MALTE
zoologiste et l’horticulteur éprouveront encore de vives jouissances et feront plus d’une observation intéressante.
MALTB.
Malte est la première étape. Quel contraste avec Marseille, d’où nous étions partis il y avait deux jours seulement! Dans la campagne aride et dénudée en apparence, des champs de coton encore en fleur, des pastèques, VOjwitia figue d’tnde chargé de fruits, V Agave d’Amérique, des caroubiers, çà et là des palmiers-dattiers. Derrière les murs, des orangers, des citronniers et 1a cassie [Acacia Farnesiana). Sur les blancs talus des fortifications, des mésembrianthèmes et des câpriers en fleur. Puis tous les arbres du midi delà France, l’olivier, l’amandier, le figuier, le grenadier et le pin d’.Alep. Le gouvernement anglais, si soigneux de tout ce qui peut embellir la ville de la Va-* lette, a établi un jardin ou plutôt une allée protégée par deux murs élevés, qui senommela/^/oci«/ia. J’y remarquai en pleine terre des arbres qui, même àHyères, ne peuvent supporter les froids de l’hiver: c’étaient Scitinus molle, Justicia adhatoda, un magnifique Sapindus saponaria, des Lantana, Polygala speciosa, Bignoniastans, B. caijensà, lienecio scatidens. Hibiscus mutabilis, Sida mollis, Melilotus arborea, Duranla Blumieri, Cartus triangularis, Volkameria japonicu, Poinsetlia pulcherrima, Laurus indica et Plumbago cœrulea. Ces végétaux nous démontrent que le climat de Malte est des plus doux, et que jamais le thermomètre n’y descend au-dessous de zéro. La sécheresse de l’été et les vents violentsde l’hiver sontles obstacles qui s’opposent, comme dans toutes les petites des dépourvues de montagnes, à l’introduction de certaines cultures et à l’établissement d’une végétation plus variée. Les animaux sont les mémos qu’en France; mais tous les voyageurs ont remarqué dans les rues de la Valette ces troupe<aux de chèvres gracieuses, aux poils tins et soyeux.
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PKOXIF.NAUF. HOTANiyi'F.
d’un jaune doré. Chaque matin elles viennent de la campagne porter leur lait à domicile. Quelques zoologistes en font une espèce à part, sous le nom de Capra welilensin.
SÏHA.
De Malte nous fîmes voile pour l’archipel grec . Tout ce que l’on a écrit sur la nudité des côtes du Péloponèse et de ses lies n’est que trop vrai. Les causes du mal sont probablement trèscomplexes. Des déboisements irréfléchis, les incendies allumés par les bergers qui brûlent en automne les herbes sèches, la dent des chèvres et des moutons, les vents violents de la mer, ont chacun leur part dans la destruction des végétaux arborescents. Les bosquets de Cythére ont disparu comme son nom, et Cerigo n’est plus qu’une croupe de montagne sans verdure et sans ombrage. Syra, où nousabordilmes, rappelle Alger : c’est une ville aux maisons pressées, étalée etl amphithéâtre sur le flanc d’un rocher. La basse ville est habitée par les Grecs schismatiques, la haute parles catholiques. Surla])laceOthon,je vis pour la première fois le Tamarix formant un grand arbre; dans les jardins, quelques cassies et de petits dattiers. Autour de la ville, la scillc maritime élevait sa hampe fleurie du centre d’une rosette de feuilles desséchées, et l’asphodèle à petits fruits était chargé décapsules répandant leurs graines autour d’elles. L’ile de Syra se compose de roches schisteuses entremêlées de quelques noyaux calcaires. Ses grands édifices sont bâtis de marbre de nie de Paras, sa voisine, qui fournissait à Phidias et à Lcucippe la pierre dont ils ont fait sortir tant de chefs-d’œuvre.
SMvnsE.
Nous quittâmes Syra pour nous diriger vers le golfe de Smyrne. Hicn ne contraste plus avec la nudité des îles de la Grèce que les montagnes boisées qui entourent ce beau
golfe; celles qui s’élèvent derrière la ville sont malheureusement dépouillées de végétation : le voisinage de l’homme est fatal aux forêts. A Smyrne, dans le quartier des Roses, habité surtout par les riches négociants grecs, chaque maison a un jardin intérieur entouré d’une galerie sur laquelle s’ouvrent les portes et les fenêtres des appartements. Au centre s’élance un jet d’eau entouré d’orangers, de grenadiers, de néfliers du Japon, de jasmins et de roses. Quand la porte de la rue est entr’ouverle, on croit voir Vatrium d'une maison antique : c’est un souvenir de Pompéi réalisé dans l’ancienne Lydie. Ma première visite fut au pont des Caravanes, qui traverse le Mêlés, au bord duquel Homère aveugle faisait, dit-on, entendre ses chants divins. Le lieu de la scène est des plus poétiques. Du côté de la ville, le torrent est bordé de saules, de platanes, de mfirierset d’autres arbres aux formes arrondies, au feuillage mobile et varié; sur la rive opposée se dresse une forêt de cyprès séculaires, • noirs, immobiles, serrés les uns contre les autres, laissant voir ça et là leur squelette intérieur, formé du tronc et de grosses branches dénudées. A leur pied sont d’innombrables tombes turques coiffées du fez ou du turban, les unes droites, les autres déchaussées et inclinées, la plupart gisant sur le sol. Les cyprès sont l’image de l’immobilité; les tombes, celle de l’incurie musulmane. Sur le pont défilaient de longues caravanes de chameaux attachés l’un à l’autre par une corde et menés en laisse par un petit âne servant de monture à un conducteur turc, arabe, anatolien, caramanien ou nègre, tous revêtus de cdstumes variés, plus pittoresques les uns que les autres, armés jusqu’aux dents, et partant pour s’enfoncer dans les contrées les plus reculées de l’Asie Mineure.
Désireux d’avoir une idée de la végétation du pays, je me dirigeai avec deux officiers de VIIjida$pe vers le village de Dournaba, situé à 6 kilomètres de la ville. Nous marchions dans des chemins creux, chaque champ étant entouré d’une levée de
470 PK()M£^AI)£ BOTANIOTE.
terre recouverte de sainienls de vigne. Le myrte, le gattilier ( Viiex ugntu-castus), de superbes pistachiers térébinthes, le fenouil, bordaient la route. On vendangeait de tous côtés. La vigne et le froment étaient les cultures dominantes. La plap art des oliviers, vieux et noueux, semblaient abandonnés à eux-mêmes ; d’autres avaient été ébraiicbés de la façon la plus inintelligente. J’aurais voulu voir un champ de ces melons de Smyrne, ovales, verts extérieurement, à chair blanche, fondante et sucrée, les meilleurs du monde assurément; mais ils ne croissent pas près de la ville. On les cultive, du reste, à Cavaillon, près d’.4vignon, et dans les années favorables ils peuvent rivaliser avec ceux de l’Asie Mineure.
Le lendemain je visitai le village de Boudja, situé derrière la colline qui porte les ruines d’un fort génois et domine la ville. Les maisons de campagne sont moins belles que celles de bourinaba; mais la verdure qui entoure le village lui prête de loin un aspect européen (|ui réjouit les yeux. Je revins de boudja en traversant des landes couvertes de Poterium spinosum et de Thymus capitatua. Hans une haie, je trouvai Cyclatnen eurojxeum en fleur, et sur une aire où l’on avait battu du blé, Muscari parviflorum, Itc^f., réduit à 2 centimètres de haut. Je traversai sur un aqueduc romain une petite vallée oii le Mêlés arrose des prairies dont la verdure contraste singulièrement avec l’aridité des hauteurs environnantes. En gravissant, par son revers oriental, celle qui porte le chèteau génois, je 'trouvai encore quelques pieds fleuris de Kentrophyllum rubrum, Link, Atractylis ÿumm</mi,'Less.; mais aucune autre plante ne parait les noirs rochers trachytiques sur lesquels la citadelle est bâtie. Du pied de ces murailles encore bien conservties, on jouit d’une admirable vue sur la ville de Sinyrne, entrecoupée de jardins et environnée de cultures inaraiebéres : son beau golfe et les grandes montagnes qui la séparent de l'ancienne Magnésie complètent le paysage.