I.K SPITZBERO
CLIMAT Kl' .SPITZBKKG.
Quand on songe qu’au Spiuberg la hauteur du soleil ne di^ passe jamais 37 degrés, même dans les parties les jilus méridionales; que ses rayons obliques, traversant une épaisseur énorme d’atmosphère, n’arrivent à la terre qu’après avoir perdu presque toute leur chaleur, et rasent, pour ainsi dire, )a surface du sol, au lieu de le frapper perpendiculairement, comme dans les pays chauds ; si l’on ajoute que du 26 octobre au 16 février, l’astre ne se, montre plus, et qu’une nuit de quatre mois enveloppe cette terre glacée; si l’on réfléchit que, dans la période de 128 jours pendant laquelle la nuit alterne avec la clarté du soleil, celui-ci s’élève à peine au-dessus de l’horizon, on comprendra que le climat du Spilzberg soit des plus rigoureux. La présence continuelle de l’astre pendant quatre mois de l’année ne compense pas son absence pendant le même espace de temps, ni l’obliquité de ses rayons; même pendant les mois de juillet et d’aofif, il est le plus souvent obscurci par des brumes qui s’élèvent de la mer. Jamais le ciel n’est serein pendant une journée tout entière. En outre, des vents violents refroidis par les banquises, ou par les glaciers, viennent à de courts intervalles abaisser la température de l’atmosphère. Néanmoins le climat du Spitzberg est moins froid que celui des parties septentrionales de l’Amérique, situées sous la même latitude, savoir, l’extrémité de la baie de nallin, connue sous le nom de Srnith-sound. C’est dans ces régions que les météorologistes ont placé le pèle du froid de l’hémisphère septentrional, qui ne coincide nullement avec celui de la terre, mais se trouve, en Amérique, par 98" de longitude occidentale et sous le 78' degré de latitude. Si le climat du Spitzberg est moins rigoureux que celui de ces régions continentales, c’est aussi parce que le Spitzberg est un archipel d>Hit les eaux sont réchautrées par le Gulfstream, grand courant d’eau tiède, qui prend naissance
^■.LIM AT.
dans le golfe du Mexique, traverse l’Atlantique, et vient expirer dans la mer Blanche et sur les côtes occidentales du Spitzberg. -Aussi celles ci sont-elles toujours libres en été, tandis que les côtes orientales, bloquées par des glaces flottantes, sont rarement accessibles aux pécheurs de phoques et de morses, qui seuls fréquentent ces parages désolés.
.le lie fatiguerai pas le lecteur des méthodes que j’ai employées et des calculs que j’ai faits pour exprimer en chiffres les températures moyennes du Spitzberg. J’ai utilisé les observations de Phipps, celles de Parry, de Scoresby, et celles de lu commission scientifique du Nord au Spitzberg et en Laponie. Mes résultats étant sensiblement d’accord avec ceux que Scoresby a déduits de ses propres observations, les nombres obtenus méritent la confiance des savants. Comme lui, j’ai calculé les températures pour la partie moyenne de l’ile située sous le 78* degré de latitude. Le tableau suivant présente les températures moyennes de chaque mois exprimées en degrés centigrades. Afin que le lecteur puisse se faire une juste idée de la rigueur de ce climat, je mets en regard les températures correspondantes pour Paris, calculées par M. Henou, et basées sur quarante-cinq ans d'observations (1816 à 1860) faites à l’Observatoire de Paris.
Températures moyennes mensuelles au Spitzberg, sous le 78° degré de latitude, et à Paris, sous 48“ .'jO',
Spitzberg.
Paris.
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet. . . .'
Août
Septembre
Octobre
Novembre
bécembre
l.K ^IMT/HKK»..
I-a iiioyeiine do raiinéo est donc de — celle de Paris étant de + 10°, C; la diiït;rence s’élève à 19 déférés.
Les températures moyennes ne sont pas sullisanles pour se l'aire une juste idée d’un climat, car la même moyenne peut correspondre à des extrêmes très-dilléronts. Voici quelques températures extrêmes observées au Spitzberg, du mois d’avril à Celui d’août. Kn avril, Scoresby n’a pas vu le thermomètre en mer au-dessus île — 1°,1. Kn mai, la plus haute température fut de -f- 1°,1. Six fois seulement le thermomètre s’éleva au-dessus du point de coiijïélatinn. Le mois de mai est donc encore un mois d’hiver. Kn juin, le. mercure dépasse souvent le zéro de l’échelle thermométrique, et Scoresby l’a vu marquer mais en 1810 il est encore descendu à — Kn juillet, je ne l’ai jamais vu s’élever au-tlessiis de 5°, 7, ni s’abaisser au-<lessous de 2", 7 : on voit que la température est d’une uniformité remarquable, puisqu’elle ne varie que de .l degrés. Même phénomène en août, oii j’ai vu, sous le 78" de latitude, le thermomètre en mer osciller entre 1°,2 et 3°,0. Pour donner une idée de l’absence de chaleur du Spit/.berji, je dirai qu’en onze ans, de 1807 à 1818, Scoresby n’a vu qu’une .seule fois, le 29 juillet 1815, le thermoinètreà Parry, à 12", 8, le 19juillet 1827, et moi-
méme à 8",2, en août 1838. La plus haute température, 16”, 0, a été notée par l’expédition suédoise le 15 juillet 1861. Quant au froid, nous n’avons jkis de reii.^eignements précis pour l’hiver, mais il est pridiahle que le mercure y gèle quelquefois et que le thermomètre se tient souvent entre —20 et — 30 degrés, car Scoresby a encore, observé — 17°, 8 le 18 avril 1810, et même — -18”, 9 le 13 mai 181 û. Il tombe de la neige dans tous les mois de l'année. .\u mouillage de la baie de la Madeleine, par 79" 3û' de latitude, la corvette la Hecherchc en était couverte pendant les premiers jours d’août 1839. Dans le journal de Scoresby, il n’est pas de mois oii elle ne soit indiquée. Le temps est d’une inconstance remarquable, .\ un calme plat suc-
r.l.lM AT.
Cfilent (h: violonis coups de vent. Le ciel, scieiti pendant quelques heures, se couvre de nuages ; les brumes sont presque continuelles et d’une épaisseur telle, que l’on ne distingue pas les objets à quelques pas devant soi : ces brumes, humides, froides, pénétrantes, mouillent souvent comme de la pluie. Les orages sont inconnus dans ces parages; même pendant l’été, jamais le bruit du tonnerre ne, trouble le silence de ces mers désertes. .\ux approches de rautomne, les brumes augmentent, la pluie se (diange en neige; le soleil s’élevant de moins en moins au-dessus de I horizon, sa clarté s’affaiblit encore. Le 23 août, l’astre se couche pour la première fois dans le Nord ; celte première nuit n’est qu’un crépuscule prolongé; mais, à partir de ce moment, la durée des jours diminue rapidement. Kniin, le 26 octobre, le soleil descend dans la mer pour ne plus reparaître. Pendant quelque temps encore le reflet d'une aurore qui n’annonce plus le jour, illumine le ciel aux environs de midi, mais ce crépuscule devient de plus en plus court et de plus en plus pile, jusqu’à ce qu’il s’éloigne complètement. La lune est alors le seul astre qui éclaire la terre, et sa lumière blafarde, rélléchie par les neiges, révèle la sombre tristesse de celte terre ensevelie sous la neige et de cette mer voilée par la brume figée par la glace.
Mais d’autres clartés remplacent celle de la lune, ce sont celles des aurores boréales, qui, fortes ou faibles, se montrent toutes les nuits pour l’observateur attentif. Tantôt ce sont de simples lueurs diffuses ou des plaques lumineuses; tantôt des rayons frémissants d’une éclatante blancheur, qui parcourent tout le firmament en partant de l’horizon, comme si un pinceau invisible se promenait sur la voôtc céleste : quelquefois il s’arrête; les rayons inachevés n’atteignent pas le zénith, mais l’aurore se continue sur un autre point; un bouquet de rayons s’élance, s’élargit en éventail, puis pitlit et s’éteint. D’autres fois de longues draperies dorées flottent au-dessus de la tête du