TRIPOLI
d'un caïmacan de Tripoli se trouvait chez lui. Nous dînâmes donc sur la terrasse d’une maison située au*dessous de la sienne.
travers les grillages de bois de l’ermitage nous vîmes briller les prunelles de ces femmes qui assistaient en cachette à notre repas improvisé. Combien l’animation, la gaieté, les rires, la loquacité de CCS giaoum dut étonner ces paisibles filles de l’Asie, habituées à la gravité silencieuse de leur unique mari ! Le soir venu, les femmes partirent ; elles défdèrent une à une, semblables à des fantômes blancs, sur le sentier du vallon, et se perdirent enfin sous la voûte des Opuntia et dans la sombre verdure des orangei’S. Pendant ce temps, la lune s’était levée derrière le Liban; sa clarté, mélée à celle des derniers rayons du soleil couchant, avait répandu sur tout le pciysage une teinte de cuivre rouge semblable à un reflet d’incendie. mesure que l’obscurité croissait, le Liban s’illuminail de mille feux épars: ils étaient allumés par les Maronites, qui célébraient dès le soir la fête de l’Exaltation de la croix du lendemain. Les femmes s’étant éloignées, le derviche nousAt entrer dans sa maison et nous introduisit sur une terrasse recouverte d’une treille. Un jet d’eau babillait au milieu, et l’ombre des feuilles de la vigne éclairées par la lune se dessinait nettement sur le pavé de marbre. On apporta du café et des narghilebs. Accroupis sur les nattes, nous nous laissâmes aller pour un moment aux délices du Âa'e/' oriental. Le charme dura peu; l’Européen, toujours pressé, n’a pas le temps de jouir : il fallait partir. Nous revînmes en passant par la forteresse; les maisons blanches de Tripoli dormaient à nos pieds, éclairées par la lumière de la lune et des étoiles. Nous traversâmes les rues silencieuses de la ville, où quelques boutiques de barbiers étaient seules ouvertes. Au sortir des murs, nous trouvâmes les chameaux d’une caravane accroupis et endormis sur le sable ou paissant aux environs. La route gazonnée et bordée de roseaux gigantesques, que nous avions suivie en venaii t, nous ramena au port, où le canot de YHijila»iK nouî
PROMENADE nOTAMQlE.
attendait. Jamais cette soirée ne sortira de ma mémoire, j’en Jouirai toujours par le souvenir comme de l’une des plus poé> tiques de ma vie.
Les botanistes n’auraient pas moins de plaisir que les poètes à visiter la vallée des Derviches : ils y verront le Volkameria jupo nica passé à l’état sauvage; Salix libanolica, Boiss., Euphorbia (Iwnosa, Doiss. , Anchusa strigosu, Labill. , WUkania somnifera, Dun. Dans la ville même de Tripoli, de magniflquos toulTes d' JlyOKÿuinus fnireus, L. ,et à’Eupatorium $yriacum. Jacq., embellissent les vieilles murailles bâties par les croisés, comme la girollée égaye les ruines dos châteauN féodaux qu’ils avaient quittés pour conquérir des royaumes dans le pays des inlidèles.
IIEYROITII.
Le lendemain matin, était mouillé devanU’aimablc
Heyroulb, véritable colonie européenne jetée sur les côtes de Syrie, entre le l.iban et la mer: c’est là qu’habitent les consuls généraux, pour la Syrie et la Palestine, de toutes les grandes nations de l’Europe et de l’Amérique. Ces consuls rorment le noyau d’une société choisie où l’on cause comme à Paris. Les maisons de campagne des Européens sont disséminées sur un amphithéâtre couvert de la verdure luisante des azédarachs. La ville est saine, la campagne l’est encore plus; et sur les flancs du Liban, peuplé de chrétiens maronites, on trouve tous les climats de l’Europe étagés au-dessus de ceux de l’Asie. Si je voulais m’étendre sur les charmes de Beyrouth, je ne tarirais pas. Le consul de France, M. dcLesseps; sa sœur, qui s’était embarquée sur VHydasix à Latakieh, et mon ancien collègue le ilocicur Suqiicl, médecin sanitaire français, me firent le meilleur accueil. Je visitai l’atelier de M. Kogier, dont les cartons sont pleins de souvenirs d'Orient. Il est dur de n’avoir que quelques jours devant soi, quand on pourrait admireren pareillecom-
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pagnie les ruines voisines de Balbek, et Usinas la ville sainte; traeer sur les flancs du Liban les zones de végétation les plus variées, depuis le dattier, l’oranger, le cotonnier et la canne à sucre, qui vivent au bord de la mer, jusqu’aux sommets de la chaîne, où l’on retrouverait probablement des plantes de lu Laponie ; car, entre Latakieli et Beyrouth, nous aperçûmes encore des flaques de neige sur les cimes les plus élevées du Liban.
La végétation des environs de la ville ressemble à celle de Tripoli ; cependant je vis là, pour la première fois, le figuier sycomore, arbre majestueux, qui figure dans les. tableaux de scènes bibliques ou orientales ; c’est le Sycomoros de Dioscoride, et son bois indestructible était employé par les anciens %yptiens pour faire les cercueils de leurs momies. Les fruits sont de petites figues douceâtres portées sur de courtes brindilles dépourvues de feuilles qui hérissent les grosses branches de l’arbre. Le ricin d’Afrique est très-commun à Beyrouth, et, grâce aux indications de M. Blanche, je pus recueillir le Paua atinm parviflorum, Desf. , qui ne croissait pas, comme ses congénères, dans le sable de la mer, mais sur un mur île pierres sèches. Beyrouth est menacée par des dunes de sables mouvants qui s’avancent vers la ville. Pour les arrêter, l’émir Fakkardin fit planter un bois percé d’allées, qui se nomme la promenade des Pins. Ce sont, en effet, des pins pignons qui ont été semés si dru, qu’ils ont pris un aspect tout particulier. S’élevant tous à la même hauteur, ils ressemblent à une immense charmille, ou à ces buis que la manie architecturale de nos ancêtres taillait en forme de murailles. Dans les allées sablonneuses de cette promenade, je remarquai la coloquinte à l'état sauvage.
Quoique la saison fût fort avancée et mon séjour bien limité, je profitai avec empressement d’une occasion qui s'offrità moi de faire une pointe dans le Liban avec deux officiers de Vl/ydaspe,
PROMENADE BOTANIQl'E.
et de visiter la preini<>rc filature de soie que les François y aient établie. Après avoir longé la promenade des Pins, nous descen> dîmes de la dune sur laquelle elle est plantée, pour entrer dans une petite vallée arrosée par un cours d’eau bordé par l’A/fiu» orientnli», Pcne ; elle est plantée de.datliers chargés de fruits qui touchaient îi leur maturité. Nos légumes d’Europe croissaient au pied de res arbres tropicaux ; les haies étaient formées de Vitex tignvit rnslus et de cassies (.1 cacia Faiw^iann) . près avoir t raversé cette vallée, nous rommençftmes i» gravir les premières pentes du Liban. Des villages se montraient h différentes hauteurs f ils étaient entourés d'oliviers innniment mieux dirigés qu’en Asie Mineure, où l’arbre est abandonné à lui-méme, quand il n’est, pas mutilé par une hache inintelligente et brutale. Les mftriers avaient repoussé de nouvelles branches : car, dans ce pays, on ne se contente pas do les effeuiller au printemps, on coupe la branche chargée de feuilles pour la donner aux vers à soie; il en résulte qu’on peut se dispenser de les déliter, les branches formant des claies naturelles qui éloignent l’animal de la litière sous-jacente. A mon grand regret, les végétaux herbacés étaient desséchés et flétris; seulement les deux petites plantes bullieuses que j’avais déjà trouvées à Latakieh, le Muscari jxirviflorum et le Colchicum Steveni, paraient de. leurs fleurs naissantes les sables même les plus arides; la seule verdure était celle de pins pignons à cime arrondie, épars sur la montagne. àOO mètres environ au-dessus de la mer, nous traversâmes un petit bois de chênes faux kermès {Quercus psevdo-coccifera, Desf., {). calli- Webb) ; leurs troncs ne dépassaient pas 3 à à mètres d’élévation. Après ces chênes, le chemin devient très-étroit, et s’engage au milieu de grands escarpements de grès ferrugineux. J’y remarquai Vlnula viscosa, dont les fleurs jaunes s’épanouissent en automne dans toute la région méditerranéenne; Erica ciliarit, et le joli Cyc/ame?» europæum, qui s’échappait des fentes des rochers. A notre gauche se creusait la vallée d’Hamana, déjà
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