‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 160 sur 210 · J8 . LK JARDIN D’ACCLIMATATION · texte numérisé non relu

J8 . LK JARDIN D’ACCLIMATATION

d'orangers, et la vue dont on jouit est une des plus ravissantes du monde. A l'occident, Algerappliqiiéconlre la montagne de Rou- Zaréa; plus près, les collines de Mustapha supérieur, semées de villas mauresques et européennes. .A l’orient, le cap Matifou, le fort de l’Eau, et les campagnes qui avoisinent la Maison carrée; au-dessous le fertile rivage de Hamma couvert de cultures maraîchères qui se renouvellent pendant toute l’année. Enchâssé dans ce beau cadre, le golfe d’azur arrondit ses contours au pied des collines du Sahel, en décrivant ces courbes d’une grâce inimitable que le peintre Tischbein traçait, sous les yeux de Gœthe ravi, du haut des montagnes qui dominent le golfe de l’alerme. Quel séjour pour un botaniste ou pour un poète ! Une vue incomparable, le ciel et la végétation des tropiques, une verdure étemelle, et en hiver les sommets neigeux de l’Atlas se perdant à l’horizon. Mais que de peines, que de soins, que de persévérance il a fallu pour réunir sur un môme point tous ces végétaux originaires des contrées les plus éloignées ! Celui-là seul peut en juger, qui lui-même s’est imposé une tâche semblable. Ce qu’il faut louer encore plus, -c'est la haute intelligence des gouverneurs de l’Algérie qui ont secondé M. Hardy dans ses efforts; c’est la munificence des ministres qui se sont succédé au département de la guerre. (IrAce à eux, la France possède le plus beau jardin botanique des zones tempérées, le seul qu’elle puisse opposer aux jardins de Calcutta et de Batavia. Tandis qu’une dotation insuflisante n'a pas permis aux jardins de Paris et de Montpellier de se maintenir au môme rang que ceux de Kew, d’Edimbourg (1), de Vienne, de Berlin et de Pétersbourg,

le Jardin d’acclimatation de Hamma soutient seul l’honneur

(1) La dotation annuelle du Jardin des plantes do Paris est de AC 000 francs, celle du Jardin de Kew de 300 000. Le Jardin de Montpellier dispose annuellement de 7KOO francs, celui d'Êdimbourg de 35 000. Ces chiffres n’ont pas besoin de commentaire, leur éloquence suOlt: ils sont l’expreuion d’un état staUonnaire que rien n’explique et que rien ne justifie.

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national qui est engagé dans cette question aussi bien que dans toutes les autres.

La France ne saurait accepter aucune infériorité, car elle peut suflire à toutes ses gloires; elle doit donc son appui à tous ceux de ses enfants qui s’efforcent d’ajouter une feuille ü la couronne de lauriers, emblème des victoires nationales, dont son front est orné. La feuille cueillie dans les luttes pacifiques de l’art ou de la science est la bienvenue comme celle que le soldat a tachée de son sang : or, l’argent esf une condition indispensable du succès dans la science comme dans la guerre, et le zèle le plus ardent ne peut suppléer à l’absence de secours matériels.

Je croirais faire tort à l’intelligence du lecteur si je m’efforçais de lui prouver l’utilité d’un établissement du genre de celui que je viens de décrire; à cet égard, l’éducation du public est faite, et la plupart des hommes éclairés savent que les progrès de l’agriculture et de l’industrie ont toujours été longuement préparés par l’étude patiente et désintéressée des lois et des productions de la nature. Une découverte utile est le fruit d’un arbre planté par la science et cultivé par elle.

LA FOllÉT DE I/EDOUGH

PUÈS UE UOiNE.

A l'ouest (le Bouc s’élève une grande montagne, terminaison de la chaine qui s’étend le long de la mer à partir du cap de Fer, et qui forme les promontoires de Haz-Toukousch, Itaz-Arxin et du cap de (îarde. Cette montagne, c’est le mont Edough, wons Papjjua des anciens. Son point culminant, le Bouzizi, s’élève à 1000 mètres au-dessus de la mer, et le massif entier se maintient à une hauteur de 900 mètres environ. Quand on part de Bone, la route passe sous l’aqueduc qui alimente la ville, puis s’élève, en faisant des lacets, au milieu de plantations d’oliviers, de vignes et d’arbres fruitiers, bordées par ces haies de figue d’Inde [Opuntia ficus indica) qui sont à la fois une défense par leurs épines et un produit par leurs fruits. La forêt commence bientôt: elle se compose d’abord uniquement de chênes verts épars et d’une maigre venue. Cependant la forêt s’épaissit; le chône-liége et le chêne zen (1) se mêlent à leur congénère. La taille et le nombre des arbres augmentent; leurs cimes touffues projettent sur le sol ces ombres noires^ et tranebées qui contrastent si fortement en .Afrique avec l’éclat d’une route éclairée par le soleil. Mais, avant d’entrer sous la voûte .sombre, le voyageur se retourne, cF un grand spectacle se déploie sous ses ♦ pieds. Des escarpements boisés plongent dans les eaux azurées de la Méditerranée. Plus loin, la ville de Bone s’élève en amphithéâtre du côté de la terre; près d’elle on distingue l’embouchure de la Seybouse, et sur les bords de la rivière, la colline qui porte les ruines d'Hipponc, la ville de saint Augustin.

(t) C)i<crcu5 Mirbeckii, Dur.

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LA l OKÈT DE L EDOlKiH.

Au delà, le golfe de IJone, aussi vasle, aussi bleu que celui d’Alger; plus loin encore, au sud-est, la plaine de Tarf et la * montagne de Zouk-Arras, qui séparent la province de Constantine de la Tunisie; et enfin, au sud, quelques portions du lac Fozzara, scintillantes au soleil. Tel est le panorama qui entoure le spectateur ; au-dessus de sa télé s’arrondit la coupole bleue du ciel africain. Dans l'air transparent et diaphane, tous les profils se découpent nettement; les objets éloignés se rapprochent; on distingue la silhouette des arbres qui couronnent la crétc des montagnes lointaines; les objets peu éloignés grandissent : un homme, un cheval, projetés sur l’horizon, paraissent gigantesques. En un mot, tout est clair, limpide, distinct, comme tout est indistinct, obscur et confus dans les horizons du nord de l’Europe.

Après 'avoir traversé une portion de forêt, on arrive à un village sitlié sur un plateau découvert : il porte le nom du maréchal Bugeaud, dont le souvenir est vivant en Algérie. Général, administrateur, agriculteur, il était l’homme prédestiné qui eiil achevé par la charrue l’œuvre commencée par l’épée : Ense et arniro, suivant la devise qu’il avait choisie. Situé à 980 mètres au-dessus de la mer, le village de Bugeaud jouit d’un climat tempéré, comme celui de la France moyenne ; les cultures ressemblent aux cultures de nos plaines, mais leur étendue est "bornée. La forêt les presse de tous côtés, et les habitants y trouvent un aliment à leur activité. Ils sont bûcherons ou employés à l’exploitation du liège. En sortant du village, on descend vers l’établissement, dont on reconnaît la destination aux immenses piles de phiqucà de liège, entassées les unes sur les autres, qui remplissent la cour. Après avoir dépassé cette fabrique, la route traverse une des belles parties de la montagne. On se croirait transporté en France dans une haute futaie des anciennes forêts royales. Les arbres dominants sont trois espèces de chênes: d’abord une variété de notre chêne rou\re.

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LA FORÊT DE L EDOlKiH

appelée zen par les Arabes, dont les feuilles sont plus grandft et le port différent de celui de l’arbre des druides : c’est le Quercm Mirbeckii des botanistes; ensuite le chêne vert, au tronc noir et rugueux, aux branches contournées et au feuillage dur et persistant et d'un vert moins foncé que celui îles deux précédents, qui se renouvelle chaque année ; enfin, le chèneliége, le plus précieux des trois. Tantét son écorce blanche, inégale, profondément crevassée, le fait reconnaître de loin au milieu des arbres de la forêt ; tantôt son tronc est cylindrique, uni, d’un brun noirâtre : c’est le tronc démoulé, c’est-à-dire privé de son écorce. Ces essences n’étaient pas les seules. Çà et là un magnifique châtaignier apparaissait au milieu des autres arbres et se distinguait par ses branches a moitié dépouillées, car nous étions à la fin d’octobre. On venait de récolter les châtaignes : elles sont excellentes. Un colon alsacien, établi près de la fontaine des Princes, nous mit à même de les apprécier. Ombragée d’aunes comme nos ruisseaux d’Europe, cette fontaine est alimentée par les eaux qui découlent du Bouzizi. Près de là, des cerisiers, des noyers, plantés par les colons, nous ' rappelaient l’Europe; le lierre d’Afrique, aux larges feuilles, enveloppait leurs troncs. Sur les pentes humides du ruisseau croissaient les plantes qu’on trouve dans des localités analogues du nord de la France: la toute-saine (Androsæmun officinale), la sanicle (Sanicu/aei/ropff’fl), l’eupatoire (Eupalorium cemnabinum)^ la circée de Paris (Circœa luteliana), auxquelles se mêlait la rose toujours verte du midi de la France, qui s’élançait sur les arbres qu’elle trouvait à sa portée. Nos fougères d’Europe, la fougère commune {Plerit aquilina), la fougèçe mâle {Nephrodium filix mat), le polypode commun [Polypodium vulgare), la scolo|)endre (Scolopendrium officinale), et la fougère fleurie ou l’osmonde royale {Osmundaregalis), qui redoutent même le soleil d’Europe, bravaient celui d’Afrique à l’ombre des arbres et des herbes qui les protégeaient contre scs rayons. Au-dessus de

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