‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 133 sur 210 · LA TRIBUNE DE GALILEE A FLORENCE · texte numérisé non relu

LA TRIBUNE DE GALILEE A FLORENCE

rapport h la flamme, mais cliaude si on la compare au mercure gel6. Il vil qu’il avait .simplement interverti le rftie des corps mis en expérience. Quand le thermomètre se trouve à l’un des foyers, la glace à l’antre, c’est le thermomètre qui est le corps chaud et joue le rôle de la flamme : il abandonne sans cesse de sa propre chaleur à la glace, et n’en reçoit presque rien en échange. Par conséquent, la boule du thermomètre se refroidit, et le mercure descend dans le tube.

Au milieu des instruments historiques dont le spectateur est entouré, il en est un qui attire l’attention des physiciens, auxquels il rappelle une expérience célèbre. C’est une sphère de cuivre creuse, à parois épaisses et rompue dans un point. Galilée ayant aftirmé que la glace était de l’eau dilatée, puisqu’elle surnage à l’eau liquide, les académiciens résolurent de s’en assurer directement. Ils remplirent une sphère avec de l’eau pure, puis la fermèrent exactement avec une vis, et la placèrent dans un mélange de neige et de sel : le liquiile contenu dans l’intérieur de la sphère, se dilatant en passant à l’état de glace, lit é<daler la houle. Cette expérience, répétée avec des sphères de métaux dilférentset dont les parois étaient d’épaisseur variable, donna toujours le même résultat. Seulement, quand les parois étaient minces, elles cédaient, et la sphère augmentait de volume sans se rompre. Ainsi l’eau se ililate en se congelant. Il était naturel de se demander si elle est compressible. Le problème fut résolu par une heureuse combinaison de, la physique et de la géométrie. l>c tous les solides, la sphère est celui qui, à égalité de surface, olfre la [ilus grande capacité. Ayant fait fondre une grande s|)hère creuse en argent, mais à parois peu épaisses, les académiciens la remplirent entièrement d’eau froide, puis la fermèrent avec une vis trèssolide, et la frappèrent avec de pe.sants marteaux. La splièie se déformant, sa capacité intérieure diminuait, et le lii|uide suintait à travers les parois du métal, sous forniL de rosee. Or, si

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l’eau eftt été compressible le moins du monde, son volume aurait diminué avec la capacité de la sphère : loin de là, elle surmontait l’énorme résistance des parois métalliques et passait à travers les pores invisibles de l’argent.

En citant un plus grand nombre de preuves du zèle et de la sagacité des illustres Florentins, j’aurais peur d’abuser de la patience des lecteurs qui ne se sont pas occu|)és spécialement des sciences physiques. Quant aux physiciens, ces faits leur sont connus. Je ne parlerai donc pas des expériences sur la propagation du son, la densité des liquides et la pesanteur spécifique des corps. Leur description se trouve dans le premier volumede la Co/lectim acndémi(jnp, traduite en françaisetaccompagnce d’un excellent commentaire de Musscbenbroek. Détruite par les prêtres de l’inquisition, après neuf années d’existence, VAccademia del Cimenta donna, treize ans après, un dernier signe de vie : mais, à partir de ce moment, c’est ilans les contrées où régnait un esjirit religieux moins aveugle, c’est en Hollande, en Angleterre et en France, qu’il faut chercher ses continuateurs ou scs émules. Hiiyghens, Boyle, Newton, Halley, Musschenbrock, s’tîravesande, Mariotte et l’apin conservèrent les grandes traditions auxquelles on doit toutes les découvertes de la ])hysiqiic expérimentale et les prodiges de l’industrie moderne.

Qu’il me soit permis de rapporter celte dernière expérience faite par Averani et Targioni, élèves des académiciens Viviani et Redi, longtemps après la dissolution de la société. Le diamant est la plus dure des substances connues. Tout en lui nous annonce un de ces corps inattaquables par l’acier, par le feu et les acides les plus violents. Newton avait soupçonné qu’il pouvait être combustible. Lavoisier prouva plus tard qu’il se formait de l’acide carbonique dans celte combustion, et plusieurs chimistes, entre autres Guylon Morveau et Humphry Davy, arrivèrent à celle conclusion, que le corps le plus étincelant de la nature n’est que du charbon parfaitement

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pur. Humphry Davy voulut répL^tor à l'Ioronce cette expérience avec l’instrument qui avait servi à Targioni, et il obtint le même résultat.

Avant de sortir de la tribune de Galilée, deux grisailles placées au-dessus des portes d’entrée attirent les regards par l’intérét du sujet et le mérite de l’exécution. L’une représente Léonard de Vinci, en présence de Léopold Sforza, duc de Milan, auquel il expose ses découvertes en physique et en astronomie, ün sait que ce grand peintre construisit un hygromètre vers la fin du xv° siècle. Il imagina des machines de tout genre, fit connaître les proportions exactes du corps humain, et prouva que la lumière cendrée de la lune est due à une portion de la lumière solaire réfiéchie par la terre (1). Il fut le prédécesseur de Galilée : peintre et astronome, il forme la transition entre l’art et la science. Le tableau qui sert de pendant à celui-ci nous

(1) Peu de temps après la nouvelle lune, lorsque l’astre se montre sous la forme d’un mince croissant, on aperçoit, avec de bons yeux et encore mieux avec un télescope, le disque lunaire tout entier : la partie peu éclairée présente une teinte gisâtre, à laquelle on donne le nom de lumière cendrée. Plus la lune s'approche de son premier quartier, moins la lumière cendrée est visible. Voici l'explication de ce phénomène. A l’époque de la nouvelle lune, quand riiémisphère tourné vers la terre est plongé dans l'obscurité, et par conséquent invisible pour nous, la portion de notre globe qui regarde la lune est fortement éclairée par le soleil ; celle-ci recuit une quantité notable de la lumière rénérhie par la terre, et il en résulte, pour les habjtants de la lune, un clair de terre fort brillant. De plus, la surface de la terre étant environ treize fois plus grande que celle de la lune, s'il est dans ce globe des clicrcbcurs de causes finales, qui se piquent de savoir le pourquoi des choses de l’univers, ils peuvent dire que la terre est faite pour éclairer la lune. Ils le peuvent même avec treize fois plus de raison que les habitants de la terre, qui considèrent la lune comme un flambeau créé à leur usage, puisque la terre éclaire treize fois mieux la lune que la lune n'éclaire la terre.

ta plupart des historiens attribuent û Léonard de Vinci l'explication de la lumière cendrée ; cependant quelques-uns la revendiquent en faveur de Moestlin, le maître de Kepler. Quoi qu’il en soit, te mérite scientifique de ce grand puiilre n’en est pas diminué.

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représente Voila, qui continua cette série des grands physiciens que l’Italie a donnés au inonde. Il est devant l’Institut de France, et démontre les propriétés*de son condensateur électrique. Près de lui, sur le premier plan, se trouvent le premier consul Bonaparte et Lagrange, le grand géomètre. Ce n’est pas sans un juste orgueil que le directeur du musée me faisait observer que ces grands hommes avaient pris naissance tous les trois’ sous le ciel de l'Ilalie. J’aurais pu revendiquer Bonaparte comme Français par son pays, et rappeler l’origine de Lagrange, né à 'Purin, d’une famille originaire de France; mais dans le temple élevé à la science italienne, devant la statue de Galilée, à quelques pas du laboratoire de Nobili, dans la ville où Lucca délia Robhia, Fra Angelico, Michel-.\nge, Giotlo, Andrea del Sarto et Raphaël animèrent le marbre et la toile, il ne reste plus d’autre sentiment que celui d’une profonde sympathie pour cette belle Italie dont les enfants occupent une si large place dans l’histoire des progrès intellectuels du genre humain.

CH. ilAKTINS.

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