‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 144 sur 210 · ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

ALEXANDRIE

C’est un crève-cœur d’étre à une journée de Jérusalem et de ne pouvoir pas y aller. Je me consolai par la certitude de voir l’Égypte : en effet, le lendemain matin, étant à dix milles de terre, nous entrâmes dans les eaux vertes du .\il, qui ne se mêlent pas aux Ilots azurés de la Méditerranée. Le fleuve était dans toute sa crue, et c’est la bouche de Damiette qui s’avançait ainsi en pleine mer. Nous ne pouvions apercevoir les terres basses du Delta, mais nous di.slingnions admirabtemeni lès

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palmiers dont elles sont plantées, et les barques mouillées à rembouohure de Damiette, agrandies par le mirage. Un vol de flamants formant une ligne sinueuse passa près du navire. Le soleil se coucha plus splendide que jamais. Le lendemain nous entrAmes dans les passes d’Alexandrie, et mouillâmes & l'entrée du port, près de deux vaisseaux à trois ponts de la flotte égyptienne.

Alexandrie est une ville européenne ; le quartier oriental luimême n'a pas de caractère, mais les environs sont d’un aspect des plus extraordinaires : partout du sable, de longues plages, des lignes do dunes ou de monticules formés, comme le monte TeMaecio de Rome, par les débris de l’Alexandrie des Ptolémées. Quand, vers le milieu du jour, on monte sur la terrasse d’une maison d’où la vue s’étend au loin dans la campagne, le mirage déforme tout le paysage : on ne sait où flnit la terre et où commence l’eau; dessiner les contours du lac Maréotis serait une tâche impossible. Des groupes de palmiers semblent plantés dans un marais, quoiqu'ils ne croissent que sur le sable. Toutes les images lointaines sont indécises, confuses et altérées. Des lambeaux de terre se détachent du rivage et représentent des îles qui n'existent pas; d’autres sont suspendus en l’air comme des aérostats. Les barques du Nil deviennent des vaisseaux â trois ponts surmontés d’une voilure fantastique. Tout est brouillé, confus, incertain, comme dans un paysage effacé. C’est bien ainsi que l’imagination se représente la mystérieuse Égypte, la teiTe des sphinx, des pyramides et des hiéroglyphes. Ses dynasties royales remontent si loin dans la série des siècles, que les sept fléaux annoncés par Joseph à Pharaon sont pour elle un événement relativement récent, un douloureux épisode de son histoire moderne.

La végétation, â défaut de la température, suffit pour apprendre au voyageur qu’il n’est plus qu’à 31“ de l’équateur. Le dattier est l’arbre le plus commun dans la ville et aux envi-

PROMENADE ROTA N I (,i I K.

rons; partout ou voit son slipe cylindrique balancer dans les airs un chapiteau formé de nombreux régimes de dattes et surmonté d’un élégant panache de grandes feuilles finement découp*!es. Les individus mAles sont rares, on n’en cultive que le nombre nécessaire pour féconder les pieds femelles, qui seuls portent des fruits. A Kamlé, village situé du côté de la haie d’.Vboukir, où les habitants d’Alexandrie vont respirer l’air de la mer, on voit quels aspects variés le palmier peut revêtir, et l’on conçoit l’enthousiasme des prophètes de la Bible et des poètes de l’Orient, qui l’ont célébré dans leurs chants poétiques. Tantôt il s’élance verticalement, semblable k une colonne solitaire, ou bien il se couche et se tord sur le sol comnje un serpent; ailleurs plusieurs arbres réunis s’arrondissent en dôme • de verdure; plus loin un tronc cassé par le venta été remplacé par les innombrables rejetons de la souche qui l’ont transformé en buisson épineux. Ainsi, à l’état sauvage, son aspecd n’est jamais le môme; mais une avenue de ces beaux arbres droits et alignés a toute la l égularité, la symétrie et la majesté de la colonnade antique dont elle est le modèle.

TirAce ai^ canal Mahmoudyeh, qui met le Nil en communication avec Alexandrie et arrose les terres qu’il traverse, on peut admirer le long de ses rives une végétation arborescente magnifique. L’Aracia Uhbfik, le bel-sombra (Pfii/lolacca dioica), le figuier sycomore, les Diospyrm, les Tamarix, atteignent la taille de nos plus grands arbres. Les bananiers, les orangers, les citronniers, se chargent de fruits; VAcncia Farnesiana s’élève à une hauteur inusitée. On cultive avec le plus grand succès la canne à sucre, le coton et le gombo {/iibücuit esculentus). Je visitai deüx jardins situés sur les bords du canal, celui de Saïdpacha et celui de M. Pastré. Outre les arbres d'ornement de nos orangeries, tels que les Lantana, les Datura ligneux, les Sparmanntn, le Nicotiona glatica, je remarquai les espèces suivantes : Fieiis einsficn, CrUrm xrljiferum, Jntrophn ciircas, Poinseth'a /ml-

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cherrima, Parkinsoniu aculeala, Poiiiciana Gilliesii et P. putclierrmw. Ces arbres exotiques seront beaucoup plus nombreux lorsque les amateurs d’Alexandrie se mettront en rapport avec les jardins de l'Inde, celui de Calcutta ou de Buitenzorg, à Java, j)ar exemple, au lieu de tircr.leurs plantes d’ornement des serres de l’Kuropc. Ouand les vo'ux des amis du progrès et de la civilisation seront exaucés, quand la barrière qui nous sépare de l'Inde sera détruite, c’est-à-dire quand le percement de l’isthme de Suez sera entièrement achevé, la modeste science de l’horticulture aura sa part dans ce bienfait univei-sel. Le transport plus facile et plus rapide des végétaux vivants dotera l’Kgypte et rKurope d’une foule de plantes que nous ne connaissons encore (|ue par des ligures ou des échantillons desséchés.

La fertilité de l’Égypte est une expression (ju'on ne comprend pas avant d’avoir traversé le Delta d’Alexandrie au Caire. Le chemin de fer longe d’abord les bords arides du lac Maréotis; mais un ruban sinueux de verdure accompagne le canal de Mahmoudyeh, dont les eaux douces fertilisent le même sable tliie les eaux saumâtres du lac frappent de stérilité. Bientôt des \illages apparaissent comme des Ilots au sommet de petits monticules arliliciels. Les maisons en terrasse ou en dôme, toutes construites en briques séchées au soleil, sont d’un gris ardoisé uniforme qui ne réjouit pas l’œil. Autour de çes Ilots s’étend une vaste plaine, unie comme la mer par un temps cidme, coupée par de nombreux canaux et cultivée eu riz, en maïs, colon, canne à sucre et chou caraïbe {Arum esculenlum). Les champs portaient, les uns leur seconde, les autres leur troisième récolte. Chacun d’eux est entouré d’une digue et d’un fossé qui communique par un canal avec le Nil. Lorsque le Meuve déborde, le fellah reçoit dans son champ ces eaux fertilisantes, les seules que la terre boira dans le cours de l’année. Il les garde pendant le temps (|u’il juge nécessaire, puis rend au Meuve ce que la terre n’a pas absorln}. Je tis ce trajet à la tin

PHOMËNAOE BOTaMOI K.

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