LE CAIRE ET LES PYRAMIDES
amarrée au rivage, en face du nilomètre, et les bateliers dormaient près des monceaux de pastèques, de courges, de riz qu’ils avaient débarqués. Nous primes un bateau pour passer le fleuve et aborder au village de Gizeh, que nous apercevions sur l’autre rive, au milieu des palmiers. La nuit était d’une limpidité admirable; les objets se voyaient distinctement, leurs proportions seules étaient agrandies. Après avoir remonté le cours du fleuve le long du rivage, la barque le traversa obliquement: sa largeur était de 2 kilomètres. Couché dans son vaste lit, trop étroit pour lui, le Nil justifle bien le nom de père des eaux que les Égyptiens lui ont donné. Le village de Gizeli était silencieux comme le vieux Caire ; j’admirai les hauts palmiers qui l’ombragent. Nous les quittâmes pour traverser d’abord un canal, puis des champs de maïs; ensuite nous chcminàmes'sur une digue: un lac s’étendait à notre gauche, formé par les eaux du Nil, qui n’était pa» encore rentré dans son lit Nous trouvions çà et là des groupes d’hommes endormis, le corps et la tète couverts de leurs bournous : c’étaient des gardiens de la digue ou des pécheurs, qui prenaient des poissons dans le champ où, quelques mois plus tard, ils faucheront des blés ou cultiveront du coton. D’autres fois c’était une petite caravane : hommes, chameaux et chiens, tout dormait; seulement quelquefois un bournous se soulevait un instant, ou un chien aboyait sans colère. La digue que nous étions forcés de suivre nous obligeait à des détours infinis : tantôt nous nous approchions, tantôt nous nous éloignions des pyramides; elles grandissaient lentement dans le ciél. Nous hâtions le pas de nos ânes, dont l’allure rapide égale presque celle des chevaux. Les conducteurs nous suivaient, toujours courant et toujours parlant avec Achinet. Je maudissais ce bavardage perpétuel qui troublait le silence de la nuit, si bien d’accord avec le grand spectacle que j’avais sous les yeux ; mais je ne pouvais m’eiiipécher d’admirer l’haleinc de ces poumons et le jarret de ce.s • v