‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 175 sur 210 · I.K SAHARA ORIKNTAI · texte numérisé non relu

I.K SAHARA ORIKNTAI

trière nouvelle par laquelle l’Arabe glisse son fusil pour ajuster l’ennemi. Quand on a'vu ces damiers de liiurs de terre, avec les palmiers dont chaque tronc ])eul cacher un homme, ori ne s'étonne plus qu’en i8t»9 la prise d’une seule oasis, celle de Zaatcha; ait coûté cinquante-deux jours de siège, neuf cents hommes et soixante officiers {!). Les villages eux-mémes sont entourés de murs flanqués de tours, et rappellent tous les motifs des fortifications pittoresques du moyen ûgc.

Le dattier (2) est l’arbre nourricier du désert; c’est là seulement qu’il mûrit scs fruits: sans lui, le Sahara serait inhabitahle et inhabité. La poésie arabe en a fait un être animé créé par Dieu le sixième jour, en môme temps que l’homme. Pour exprimer à quelles conditions il prospère, l’imagination des Sahariens exagère le vrai, afin de le rendre plus palpable. « Ce roi des oasis, disent-ils, doit plonger ses pieds dans l’eau et sa tôle dans le feu du ciel, o La science consacre cette affirmation, car il faut une somme de chaleur de 5100 degrés accumulée pendant huit mois pour que le dattier mûrisse parfaitement ses fruits (3). La somme de chaleur est-elle moindre, les fruits nouent, mais ils grossissent à peine, restent Apres au goût et privés de la fécule et du sucre qui constituent leurs propriétés nutritives.

Le climat du Sahara réalise ces conditions. La température moyenne de l’année doit être de 20 à 2A degrés, suivant les localités (A). Les chaleurs commencent en avril et ne cessent qu’en octobre. Pendant l’été, le thermomètre atteint souvent A5 degrés, et même .52 degrés à l’ombre, par exemple : le 15 août 1859iet le 17 juillet 1863 à Tougourt. L’hiver est rela-

(1) Voyez, SUT le siège de /.aatclia, le récit de M. Cli.' Rocher dans Ia Revue des deux mondes du 1°' avril 1K51.

(2) Phœnix dactylifera.

(3) La chaleur ii’ctant utile à cct arbre qu'à partir de 18 degrés, toute température inférieure à ce degré n'ciitre pas dans le calcul.

(é) La température moyenne de Paris est de ItH’,!.

I,ES OASIS

tivemcnt froid. A Biskra, le thermomètre descend quelquefois en février à 2 et 3 degrés au-dessous de zéro. Dans l’Oued-Rir, nos ofliciers ont vu leurs bidons remplis d’eau couverts, /le matin, d'une mince couche de glace. J’ai constaté moi-même qu’en novembre et décembre 1863, le thermomètre, à un mètre au-dessus du sol, oscillait, avant le lever du soleil, autour de 6 degrés, mais dans le jour il atteignait d'ordinaire 20 degrés à l’ombre. Les dattiers supportent parfaitement un froid nocturne sec et passager de 6 degrés au-dessous de zéro, et une chaleur lie 50 degrés. Le sable du désert, qui rayonne beaucoup, se refroidit plus que l’air, et conserve à quelques décimètres de , profondeur une certaine fraîcheur qui se communique aux racines des arhres.

Les pluies sont rares dans le Sahara; elles tombent en hiver et provoquent le réveil de la végétation desséchée par les chaleurs de l’été, (juelquefois elles sont torrentielles, mais de courte durée. A Tougourt et à Ouargla, des années entières se passent sans qu’il tombe une goutte d’eau. Comprend-on maintenant la reconnaissance des Arabes pour l’arbre aux fruits sucrés qui prospère dans le sable, arrosé par des eaux saumâtres mortelles à la plupart des végétaux, restant vert quand tout autour de lui se torréfie sous les rayons d’un soleil implacable, résistant aux vents qui courbent jusqu’à terre sa cime llexible, mais ne sauraient ni rompre sqn stipe, composé (le fibres entrelacées, ni déraciner sa souche, retenue par des milliers de racines ailventives qui, descendant du tronc vers la terre, le lient invariablement au sol ? Aussi peut-on dire sans métaphore : Un seul arbre a peuplé le désert ; une civilisation rudimentaire, comparée à la nôtre, très-avancée par rapport à l’état de nature, repose sur lui ; ses fruits, recherchés dans le monde entier, sufliscnt aqx échanges, et créent non-seulement l’aisance, mais la richesse. Dans des trois cent soixante oasis qui appartiennent à la France, chaque dattier acquitte un droit

LK SAHAKA OKIKNTAl..

qui varie de 20 à iiO centimes suivant les oasis ; et ces cultures prospèrent, le produit moyen de chaque arbre étant de 3 francs environ.

I.e nombre des dattiers fait la richesse d’une oasis; mais tous ne donnent pas des fruits : en effet, cet arbre est dioique. Il y a des pieds mùlcs et des pieds femelles. Les pieds mâles ont des fleurs munies d’etamines seulement, et formant une grappe renfermée avant la maturation du pollen dans une enveloppe appelée spathe. Les pieds- femelles, au contraire, portent des régimes de fruits enveloppés également dans une spathe, mais qui ne sauraient se développer, si le pollen ou poussière des étamines ne les a pas fécondés. Pour assurer cette fécondation sans planter un trop grand nombre de mâles improductifs, les .Arabes montent, à l’époque de la f\oraison, vers le mois d’avril, sur tous les individus femelles, et insinuent dans la spathe un brin chargé de fleurs mâles dont les étamines fécondent sûrement les jeunes ovaires; alors les fruits grossissent, deviennent charnus, et forment des grappes appelées régimes, dont le poids atteint quelquefois de 10 à 20 kilogrammes. Pour multiplier les dattiers, on ne sème pas les noyaux des fruits, quoiqu’ils germent avec une extrême facilité, car on ne saurait ainsi deviner d’avance quel sera le sexe de l’arbre; on préfère donc détacher du tronc des palmiers femelles un rejeton que l’on plante, et qui devient un arbre productif à partir de l’âge de huit ans.

Le dattier fournil en outre un lait ou liquide sucré qui, par la fermentation, ne tarde pas à prendre une saveur vineuse. Pour l’obtenir, j’ai vu employer à 'l'ougourt le procédé suivant. On enlève circulairement la couronne de feuilles, en ne ménageant que les inférieures. La section a la forme d’un cône : dans sa base on enfonçât; un roseau creux par lequel le liquide s’écoule dans un vase qui se déverse k son tour dans un autre suspendu aux feuilles de l’arbre. Celui-ci ne meurt pas toujours après cette

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