‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 145 sur 210 · ISA · texte numérisé non relu

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d'odobre : le Nil rentrait propressivement dans son lit, la plupart des champs étaient à sec; mais çà et là on voyait un grand carré semblable à un marais salant, c'était un terrain où le cultivateur laissait l’eau séjourner plus longtemps que ses voisins. Ces pratiques agricoles sont celles des Égyptiens du temps de Chéops et de Sésostris : ils savaietit déjà ce qu'on a méconnu depuis, qu’une inondation est un bienfait pour qui sait l’utiliser. Au lieu d’enserrer les fleuves dans des digues impuissantes, ils avaient creusé des canaux prêts à diriger ces nappes bienfaisantes que nous transformons en torrents dévastateurs. Obliger le fleuve irrité à rompre les barrières qu’un art inintelligent s’obstine à lui imposer, c’est imiter le cultivateur ignorant qui repousserait avec colère les engrais qu’un voisin déposerait dans son domaine, sous prétexte que les roues des chariots creuseront quelques ornières dans les chemins ou dégraderont les talus des enclos.

Celte terre d’Égypte, toujours couverte de moissons et inondée par des eaux qui y déposent des milliers de poissons, de mollusques, de crustacés et d’insectes, est l’Rldorado des oiseaux. On les voit voler par troupes innombrables, oiseaux de toutes sortes, granivores, insectivores, piscivores: moineaux, cailles, alouettes, hirondelles, grues, hérons, flamants. Les ibis sacrés de l’ancienne Égypte circulent gravement au milieu des troupeaux, ou se tiennent perchés sur le dos et même entre les cornes des vaches qui ruminent accroupies. Au-dessus des villages, des vautours fauves au cou nu décrivent de grands cercles, guettant les restes de volailles que le fellah insouciant jette devant sa porte,

A la deuxième station, le convoi s’arrêta devant Üamanhour, l’ancienne Hermopolù purva, grande ville fortifiée, chef-lieu de la province de même nom, mais bâtie de briques séchées au soleil comme celles des villages. .Nous arrivâmes bientôt sur les bords du Nil ou plutôt de la branche de Hosette. Cette branche

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est un fleuve aussi majestueux que le RhAne à Arles : son cours sinueux, disparaissant au milieu de grandes ües plates couvertes de dattiers, me rappelait ces fleuves d’Amérique qui se perdent dans les profondeurs de la forêt vierge; mais ses eaux jaunâtres étaient animées par ces élégantes canjas du Nil dont les voiles triangulaires, croisées en ciseaux, ressemblent aux ailes d’un oiseau. Un bac gigantesque à plancher mobile permet de transporter les plus lourds fardeaux d’un bord à l’autre. Des wagons chargés de marchandises sont reçus sur les deux rives par un chemin de fer. Le plancher mobile s’abaisse à mesure que le fleuve grossit, s’élève à mesure qu’il descend, et se trouve ainsi toujours de niveau avec les rails.

Le Delta est si bien cultivé, qu’on observe peu de plantes sauvages, sauf quelques herbes aquatiques sur le bord des canaux. Les chemins étaient bordés de cassies et de V Acacia nilolica, qui jadis fournissait la gomme arabique, avant qu’une autre espèce, V Acacia verek, eût assuré au Sénégal le monopole de ce commerce. Pour la première fois, je vis à l’état presque spontané le ricin commun arborescent : partout ailleurs, en Orient, c’est le ricin d’Afrique. Nous passâmes ensuite près de la ville de Tanta, où se tenait une grande foire : on y voyait de nombreuses baraques entourées d’une foule immense, comme en Europe; rien n’y manquait, pas même les tréteaux des bateleurs.

t.6 CAinË ET LES PYRAMIDES.

En arrivant au Caire, je fus frappé de la beauté de ses abords. Des Acacia lebbek grands comme nos plus beaux ormeaux bordent les routes. Une promenade dans le goût européen précède la ville; mais l’intérieur est complètement oriental s ruelles étroites et tortueuses, Vérandas de bois sculpté et fermées par des grillages s’avançant Cn surplomb, tapis soutenus par des traversés et ombrageâilt la rué, mosquées nom-

l'KOME.NADt BOTA.MQIE.

breuses, boutiques de fruits en plein air, bazars, population bigarrée, peu ou point de chapeaux, mais beaucoup de turbans et de fez.

De la citadelle oii Mchémet-Ali lit massacrer les mameluks, on jouit d’une des vues les plus extraordinaires qu’il y ait au monde. D’un côté, la ville s’avance jusque dans le désert de Suez, où les tombeaux des califes s’élèvent au milieu du sable; et, de l’autre, elle s’étend aux bords du Nil, au milieu des arbres et de la verdure. Nulle part je n’ai vu de contraste pareil. A droite, le désert nu, gris, aride; à gauche, le Nil coulant majestueusement au milieu des palmiers, des .4cactVi, des figuiers sycomores et des cultures les plus luxuriantes, et au delà les grandes pyramides de fjizeh, placées, comme des bornes gigantesques, entre la vallée du Nil et le désert de Faham, qui se confond avec l'horizon. IMus loin du Caire, en remontant le Nil, ou découvre le groupe des ]>etites pyramides de Sakkarah, au delà desquelles l’iroaginatiuii se figure la haute Égypte, les ruines de Thèbes et les déserts de la Nubie.

.l’avais résolu de voir les pyramides au clair de lune. L'aslrc étant précisément dans son plein, je partis du Caire à huit heures du soir avec un guide appelé Achmet. Nous étions montés sur des ânes suivis de leurs conducteurs, deux enfants de (|uinzc ans. Nous traversâmes d’abord un grand nombre de rues silencieuses, puis l’une d’elles pleine de monde, éclairée de lanternes de pa|)ier de couleur. Des hommes accroupis sur des nattes fumaient, causaient, mangeaient et buvaient : c’était une noce que les parents célébraient en plein air, tandis que les femmes se réjouissaient dans le harem. Nos ânes eurent de la peine à se frayer un passage au milieu des convives qui encombraient la rue. Hors de la ville, nous nous trouvâmes sur la route qui mène au vieux Caire. Nous traversâmes l’ancienne capitale de l’Égypte, qui n’est plus qu’un village de plaisance, et arrivâmes aux bords du Nil. Une petite Hotte de bateaux était

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