des plaques de fer doux, on augmente la force magnétique de ses pôles.
A côté de cet instrument se trouve un doigt détaché du corps de Galilée, lorsqu’on le transporta dans l’église de Santa Croi.e, où il repose maintenant.
Galilée avait laissé quatre disciples, Castelli, Cavalieri, Torricclli et Viviani. Les trois premiers ne lui survécurent pas longtemps ; le dernier, matbématicien célèbre, habitait à Florence une maison qu’il devait à la munificence de Louis XIV, ainsi (|ue le témoigne une inscription trop longue pour ne point lasser la |(aticncc du passant. Seul des quatre disciples de Galilée, Viviani fit partie de la célèbre Âccademia dcl Cimeulo, <|ui conserva les grandes traditions du maître. Kllc fut fondée , par le duc Léopold en 1637, (|uinze années après la mort de (ialilée. Son titre et sa devise. Provnndo e riprnrando, montrent suflisammcnt l’esprit qui l’animait. Se livrer à des expériences, les répéter et les varier sans cesse ; se délier de.s résultats les plus probants au premier abord, et des conclusions les plus légitimes en apparence, telle était la méthode de cette célèbre compagnie. Animée de l’esprit de Galilée, elle continuait la réaction contre les doctrinos scolastiques qui menaçaient de nouveau l’avenir des sciences. Viviani, Borclli, Dati, Paolo dcl Buono, Mafslli, Candido del Buono, Magalotti, Binaldiui cl Hedi furent les seuls membres de celle association. Son fondateur, le prince Léopold, la présidait, et son frère, le grand-duc Ferdinand 11, assistait souvent aux séances. C'est une bctireusC idée d’avoir réuniii côté des insiniments de Galilée ceux de l’.lccrtdinnia del Ciminia (pii ont été conservés. Ils sont assez nombreux pour qu’on puisse se taire une juste idi-c des appareils employés h celle épocpie, et la plupart (renlre eux.'ont célèbres dans I hisloire delà phy'itpic.