‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 142 sur 210 · BEYROUTH · texte numérisé non relu

BEYROUTH

célébi-éA dans le Cantique des cantiques et louée depuis par Luinartiae. La vue s'étendait sur la côte de Syrie, dont les sinuosités encadraient admirablement une mer d’azur. A la hauteur où nous étions, la culture de la vigne devient dominante ; les souches sont tenues très-basses, et les longs sarments qu’elles poussent chaque année rampent sür le sol. Le raisin mûrit à fleur de terre, et produit un vin connu sous le nom de vin d'or ou du Liban, dont la couleur est plus remarquable que le goût. Nous passâmes bientôt un col, et redescendîmes pour entrer dans la vallée d’Hamana. Le sol devenait de plus en plus pierreux, et le pin pignon était toujours le seul arbre de haute futaie. Enfin, nous arrivilmes à la filature du Krayé, élevée do 1000 mètres environ au-dessus de la mer. La maison d’habitation, construite à l’européenne, et les deux usines, sont placées sur un talus abrupt: supérieurement, il aboutit à un rocher vertical; inférieurement, il descend jusque dans le fond de la vallée, dont le torrent seul occupe le thalweij. Au-dessus de la maison, l'escarpement est rocailleux et nu; au-dessous, les pentes sont couvertes d’une végétation encore verdoyante, malgré la .saison avancée. Dans les rochers, je trouvai VEryngium glomerutum, Lam., le Polerium spinosum, L. , le Kenlrophyllum rubrum, Link, YEchinops sphœrocephalus, toutes plantes dures, épineuses, piquantes, qui semblent vouloir se défendre contre la concupiscence du botaniste, et se roidissent quand il les presse de force dans sa boite de fer-blanc.

Au-dessous des fabriques, le lapis végétal était d’une nature bien différente. A l’abri de petits pins pignons croissaient des plantes qui toutes se trouvent déjà dans le midi de la France. C’étaient des figuiers, des oliviers, des mûriers, des cistes défleuris ; EUmgnus angustifolius, /lubus discolor,'\\evh.‘,Juniperus otycedrus, très-rabougri ; Inida viscosa, Osyris alba, Eavatera olbia. ,\u milieu de ces végétaux mes compatriotes, je vis, avec un plaisiret une surprise que tous les liotanisles comprendront,

HROMENAUF BOT VNigi l-.

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un hôte étraii{(er, le magnifique Hhododendron ponticum, L> le plus bel arbrisseau des bosquets fleuris en été, des massifs toujours verts en biver, l’ornement des jardinières les plus élégantes de nos salons. La plante était en fruits; mais ses touffes, d’un vert luisant, appliquées pour ainsi dire contre la montagne, cnntrast.'iient avec les tons jaunâtres de l’escarpement. Elles étaient logées dans les anfractuosités du terrain, et crois.saient sur * un sol noir, humide, produit d’un mélange de grès ferrugineux et de détritus végétaux. Exposition^ nature du sol, humidité, élévation au-dessus de la mer, toutes les conditions d’existenee sont semblables à celles des Ithododendron ferrugineum et /t. fiir-vitum dans les Alpes ou les Pyrénées, et des autres espi'ces plus belles encoi-e qui s’échelonnent sur les contre-forts de l’Himalaya. On dirait que la nature a voulu consacrer cette forme végétale à l’ornementation de la région moyenne des versants ombreux et Iiumides de toutes les grandes chaînes de l’ancien monde et de la moitié septentrionale du nouveau continent, comme les Nymphéacées sont l’ornement des eaux douces et tranquilles du inonde entier.

I,a distribution gi'-ographique du /(hndodpndron itorUicum luiméme est remarquable, et a fixé rattentiou de tous ceux qui s’intéressent à ces questions (1). En .\sie Mineure, il habite la cbaine de montagnes qui borde la cète depuis le Caucase jusqu’aux environs de Sinyrne. On ne l’a pas encore signalé dans le Taurus, mais nous le retrouvons dans le Liban jusqu’à Ueyrouth. En Syrie, il expire avec cette chaîne; car, dans la région inédilcrranéenne, on ne le connaît, ni dans les montagnes de la Orèee, ni dans celles de la .Macédoine, de' la Thessalie, de l'île de Crète, de la Sicile, de la Sardaigne ou de l’Algérie : semblable aux Phéniciens, dont la mère patrie est, comme la sienne, au pied du Liban, il a jeté une colonie lointaine dans le midi de la

(1) VovM Alph. dp r.andollp, G^ngrni>hir hnlnniquf, pp. 162 Pl 199.

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