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III. — DE I.A .NATURALISATION ET DE L’ACCLIMATATION DES VÉCÉTAUX

— DE L’aPI'ARITION DES ESPÈCES SUR LE GLOBE.

Nous connaissons maintenant les lois auxquelles est soumise la distribution «les végétaux sur le globe. Après avoir résumé l’enseiiihle «les notions sur lesquelles repose la géographie botanique, il nous reste àdonner une idée de l’intérêldcs questions qu’elle peut nous aider à résoudre, et qui touchent, les unes aux applications possibles, les autres aux principes m«'nies de la science. Parmi les premières, nous citerons la naturnlisnlim, V acclimatation des véijctaux; parmi les secondes, V apparition des es/)cccs è la surface du globe.

La population mâle et femelle d’un pays ne sc compose pas uniquement des indigènes ou des descendants de familles qui l’habitent depuis plusieurs siiicles: les événements les plus divers y amènent des étrangers qui s’y établissent, s’y naturalisent et se confondent, après un petit nombre de générations, avec les habitants primitifs de la contrée. Il en est de même «les populations végétales. Une flore se compose d’espèces indigènes, connues de temps immémorial dans le pays, et d’autres intro-

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diiiles snccessivcmcnt par les causes les plus variées. Les courants marins, les rivières, les vents, les animaux, portent des graines d’un pays à l’autre; mais c’est l’homme surtout qui est l’agent volontaire ou involontaire de ces transports. Les semences de céréales envoyées d’Kurope en Amérique, ou réciproquement, ont introduit dans les moissons des deux mondes des plantes étrangères dont les graines étaient mêlées à celles du froment, du seigle ou de l’orge. Souvent ces graines, semées avec le blé , ne lèvent pas dans le champ lointain où le hasard les a jetées, mais souvent aussi elles germent et produisent une •plante. Si les nouvelles conditions d’existence où elle se trouve placée lui conviennent, la plante vit et se multiplie. C’est ainsi que plusieurs amarantes et l’une des mauvaises herbes les plus communes en France, YErigeron du Canada, nous sont venues de ce pjiys avec des graines de céréales. Réciproquement, les cultivateurs des États-Unis ont vu paraître dans leurs moissons la bourse-à-pasteur, des espèces de luzer/ie [Medicago), le chrysanthème blanc, le seneçon vulgaire, espèces communes dans les champs de blé de l’Europe, mais étrangères à l’Amérique.

F,es parcs, les jardins, et surtout les jardins botaniques, sont des centres de naturalisation (1), La plante se répand d’abord dans l’enceinte du jardin, s’y multiplie, mais ne tarde pas à la franchir pour se propager dans la campagne, où elle se maintient quelquefois. Près de Montpellier, sur les bords du Lez canalisé, qui va se jeter dans la mer, se trouve une petite gare appelée le port Juvénal. C’est là que les tartanes de Jacques Cœur venaient au XV* ^siècle débarquer les précieux tissus et les parfums de l’Orient; actuellement on y sèche des laines provenant des échelles du Levant, de la merXoire, d’Algérie, de Buenos-Ayres et d’autres contrées. Ces laines sont chargées de graines qui se

(I) C'est ainsi que vingt-quatre cs|>écos exotiques, c'est-à-dire originaires d'Asie, d'Afrique ou d’Amérique, se sont naturalisées spontanément dans le jardin des plantes de Montpellier.

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INTRODUCTION

sont accrochées à la toison des moutons. Étalées sur des cailloux brûlants qui recouvrent un soi humide, elles laissent tomber ces graines, qui germent entre les pierres, et le botaniste étonné voit paraître chaque année des plantes de l’Asie, de l’Atrique ou de l’Amérique. M. le professeur Godron (de Nancy), et M. Cosson, en ont décrit ü75 espèces. La plupart ne se perpétuent pas sur le nouveau sol oü le hasard les a fait naître, elles vivent un ou deux ans, puis disparaissent sans retour; mais quelques-unes se sont répandues et naturalisées dans les environs de Montpellier. Quoique plusieurs soient très-communes, d’autres remarquables par leur taille, aucune eependant n’est, décrite dans la Flore de Montpellier que le célèbre Magnol publiait en 1686, preuve qu’elles n’existaient pas de son vivant aux environs de cette ville. M. Hevvett-Watson s’est attaché, dans dans son Cybele britannica, à distinguer les hôtes étrangers qui sont venus se mêler à la population indigène de l’Angleterre; il en compte en tout 83 espèces dont l’origine étrangère est certaine : 10 viennent d’Amérique, les autres des régions européennes voisines, de l’Asie ou de l’Afrique. La France en possède certainement un beaucoup plus grand nombre, mais sa position continentale rend les recherches plus difficiles et les conclusions moins sûres.

Quelques chiffres donneront une idée de l’importance de ces naturalisations. Tous sont au-dessous de la vérité* car il est trèsdifficile de constater après coup l’apparition d’une espèce introduite depuis plusieurs siècles. Cependant, depuis la découverte de l’Amérique, qui ne remonte qu’à 373 ans, il y a déjà 64 plantes de ce continent qui se sont multipliées et vulgarisées spontanément dans le nôtre. Réciproquement, les botanistes américains nous signalent 172 espèces européennes naturalisées dans les Ebrts-Unis et le Canada. Ces échanges sont trop peu nombreux pour altérer le caractère des dores, mais ils nous montrent que certains végétaux ont um! nature plastique qui s’accommode de

h.\ ÜKOGKAPHIE BOTANigtE.

conditious d’existence en apparence assez diverses. La plupart au coiilraire ne prospèrent sous un ciel étranger que par les soins de rhoniuie, ou iiiéiue périssent, à moins d’étre placés dans le climat artificiel des serres chaudes ou tempérées.

La plupart des plantes alimentaires, industrielles ou ornenieutales que nous cultivons sont originaires de contrées éloignées. La France, si favorisée du ciel, réduite à la culture des végétaux indigènes, ne pourrait pas nourrir le quart de ses habitants. Toutes les céréales, excepté le seigle et l’avoine, tous les arbres fruitiers, excepté le poirier et le pommier, nous viennent de l’Asie centrale. L’Amérique nous a donné le mais, la pomme de terre et le tabac. Quoique cultivées depuis des siècles, ces espèces ne sont pas naturalisées en Europe; elles ne se propagent pas spontanément et sans culture. Les soins de l’homme peuvent seuls les perpétuer. Abandonnées à elles-mêmes, les céréales ne se reproduisent plus et disparaissent; les fruits à couteau redeviennent acerbes, la vigne dégénère. Il faut toute la science, tous les soins de l’agriculteur pour conserver et améliorer ces précieux végétaux, sur lesquels repose l’existence même des peuples européens. De redoutables avertissements, la maladie des pommes de terre, celle de la vigne,' ont montré que ces conquêtes végétales, réputées déflnitives, peuvent encore nous échapper. Une culture prolongée pendant des siècles, des modes anormaux de multiplication, des agglomérations trop considérables des mêmes végétaux dans une contrée limitée, sont peutêtre, comme les grandes agglomérations humaines, des causes permanentes d’épidémies destructives. Quoi qu’il en soit, l’éveil a été donné, et l’on a cherché de tous côtés dans les plantes exotiques des espèces alimentaires propres à remplacer celles dont la perte est sinon probable, du moins possible. Cette recherche est logique et sera couronnée de succès. Presque tous nos végéUiux utiles provenant de ce vaste continent de l’Asie, dont nous ne connaissons que les bords, et la moitié des plantes du

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globe étant encore inconnue, il est évident que nous devons trouver parmi les espèces cultivées par d’autres peuples, ou même parmi les plantes sauvages, des végétaux alimentaires nouveaux. On ne saurait donc trop multiplier les essais : sur le nombre, quelques-uns réussiront; mais il faut se garder des illusions dont l’expérience a désabusé tous les bons esprits. Un végétal naturalisé et définitivement acquis à une contrée, est celui qui se reproduit spontanément, sans le secours de l’homme, comme il le ferait dans son pays natal. L’acacia commun, par exemple, originaire de l’Amérique septentrionale, est naturalisé dans l’Europe moyenne, car il se ressème de lui-même et devient sauvage dans nos haies et dans nos bois. Le marronnier d’Inde n’est pas naturalisé ; sa graine, tombée sur le sol, germe sans doute, et l’arbre commence à pousser, mais il périt bientôt si l’homme ne lui donne des soins. Ainsi donc rien de plus rare que les naturalisations complètes. Mais, non content de naturaliser les plantes et les animaux utiles, l’homme a prétendu les acclimater. Il s’est flatté de l’espoir qu’un végétal provenant d’un pays chaud s’habituerait peu à peu à un climat plus rigoureux ; il a cru que la graine récoltée sur l’individu cultivé dans sa nouvelle patrie donnerait des sujets plus robustes. Douce chimère ! comme l’a dit Dupetit-Thouars. Le végétal vil tant que le thermomètre et l’hygromètre se maintiennent dans les limites qu’il peut supporter; cette limite dépassée, il périt. Chaque hiver rigoureux est pour les horticulteurs passionnés une source d’amères déceptions. L’arbre qu’on croyait acclimaté, parce qu'il avait traversé plusieurs hivers semblables à ceux de son pays, meurt dès que le thermomètre s’abaisse au-dessous du minimum de son climatnatal. Les grands hivers de 1709, 1785), 1820 et 1830 ont tué des arbres que nous sommes habitués à considérer comme indigènes, tels que les noyers, les chAtaigniers et les mûriers. Tous les vingt ans les oliviers de la Provence et les orangers de la Ligurie meurent de froid sur un point

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