‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 164 sur 210 · I.F. SAMAllA OIilF,XTAI · texte numérisé non relu

I.F. SAMAllA OIilF,XTAI

Jusqu’à l’Atlas, l’Algérie fait partie du bassin méditerranéen ; elle est un prolongement de la Provence et du Languedoc, car la Méditerranée n’est point une mer, mais un golfe, et, grâce à la vapeur, un moyen d’union entre les pays qu’elle isolait autrefois. Ce n’est donc point la mer, c’est le mal de mer qui sépare réellement l’Algérie de la France. Celte déplorable inGrmité, dont si peu d'hommes sont exempts, est la barrière réelle qui s’élève entre la vieille France européenne et cette jeune France africaine où toutes les activités trouveraient leur emploi et toutes les curiosités leur aliment. L’unité de la France méditerranéenne, que j’aflirme, n’est point une fiction, c’est une réalité. Les preuves surabondent, examinons-leS. Avant de pénétrer dans le Sahara, étudions-cn les abords.

LA nÉGIOX MÉDlTEnRAXLENNE.

Ce nom est le meilleur; toutefois on l’appelle aussi la régiori des oliokrs, l’existence de cet arbre caractéristique distinguant cette région de toutes celles qui l’environnent. La reconnaissance des naturalistes l’avait acclamée le royaume de de Candolle, en souvenir du botaniste qui en a le mieux connu les productions végétales : il les avait étudiées sur place pendant ses huit années de professorat à la Faculté de médecine de Montpellier, où il occupait la chaire de botanique, et dans les voyages agronomiques qu’un ministre éclairé, le comte Chaplal, le chargea de faire dans les différentes parties de l’empire français. La botanique et l’agriculture ont également prolllé de ces tournées, si faciles aujourd’hui, si pénibles au commencement du siècle. Un illustre agronome anglais, Arthur Young, (|ui parcourut la France pendant quatre étés, de 1787 à 1790, reconnut le premier l’existence de la région des oliviers (1), dont un de ses plus

(t) Voyez sur cc sùjct rintroJuclion intitulée : io géographie bolanigue, et SM progrès les plus récents.

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(ligno successeurs, de Gasparin, fixa plus rigoureusemenl les limites. Nulle part la différence entre cette région et celle qui la précède n’est plus frappante qu’à la descente du Rhône ou sur le chemin de fer de Lyon à Marseille. A partir de Valenee, la voie suit à distance la rive gauche du fleuve dans le large bassin dont Montélimart est la ville principale. Peu à peu la vallée se resserre ; Viviers apparaît sur la rive droite du Rhône, surmonté (lésa vieille cathédrale; les bords se rapprochent, et le fleuve traverse une cluse étroite oii l’art, entamant la roche, a tracé une roule et une voie ferrée superposées l’une à l’autre. Au * sortir de la gorge, la vallée s’ouvre de nouveau, et l’olivier apparaît sur les collines qui dominent le village de Donzère : on entre dans la région méditerranéenne. Le contraste est saisissant, il frappe le voyageur le moins instruit ou le plus inallenlif. La gorge de Donzère sépare le nord dii midi de la France. Partout la limite de l’olivier est celle de la région méditerranéenne. Partant de Perpignan, la eourbe qui circonscrit cette culture passe par Arles-sur-Tech et Olette dans les Pyrénées- Orientales, Carcassonne dans l’Aude i puis, pénétrant dans les vallées abritées des Cévennes, elle traverse Saint-Chinian, Saint- Pons et Lodève dans l’Hérault, le Vigan et Alais dans le Garil, .ioyeuse, Aubenas, Reauchastel dans l’Ardèche, où elle atteint son point le plus septentrional par àâ° 50' de latitude. Klle redescend ensuite vers le sud, coupe le Rhône à IJonzère, descend à Nyons dans la Drôme, puis à Sisteron et à Digne dans les Rasses-Alpes, à IJargemont et Grasse dans le Var, et à Saorgio dans les Alpes-Maritimes. Nous ne la suivrons pas plus loin; disons seulement qu’elle longe le pied méridional de l’Apennin, passe au nord de Florence, traverse la Dalmatie, coupe un pt'ii au sud le méridien de Constantinople, et se termine dans l’Asie .Mineure, sa patrie originelle. De là l’olivier s’est successivement étendu dés la plus haute antiquité, en Syrie, en Palestine, en Grèc)* et dans le nord de l’.àfrique, où il prospère admira-

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LE SAHARA ORIENTAL

blement depuis la Cyrénaïque Jusqu’au Maroc. En Espagne, cet arbre est cultivé sur toute la cftte orientale, depuis les Pyrénées jusqu’au détroit de Gibraltar. L’olivier entoure ainsi le pourtour de la Méditerranée d’une ceinture continue, qui n'est interrompue que par l’Égypte, où d’autres cultures plus fructueuses l’ont remplacé sans l’exclure totalement. C’esldonc avec raison que les dénominations de région méditerranéenne ou région des oliviers sont admises comme synonymes par les naturalistes et les géographes modernes.

La constitution météorologique de la région méditerranéenne présente une grande uniformité, mais elle est complètement * différente du régime météorologique de la France et de l’Europe occidentales. Depuis les eûtes de Portugal jusqu’à celles de Norvège, l’influence de l’Océan domine toutes les autres. Les contrées intermédiaires ont un climat que j’appellerai océanien, par opposition au climat méditerranéen, qui règne autour de cette mer intérieure. L’Océan agit non-seulement par sa masse et son étendue pour dominer souverainement le climat de l’Europe occidentale; il y a plus : un courant d’eau chaude, le gvlf-stream, parti du golfe du Mexique, vient baigner toutes les côtes européennes. Une de ses branches s’engage dans le golfe de Biscaye et contourne les côtes occidentales de l'Irlande et les archipels de l'Écosse; passe entre les lies Britanniques et l'Islande, gagne les atterrages de la Norvège, et se perd dans la mer Blanche et sur la côte occidentale de Spitzberg. Ce courant d’eau tiède réchauffe donc toutes les côtes de l’Europe : les vents d’ouest et- de sud-ouest, Véritables gulf-streams aériens, l’accompagnent dans son parcours et sont domjnanis dans la région océanienne. L’évaporation du gulf-stream étant trèsactive, ces vents i)oussent sans cesse vers l’Europe des nuages qui se résolvent en eau, à mesure qu’ils pénètrent dans l’air plus froid du continent : de là un ciel habituellement couvert et des pluies fréquentes; de là un climat assez égal, les vents de

RÉGION Méditerranéenne. sm

8ud*ouest réchauffant l’atmosphère en hiver et la rafraîchissant en été. Le ciel souvent nuageux s’oppose au rayonnement du sol en hiver et à son échauffement en été; de là des hivers relativement doux et des étés sans grandes chaleiirs, un air chargé d'humidité, c’est-à-dire On climat égal ou marin. C’est en Irlande, dans le sud de l’Angleterre, dans les presqu’îles du Cotentin et du Finistère, dans les Iles de la Manche et les Feroe, que ce climat est le mieux caractérisé. A mesure qu’on s’éloigne de la mer et qu’on pénètre dans le continent, l’influence océanienne est moins prépondérante; les hivers deviennent plus rudes, les étés plus chauds et l’air plus sec. Dans toute la région, les vents du nord et du nord-est, antagonistes de ceux du sud ouest, sont les vents du froid et du beau temps, car ils prennent naissance dans les plaines de la Russie, et éclaircissent le ciel en refoulant les nuages issus de l’Atlantique et poussés incessamment vers la cèle par les. vents occidentaux.

La constitution météorologi(|ue de la région méditerranéenne est complètement difl'érente. Le vent dominant, celui du nordouest, est le mistral du midi de la France : c’est le vent du beau temps. Son ■antagoniste est le sud-est ou marin : c’est le vent de la pluie. Contrairement à ce qui se passe dans le reste de la France, les vents d’est y sont pluvieux ; ceux de l’ouest ne le sont guère. La pluie, au lieu d’étre distribuée assez également entre les diverses saisons, tombe surtout en automne et au prin temps; l’été est toujours sec et l’iiiver Variable. Les pluies sont torrentielles comme les averses orageuses du nord de la France, et la quantité d’eau que la terre reçoit en un an est plus considérable que dans l’Europe océanienne, quoique le nombre des jours de pluie soit beaucoup moindre. De là des alternatives de sécheresse et d’humidité inconnues dans le Xord, et, à la suite des pluies abondantes du printemps, une végétation activée par les chaleurs de l’été ; avec le nord et le nord-ouest, un

M: s \ll ut \ OltlTNT AL.

ciel serein el un rayonneinent nocturne iraulnnl plus intense que l’air est plus sec et plus transparent. Ainsi des nuits fraîches succèdent à des journées chaudes, et des hivers relativement froids sont suivis d’étés dont la moyenne épale celle des pays tropicaux.

On conçoit combien un pareil régime atmosphérique est différent de celui de rKiu ope occidentale. La prédominance des vents de nord-ouest et de sud-est en est le trait dominant, .Aussi, tandis que les naufrages de l’Océan ont lieu principalement par les vents de sud-ouest, ce sont ceux de nord-ouest qui poussent les navires vers les eûtes d’Afrique, où les rades de l’Algérie, toutes ouvertes dans cette direction, n’ofl'rent aucun abri assuré aux navires qui viennent y chercher un refuge. D’un autre côté, ce sont les vents de sud-est qui, tous les hivers, font échouer sur les plages sablonneuses de la Camargue ou du Languedoc les navires surpris sur les eûtes de France par des coups de vent du sud-est accompagnés de pluies diluviennes. L’unité météorologique du bassin méditerranéen est donc aussi évidente que celle des côtes occidentales de l’Europe, et ces deux régions sont séparées par des différences dont il me serait facile d’augmentei l’énumération.

Sous le point de vue géologique, les rivages de la Méditerranée ont un relief caractéristique. Les chaînes de montagnes courent parallèlement à la côte; une bande de terre assez étroite les sépare de la mer. .Ainsi les chaînes des Cévennes, des Alpes Maritimes, de's Apennins, des Alpes Dinariques, du Taurus, du Liban, de l’.Atlas el de l'Espagne méridionale présentent toutes ce caractère remarquable. Il en résulte que, le trajet des cours d’eau de la source à rembouchure étant trèscourt, peu de grands fleuves sc vci'sent dans la Méditerranée. L’Ébre, le Rhône et le Nil sont les seuls navigables; et sur toute la côte d’Afrique, depuis le Maroc jusqu’en Égypte, la Seybouse, près de Rone, est runiqiie rivière qui mérite ce nom :

iiKuioN .mi;i)Itkki».vm.k\m:. ôar.

les autres cours d’eau ne sont que des torrents ou des l uisseaux épliémères.

Je ne saurais insister ici sur les rapports géologiques des côtes de la France, de l’Ilalie, de la Grèce, de l’Asie Mineure et de l’Afrique septentrionale. Je me liâlc d’aborder l’élude de la végétation, dont l’uniformité a depuis longtemps frappé les yeux des naturalistes. Elle est telle que le bassin méditerranéen forme réellen)ent un centre de création distinct de ceux qui l’entourent, comme si les bords de celte mer intérieure n’étaient que les restes d’une vaste région disparue sous les eaux, ou bien comme si la végétation, expression de la composition du sol et du climat, traduisait fidèlement l’unité physique et météorologique dont nous avons parlé.

Lorsque sur l’un de ces beaux bateaux à vapeur des Messageries impériales, qui parcourent avec une si merveilleuse régularité les échelles du Levant, on fait le tour de la Méditerranée, il est impossible de ne pas être frappé de l’étonnante uniformité de la végétation : elle ne cesse, pour ainsi dire, que sur les côtes de Syrie, où l’influence tropicale commence à se faire sentir; mais toujours les terrains stériles sont occupés parles mêmes plantes, et la garrigue du midi de la France olfre partout son aspect caractéristique. Le chêne vert, le chêne-liége, le micocoulier (1), le peuplier blanc, le pin d’Alep, le flguier, l’amandier, le laurier d’.Apollon, l’olivier, le jujubier, le caroubier (2), tantôt à l’état sauvage, tantôt à l’état cultivé; les deux espèces d’arbousiers (3), deux genévriers (û) ; les phillyrea (5), le myrte, le grenadier, les lentisques et les térébinthes (6); le

(1) Celtis auslralis.

(2) Ceralonia tiliqua.

(3) Arbulus unedo, A. andrachiw.

t) Juniperus oxycedrm, J. phœnkea.

(5) Phillyrea media, P. angusiifolia.

(6) Pistacia Icnthcus, P. Icrebinlhus.

LK SAHARA ORIENTAL

sumac des corroyeurs (1), les cytises (2), les genêts (3), le redoul (U), l’épine du Christ (5), l’anagyre fétide (6), le palmier nain (7), les cistes (8), et les Labiées odorantes à tige ligneuse, thym, romarin, sauge et lavande, lornrient le fond commun de la végétation arborescente. Les lauriers-roses ornent de leurs touffes fleuries le lit des torrents, et les tamaris (9) se maintiennent sur les plages sablonneuses de la mer, où la scille maritime (10) et le lis narcisse (11) étalent leurs larges feuilles. Si tant d’arbres et d’arbrisseaux sont communs à la France et à r.Mgérie, on comprend combien de végétaux herbacés doivent se trouver sur les deux rivages de la Méditerranée : je ne saurais les énumérer sans effrayer le lecteur par une longue liste de noms latins qui n’ont de sens que pour les botanistes. Une surprise, preuve nouvelle d’une végétation uniforme, les attend sur la rive africaine. A peine débarqués, ils croient reconnaître à chaque pas des espèces qui leur sont familières : ils s’approchent, certaines ditférenccs invisibles de loin, visibles de près, éveillent dans leuresprit quelques soupçons. Ces espècessont nouvelles pour eux, mais si semblables à leurs congénères d'Europe, qu’ils hésitent à les en séparer. Ainsi la flore de la région littorale de l’Algérie n’est qu’un prolongement de celle du midi de la France, et chaciue province participe de la végétation du rivage européen le plus voisin. La flore de la province d'Oran rappelle

(t) Phus coriaria.

(2) Cylisut trifloras, C. argenteus, C. candieans, C. tpinosut.

(3) ijenisla hitpanica, Spartium junceum, S. scorpiui, S. lim/olium.

(4) Conaria mijrlifolia.

(5) Paliurus aculeatus.

(C) Anagyris fælida.

(7) Chainarops humitis.

(8) Cislut monspelieasis, C. salvifoliui, C. atbidut, etc.

(9) Tamarijc gallica, T, africana, etc.

(10) SciUa marilima.

(11) Piuicralium maritmum.

REGION KEDITERRANEENNE.

celle de l’Espagne; la végétation de la province d’Alger est celle qui ofl're le plus de ressemblance avec la végétation de la Provencéet du Languedoc, et le voisinage de la Sicile sc fait sentir dans celle «le Constantine. M. Cosson, dont le monde savant attend avec inipatience la Flore d'Algérie, confirme ces aperyiis par les résultats irrécusables de la statistique végétale. Ainsi, sur 1'j28 plantes qui forment le total des espèces qui croissent dans la province de Constantine, 1056 se retrouvent dans l’Europe méditerranéenne; les autres existent en Orient ou sont spéciales à la province. Deux végétaux américains, mais naturalisés sur tout le poui lourde la Méditer rance, frappent les yeux les j>lus inaltentifs par rétrangeté de leurs formes, et ce sont eux que les peintres choisissent de prél'érence pour caractériser la physionomie d’un pays qui n’est ]ias le leur: je veux parler de l'aloès pite (1) et de la figue d’Inde (2). Le dattier lui-même ne devrait jamais figurer dans les paysages du littoral algérien; le désert, où ses fruits mûrissent, voilà sa véritable patrie, et non pas le Tell, où il n’est qu’un arbre d’ornement improductif.

L'uniformité de lu végétation, ou l’unité botanique de la région méditeiTanéenne, ne saurait donc être mise en doute. Préservés j>ar la chaîne de l’Atlas du souille brûlant des vents du desert, les végétaux retrouvent sur le rivage africain le climat de la Provence ;, mais bientôt ils rencontrent la barrière de l’Atlas, où ils ne résistent pas à la rigueur des hivers. Cependant quelques-uns Iranchisscnt la chaîne, mais s’arrêtent au bord du désert, où la chaleur et la sécheresse de l’air, jointes à la salure du sol, créent des conditions incompatibles avec leur existence. Un petit nombre pénètrent plus ou moins loin dans le Sahara : ce sont surtout des plantes salines, plus sensibles à

(t) Agave americana.

(2) Opunlia fleut indtca.

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la présence d’une certaine quantité de sel marin dans la composition du sol qu’aux influences météorologiques si puissantes ■sur la plupart des végétaux. ’■ .

Si nous interrogeons la zoologie, elle nous répondra comme la liolanique. Une foule d’oiseaux émigrent de France en Algérie; un grand nombre d’animaux et d’insectes se rcirouvent ilans les deux pays. Mais, dira-t-on, le lion, la panthère, le senal (1), riiyènc, le chacal, le renard doré (2), la gcnetle de llarbarie (3), n’ont jamais existé dans le midi de la France. Acceptable il y a quelques années, ce jugement ne l’est plus aujourd’hui. On trouve dans les nombreuses cavernes de nos contrées méridionales des ossements de ces grands carnassiers. Dire que les espèces étaient complètement identiques avec celles de l’.Algérie serait diflicile, car comment reconstituer complètement un animal dont les parties molles et le pelage ont disparu? mais on peut aflirrner que l’espèce fossile et l’espèce vivante sont très-semblables et très-voisines l’une de l’autre dans le même groupe générique. H’aillcurs, toutes ces distinctions d’espèces ont beaucoup perdu de leur importance, depuis que les naturalistes sont à peu prés d’accord pour admettre avec M. Darwin qu’il n’y a point d’espèces, mais seulement des formes animales ou végétales modifiables par le temps et les influences extérieures. Ouc les ossements des carnassiers trouvés dans les cavernes du midi de la France diffèrent un peu de ceux des carnassiers viv-anls de l’.Mgérie, qui s’en étonnerait ? Un ne saurait allirmcr que ceux-ci ne sont pas les mêmes animaux modifiés par l’action lente du temps dans un milieu analogue, mais différent de celui des bords septentrionaux de la Méditerranée. .Ainsi on rencontre des ossements de lion, d’hyène, de panlhère, de cerf et de daim dans les cavernes du midi de la

(1) t'clis sen^at.

(2) Viilpts niloiii iis.

(3) Ocnella ofra.

IIKIJION .MKÜITKUHA.NKKNNK. ôa7

Fraiico ; mais on y rencontre aussi des ossements d’ours, de renne et de bœuf musqué, animaux inconnus en Afrique. Ces derniers ossements nous expliquent la disparition des singes, des lions, des panthères et des hyènes : ceux-ci ont péri pendant la période de froid, conséquence de l’extension des glaciers, qui a permis aux ours, aux rennes et au boeuf musqué, animaux apparlenant 'exclusivement aux pays les plus septentrionaux, de vivre et de se perpétuer dans les plaines de la France méridionale. Nous savons maintenant, grâce aux haches et aux couteaux de pierre trouvés avec ces ossements, grâce aux dessins très-reconnaissables dont les bois de renne et de cerf sont ornés, que l'homme a été contemporain de ces animaux éteints. Eussent-ils résisté au froid, ils auraient fui devant la civilisation. Le lion, l’hyène, la panthère, pourraient vivre dans les Cévennes comme dans l'Atlas : le climat, à des hauteurs différentes, est à peu près le même dans les deux chaînes de montagnes; mais l’homme civilisé ne tolère pas la présence de ces luMcs incommodes. Ainsi, on peut dire que les grands carnassiers ont été contemporains de l’homme dans la France méridionale ; ils ont disparu à l’époque glaciaire. Les progrèsde la civilisation européenne eussent sulli pour les anéantir; tandis que la barbarie musulmane favorisait leur multiplication dans une contrée peu habitée, mais parcourue par de grands troupeaux de moutons mal gardés et mal défendus. En Algérie, les grands destructeurs de lions, ce sont les Français. En résumé, l’unité zoologique de la région méditerranéenne est aussi évidente que l’unité botanique, et, en soutenant cette thèse, je suis heureux de m’appuyer sur l’autorité d’un savant trop modeste, le docteur Lartet, continuateur autorisé de ces études paléontologiques à la fois rigoureuses, sagaces et hardies, dont Cuvier, Laurillard, Richard Owen et de Itlainville nous ont laissé le mqdèle.

l,a santé de l’homme est le reflet du milieu où il vit, et scs maladies varient suivant les <»tuses (|ui les produisent. Lu région

LE SAHARA ORIENTAL

méditerranéenne différant de l’Europe moyenne par le climat, la constitution physique du sol, la flore et la faune, les maladies dont les peuples méditerranéens sont affectés, doivent différer et différent, en effet, de celles des contrées océaniennes. L’influence de la race vient s’ajouter aux agents extérieurs: c’est la race latine qui domine sur les rivages de la Méditerranée, et l’Arabe lui-méme tire .son origine de la contrée asiatique la’ plus rapprochée de r.\frique. Enfant du désert, il s’est avancé d’orient en occident dans ces vastes régions inhabitées où son humeur nomade ne rencontre pas de barrières, et où la terre appartient à celui qui l’occupe. Hippocrate, le père de la médecine, a tracé le tableau des maladies de la région méditerranéenne. Les maladies de la Grèce antique sont encore celles de toute cette région. C’est dans les observations prises en Afrique par nos médecins militaires que le savant commentateur d’Hippocrate, M. Littré, a trouvé le portrait le plus ressemblant des maladies hippocratiques. C’est également la raison d’étre de l’école de médecine de Montpellier : placée au centre d’une région médicale différente de celles des écoles de Paris et de Strasbourg, elle étudie des formes de maladies rares ou inconnues dans le Nord. Aussi les médecins de nos armées de terre eide mer, que les nécessités du service appellent presque toujours dans des contrées plus chaudes que la France septentrionale, retrouvent-ils dans ces pays, et spécialement en Algérie, toutes ces affections intermittentes, bilieuses et dysentériques, qui forment le trait dominant de la nosologie méditerranéenne. Observant d’autres maladies, de même que le météorologiste observe un autre climat, le botaniste d’autres plantes et le zoologiste d’autres animaux, le médecin de Montpellier se rattache à une doctrine médicale différente de celle de Paris et des écoles du nord de l’Europe. Constatant chaque jour l’influence prodigieuse de l’air, de l’eau et des lieux, il admire Hippocrate, et inscrit sous son buste cette épigraphe légèrement anibi-

SOL'S-BEGION DES HADTS PLATEAUX.

lieuse: Olim Coût, nunc Afonspetiensis Hippocrates (1). Le médecin du Nord, ne reconnaissant pas dans les descriptions d’Hippocrate l’image des symptômes qu’il observe tous les jours, n’accorde au vieillard de Cos qu’un tribut d’estime traditionnelle ou d’admiration mitigée. De là des doctrines médicales différentes, vraies partiellement l’une et l’autre. En médecine, les théories, généralisations prématurées et passagères, varient suivant les lieu.x et changent avec le temps. Je n’insiste pas davantage; je me résume, et je conclus à l’unité du bassin méditerranéen comme à la mieu.v établie de toutes celles qu’on a reconnues jusqu’ici à la surface du globe, car elle se déduit du climat, des conditions physiques du sol, de la faune, de la flore et de la nosologie comparées.

SÜU.S-UÉGIÜN iu:s HAUTS ULATEAUX.

En Algérie, 1a région méditerranéenne n’est point en contact immédiat avec la région sahtirienne ou désertique : une chaîne de montagnes, l’Atlas, l’en sépare. Mais l’.Atlas ne s’élève pas brusquement de la plaine ; une série de gradins successifs s’échelonnent sur l’un et l’autre versant de la chaîne, et nous appellerons, avec M. Cosson, celle zone la sous-région des hauts plateaux. Dans la province de Constantine, elle se continue avec la région montagneuse de la Kabylieet le massif des Ouled-Sultan. De vastes surfaces dénudées, semées de. chotts ou lacs salés, dépourvues de végétation arborescente, j>arcourues en été par d’immenses troupeaux dont la dent ronge les plantes jusqu’à la racine, des montagnes pelées s’élevant brusquement de ces surfaces horizontales, tel est l’aspect général. Les cultures variées de la région méditerranéenne ont dispam; l’orge est là seule céréale qui mfirisse sûrement ses grains. La vigne et

(1) M Hippoerale jidis à Cos, inaiDtenuit à Montpellier. >

l.K .S.MIAUA OlUKNTAI,.

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l’olivier réussissent sur beaucoup de points, et sont destinés à couvrir un jour la nudité de ces plateaux que le libre parcours des troupeaux et l’incurie arabe ont déponillés de leur verdure.

Cependant, sur ces montagnes posées comme sur un piédestal , on retrouve encore quelques forêts de cèdres oubliées par les indigènes. Les plus belles ornent les crêtes et descendent dans les gorges du Chellalah, près de Rathna; on en voit également dans le Itjùrdjura et autour de Teniet-el-Had, au sud de Milianah. Quel contraste entre ces magnifiques forêts et les plateaux sté> ri les qui y conduisent! Jeunes, les cèdres de l’Atlas ont une forme pyramidale ; mais quand ils s’élèvent au-dessus de leurs voisins ou du rocher qui les protège, un coup de v,ent, un coup de foudre, un insecte qui perce la pousse terminale, les prive de leur flèche : l’arbre est découronné. Alors les branches s’étalent horizontalement, et forment des plans de verdure superposés les uns aux autres, dérobant le ciel aux yeux du voyageur, qui s’avance dans l’obscurité sous ces voûtes impénétrables aux rayons du soleil. Du haut d’un sommet élevé de la montagne, Iç spectacle est encore plus grandiose. Ces surfaces horizontales ressen)blent alors à des pelouses du vert le plus sombre ou d’une couleur glauque comme celle de l’eau, semées de cônes dressés, ovoïdes et violacés; l’œil plonge dans un abime de verdure au fond duquel gronde un torrent invisible. Souvent un groupe isolé attire les regards. On s’approche, et, au lieu de plusieurs arbres, on se trouve en face d’un seul tronc coupé jadis par les Romains ou les premiers conquérants arabes: le tronc a repoussé du pied, des branches énormes sont sorties de la vieille souche ; chacune de ces branches est elle-même un arbre de haute futaie, et les vastes éventails de verdure étalés autour du tronc mutilé ombragent au loin la terre. Quelques-uns de ces cèdres sont morts debout, leur écorce est tombée, et, squelettes végétaux, ils étendent de tous « ôtés leurs bras blancs et décharnés. Les cèdres d’Afrique

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attendent encore leur peintre. Marilliat seul nous a fait admirer ceux du Liban ; mais scs successeurs, campés à Barbison, s’acharnent après l’écorce de deux ou trois chênes de la forêt de Fontainebleau, toujours les mêmes, que l’amateur salue comme de vieilles connaissances, à chacune de nos expositions. Des artistes éminents dépensent une somme considérable de talent à reproduire les mêmes formes, tandis que des cèdres séculaires vivent et meurent ignorés dans les gorges de l’Atlas, oii leur beauté n'est admirée que par les rares voyageurs qui s’aventurent dans ces montagnes.

L’arbre rarnctfristique des hauts plateaux, c’est le f/elotnii, on pistachier de l’.\tlas(l). Au lieu de vivre en forêts comme le cèdre, celui-ci est solitaire ; de loin en loin on aperçoit sa cime arrondie, dont les Arabes cueillent les fruits. Un frêne spécial (2), deux genévriers (3), des tamaris sur les bords des lacs salés, sont également répandus dans celte zone, où l’on retrouve la plupart des essences forestières de la région méditerranéenne. Deux herbes, Vedfa (^») et une armoise blanchâtre (5), recouvrent souvent d’immenses surfaces d’un tapis uniforme.

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