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centcs des pays chauds. La grande graminée du littoral algérien, YArundo festucoides, occupait les pentes. Ses feuilles étroites et rubanées, atteignant quelquefois 2 mètres de longueur, retombaient les unes sur les autres, et formaient de grosses touffes arrondies, d'où s’élançaient de longs chaumes courbés par le poids de leurs lourdes panicules terminales. Une grande espèce de fragon épineux {/iuscus /ij//ioglossum) rappelait son congénère (1) de la forêt de Fontainebleau. Une plante exclusivement afrièaine, la campanule ailée, s’élevaitcomme un candélabre au milieu des fougères. Le eyclanicn à feuilles de lierre et la petite scille d’Algérie (Scilla Aristidis, Coss.) fleurissaient à l’ombre, tandis que les touffes de la scille du Pérou s’épanouissaient au soleil. C’était un fouillis inextricable des formes végétales les plus diverses. Je voyais les arbres aux branches étalées et à larges feuilles caduques de l’Europe septentrionale, la forêt druidique du Nord dans toute sa sombre majesté, mêlée aux tiges élancées, aux feuilles minces, dures et dressées de la région méditerranéenne. Intéressant pour le botaniste, ce spectacle eût ravi un peintre; mais son pinceau efttété impuissant à rendre l’impression que produisent ces abîmes de verdure qui semblent plonger dans la mer. On ne voyait que les cimes des arbres se confondant en une masse ondoyante, au milieu de laquelle certaines formes, telles que celles des lauriers, des châtaigniers et des chênes-lièges, se distinguaient des autres.
« Nous avons sous les yeux une forêt miocène», me dit mon compagnon de voyage, Arnold Escher de la Linlh, dont le nom est, de père en fils, cher à la géologie. Il avait raison. Pendant la période tertiaire, dont l’époque miocène fait partie dans la série des temps géologiques, le climat de l’Europe moyenne était beaucoup plus chaud qu’il ne l’est aujourd’hui. La flore et la-
(1) Huscus aculcatu), L.
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faune étaient donc différentes. En Suisse seulement, trente-cinq espèces de chênes traduisaient le type générique qu’une seule espèce y représente actuellement. Quinze pins divers, dix-sept figuiers, huit lauriers, des micocouliers, des salsepareilles, enfin quinze espèces de palmiers, vivaient dans ces plaines où nous ne voyons actuellement que les arbres de l’Europe septentrionale. En sortant de la haute futaie de l’Edough, nous trouvons également le palmier nain et le dattier, le micocoulier, trois espèces de pins : celui dltalie, le pin maritime et le pin d’Alep, et deux salsepareilles. L’assimilation était donc exacte ; cependant, à l’époque tertiaire, chaque type était représenté pur un nombre de formes plus considérable qu’il ne l'est dans la création actuelle sur les montagnes du nord de l'Afrique. Mais dans l’Amérique septentrionale, les espèces de chênes et de pins sont encore plus nombreuses que dans lu fiore miocène, et entre les tropiques les espèces de figuiers et de lauriers se comptent par centaines. Néanmoins la forêt de l’Edough nous donne une idée de ces forêts dont la terre nous a conservé les restes, et qui accusent une température plus élevée que celle qui règne actuellement. Les forêts houillères, séparées de celles de l’époque tertiaire par un laps de temps que l’imagination ose à peine concevoir, vivaient daus une atmosphère plus chaude et plus humide encore. Les forêts tertiaires ressemblent à celles des parties tempérées du globe, telles que l’Afrique septentrionale. Madère, Ténériffe, le cap de Bonne-Espérance et le sud de l’Australie.
Obéissons au goût de l’époque : laissons là ces grandes considérations sur l’apparition des êtres, et parlons de l’utilité positive, pratique et commerciale de la forêt de l’Edough. Le liège en plaques, tel que le commerce le livre à l’industrie, n’est point un produit spontané du chêne-liége. Abandonné à lui-même, l’arbre se couvre d’une écorce de liège; mais ce liège est crevassé, dur et peu élastique. On le désigne sous le nom de lirge mâle. Pour
!>Ï6 LA FORÉrOE L’EDOUGH.
ohlenir le liège élastique, il faut enlever ce liège mâle : l’opération constitue le démasclage. Eu enlevant ce liège, l’ouvrier laisse sur l’arbre la partie interne de l’écorce, composée d’une couche de cellules et du liber qui est en contact avec le bois. Ces deux couches réunies se nomment la mh-e. Dans cette mère, le liège se développe de nouveau, mais les cellules dont il se compose, gênées dans leur développement, sont plus denses, plus élastiques que celles du liège mâle, et possèdent la propriété précieuse de se gonfler par l’eau ou par l’humidité : c’est ce li^e, produit anormal de l’arbre après le démasclage, qui est employé par l'industrie. Il faut huit à dix ans pour que cette écorce se développe. Quand on l’enlève de l’arbre, elle a la forme d’un cylindre creux. On l’aplatit en la mettant dans l’eau bouillante ; alore elle se gonfle et se redresse sous les pieds de l’ouvrier qui la foule : on obtient ainsi les grandes j)laques qui sont li\Tées au commerce. L’exploitation du liège est la sauvegarde des forêts que l’exploitation du bois tend à faire disparaître tous les jours. Tandis que le chêne zen tombe sous la hache du bûcheron, le chéne-liége est conservé avec soin ; il prolonge sa vie en payant tous les dix ans son tribut à l’Europe civilisée : car le chône-liége n’est pas plus précieux que les autres, aux yeux de l’Arabe nomade, et souvent il brûle une forêt pour créer le pâturage qui doit nourrir ses troupeaux.