I.A TKIBIM; 1)K üAULKE a FLOKtNCE
Un grand nombre de thcrmomèlres attirent d’al)ord les regards : les uns, fort longs et supportés sur des pieds de verre artislemcnl travaillés, rappellent qu’à l’époque où les sciences sortaient à peine de l’immobilité à laquelle le catholicisme les avait condamnées, les beaux-arts avaient déjà brillé de tout leur éclat. Parmi ces thermomètres, il en est de petite dimension, qui intéressent à un haut degré le météorologiste. Ce sont des instruments de marche identique, tous comparés entre eux, que l’Académie avait distribués à un grand nombre d’ohser\ateurs en 'l'oscane, pour arriver à connaître le climat de cette contrée. Les moines de divers couvents les observaient régulièrement, tandis que llaineri li.sait cinq fois par jour le thermomètre du monastère des Angeli, à Florence. Ces obsen'alions furent continuées pendant plusieurs années. Malheureusement le prince Léopold, ayant demandé le chapeau de cardinal, Rome mit pour condition à sa nomination que l’Académie qu’il cavait fondée serait détruite, et les observations météorologiques faites sous sa direction anéanties comme elle. Le prince sacrifia ses collaborateurs: l’Académie fut dissoute, ses membres persécutés, les écrits de Galilée et de ses disciples lacérés et brûlés. Rorelli, le fondateur de la physique animale, fut réduit à mendier dans les rues de Florence, et Oliva, victime une première fois des rigueurs de l’inquisition, chercha dans le suicide un refuge contre de nouvelles tortures. Néanmoins les travaux de ces martyrs de la science ne furent pas entièrement perdus pour la postérité. Un heureux hasard fit retrouver, il y a quelques années, les observations thermométriques auxquelles Haineri s’était livré; mais on ne pouvait en faire aucun usage parce que l’on ne connaissait pas la valeur de la graduation des thermomètres de VArnideiiii'i del Cimniio. Ceci demande quclrpies exiilicalions.
Hans les thernimuètres Réauniur et centigrade, il y a deux points fixes ; la température de la glace fondante et celle de
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la vapeur de l’eau bouillante. Un a reconnu, en ell'et, que la leinpéralure de la glace ou de la neige était toujours la inéaie au inonieiit de la fusion. Celle de la vapeur de l’eau bouillante varie suivant la pression atmosphérique indiquée parla hauteur du baromètre; mais les lois de cette variation étant connues, on peut toujours ramener le point fixe de l’eau bouillante à ce qu’il serait sous la pression de l’atmosphère correspondante à une hauteur barométrique de 760 millimètres. Ces deux termes fixes étant déterminés sur l’instrument, lléaumur divisait l’intervalle qui les séparait en quatre-vingts parties d'égale capacité, appelées degrés. Celsius, et depuis lui les fondateurs du système décimal, l’ont divisé en 100 degrés. Le zéro est le point où le liquide thermométrique s’arrête quand on plonge l'instrument dans la neige fondante; 100, celui où il s’élève dans la vapeur île l’eau bouillante sous une pression barométrique de 760 millimètres.
Les académiciens de Florence n'avaient point adopté de points fixes, et l’on n’a pas retrouvé l’instruction qu'ils ont dû laisser sur la graduation de leurs thermomètres. Cependant il était d’un grand intérêt de connaitre le climat dont jouissait la Toscane vers la tin du xvii' siècle. Suivant les uns, le déboisement des .Apennins, qui alors étaient couverts de grandes forêts, avait abaissé la température moyenne de la contrée. En outre, c’est une opinion généralement répandue dans le public, que tous les climats deviennent de plus en plus rigoureux, phénomène qui ne pourrait s’expliquer que par un refroidissement graduel de la surface du globe. Ces importantes questions siTaient restées sans rcjionse, si un heureux hasard n’avait fait découvrir en 1828 une caisse entière de thermomètres de VAccademia del Cimeulo (1). .M. Libri s’occupa de
(1) Cc9 Ihcrmumeires uni envirun 12 ceiiliiiièlrcs île langueur ; leur boule a Ib milliiiieires île iliaiiiétie ; les degrés, au iiuiiibre de ÔU, suiil marqués
LA TRIBUNE DE GALIl.EE A FLORENCE.
rendre leur graduation comparable à celle des thermomètres modernes. 11 vit que ces instruments, plongés dans la glace tondante, s’arrêtaient tous entre la treizième et la (|uatorzième division, et que le point de départ ou zéro de la graduation des académiciens de Florence correspondait à 18°,75 au-dessous du zéro du thermomètre centigrade. Il reconnut aussi que le ùü' degré du thermomètre del Cimento correspondait à 62°, 5 de l’échelle centigrade. A l'aide de ces éléments, il était facile de trouver le rapport des deux échelles et de savoir approximativement quel était le climat de Florence à la fin du xvii' siècle. En s’appuyant sur ces données, jointes à celles qui lui ont été fournies par l’astronomie, les chroniques météorologiques et la géographie botanique, .VI. Arago a résolu, dans V Annuaire de 183/i, les deux problèmes <iue nous avons énoncés dans ce paragraphe. Il a prouvé (|ue la terre ne s’est pas refroidie sensiblement depuis les temps liistoritiues, et que la température moyenne de la Toscane est restée la même, sauf que les hivers sont aujourd’hui moins froids et les étés moins chauds, effet général du déboisement dans tous les pays oii le défrichement n’a pas été mainlenu dans de sages limites.
Après la mesure de la chaleur, celle de la proportion d’humidité dans l’air est la |dus importante en climatologie. Un air chaud et sec transforme bientôt en un désert aride le pays le plus fertile; avec une atmosphère tiède et humide, le sol disparaît sous une végétation luxuriante.
Le grand-duc Ferdinand II imagina un inslrument destiné à apprécier l'humidité de l’air. Cet apj)areil, fondé sur le principe de la condensation des vapeurs, est placé dans la tribune, au-dessous des thermomètres dont nous avons parlé. Tout le monde sait qu’en été, si l’on monte de la cave une carafe d’eau
par de petites gouttes d’émail noires, sauf les degrés 11), 20, 30, 40 et 50, qui sont distingués pur des gouttes blanches. Le liquide est de l'alcool non coloré.
IfiO I.A TKIHIM. 1»K l.AUU.h A 1 LOKi;.N< h.
fraîche, elle sc couvre à l’inslunt d’une léjüère rosré. Cette rosée était à l’état de vapeur d’eau invisible dans l’air chaud : elle repasse à l’état liquide au contact avec le verre froid qui abaisse la température de l’air et lui enlève le pouvoir de maintenir l'eau à l’état de vapeur. Ferdinand II fit construire un vaso de liège Tccoutert en dehors d’une plaque d’étain; ce vase avait la forme d’un cène tronqué, et s’ajustait intérieurement dans un cfinc creux de verre dont la pointe était tournée vers le sol : on le remplissait de neige, et alors la vapeur se condensait à la surface externe du verre, et coulait sous forme de gouttelettes liquides vers la pointe, qui plongeait dans un vase divisé en parties d'égale capacité. Si donc on plaçait le vase dans un air humide, les gouttes d'eau se succédaient rapidement à rextrémité du cône ; dans le cas contraire, elles étaient rares et trèspetites. .\vec cet instrument les académiciens avalent déjà reconnu que les vents du midi sont plus humides que ceux du nord. En effet, par un vent du sud impétueux, il tomba, dans une expérience, quatre-vingts gouttes d'eau dans une minute; le vent du nord ayant succédé à celui du midi, l’écoulement cessa, et au bout d'une demi-heure la surface du cône de verre était parfaitement sèchg, quoiqu'il fût toujours rempli de neige. Cet hygromètre, remarquable pour l’époque à laquelle il a été imaginé, ne saurait être employé aujourd’hui, car il ne tient compte ni de la température, ni du volume des masses d’air sur lesquelles on opère.
Je ne parlerai pas longuement des expériences auxquelles se livrèrent les académiciens de Florence pourconfirmer et étendre la belle découverte de la pression atmosphérique faite par Torricelli en 16à3; fidèles à leur devise, ils ont répété, en les variant, les premiers essais de Hobcrval, Pecquet et Pascal. Mais il en est une que le savant directeur du muséti dont nous parlons, M. .\ntinori, a fait avec juste raison représenter dans les fresques qui ornent la tribune; car elle prouve à la fois la sagacité de ces
. i.A Tuiiii NE UE <;\i.iu:e \ i- i.ouexce. ’ i(;i
illustres physiciens et la sage réserve dont ils étaient animés. Plus hardis dans leurs conclusions, ils eussent propagé une erreur ou proclamé une grande vérité; ils préférèrent s’abstenir et laisser ü leurs successeurs le soin de résoudre un problème qu’ils avaient soulevé. Sachant que la lumière et la chaleur se réfléchissent sur les surfaces polies et brillantes, ils se demandèrent si le froid jouissait des mêmes propriétés. Cinq cents livres de glace furent placées sur un trépied en face d’un miroir concave, au foyer duquel se trouvait un thermomètre sensible. L’alcool se mit aussitôt à descendre dans le tube de l'instrument. « Mais, ajoutent-ils, à cause de la proximité de la glace, il était douteux si le froid direct ou le froid réfléchi refroidissait davantage. Pour lever ce doute, on couvrit le miroir, et quelle qu’ait été la cause de cet effet, il est certain que l’esprit-de-vin se mit à remonter aussitôt. Néanmoins nous n’oserions pas aflîrmer positivement que cet effet ne puisse pas venir d’une autre cause que de l’interposition de l’écran, car nous n’avons pas fait tout ce qui serait nécessaire pour nous en assurer. »
Il était réservé à Pictet de mettre ces expériences à l’abri de toute objection. 11 employa deux miroirs concaves disposés l’un en face de l’autre, de telle manière que les rayons d’une flamme située au foyer du premier miroir et réfléchis parallèlement par celui-ci, allaient frapper le second réflecteur et se rémiir à son foyer. C’est là qu’il plaçait son thermomètre. Les miroirs étaient assez éloignés l’un de l’autre pour que l’effet direct fût nul, et il le prouvait en s’assurant que le thermomètre ne montait qu’au moment où sa boule était exactement placée au foyer du second réflec teur, .\insi donc c’était la chaleur réfléchie deux fois par les miroirs qui agissait sur l’instrument. Quand il substituait à la flamme un morceau de glace, le thermomètre baissait rapidement. Pictet fut tenté de conclure que le froid se réfléchissait comme la chaleur : mais il comprit bientôt que lé mol fmid n’a point de sens absolu, et que la glace est fmide par
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