I.E SPITZBERO
spectateur, se replient sur elles-iiiômes de mille manières, et ondulent comme si le vent les agitait. Kn apparence elles semblent peu élevées dans l’atmosplière, et l’on s’étonne de ne pas entendre le frôlement des re[ilis qui glissent l’un sur l’autre. Le plus souvent un arc lumineux se dessine vers le nord ; un segment noir le sépare de l’iiorizon, et contraste par sa couleur foncée avec l’arc d’un blanc éclatant ou d’uii rouge brillant qui lance les rayons, s’étend, se divise, et représente bientôt un éventail lumineux qui remplit le ciel boréal, monte peu à peu vers le zénith, où les rayons, en se réunissant, forment une couronne qui, à son tour, darde des jets lumineux dans tous les sens. Alors le ciel semble une coupole de feu ; le bleu, le vert, le rouge, le jaune, le blanc, se jouent, dans les rayons palpitants de l’aurore. Mais ce brillant spectacle dure peu d’instants. La couronne cesse d’abord de lancer des jets lumineux, puis s’affaiblit peu à peu ; une lueur diffuse remplit le ciel ; çà et là quelques plaques lumineuses semblables à de légers nuages s'étendent et se resserrent avec une incroyable rapidité, comme un cœur qui palpite. Bientôt ils pèlissent ù leur tour, topt se confond et s'efface : l’aurore semble être à son agonie. Les étoiles, que sa lumière avait obscurcies, brillent d’un nouvel éclat, et la longue nuit polaire, sombre et profonde, règne de nouveau en souveraine sur les solitudes glacées de la terre et de l’Océan. Devant de tels phénomènes, le poète, l’artiste, s’inclinent et avouent leur impuissance ; le savant seul ne désespère pas: après avoir admiré ce spectacle, il l’étudie, l’analyse, le compare, le discute, et il arrive à prouver que ces aurores sqnt dues aux radiations électriques des pôles de la terre, aimant colossal dont le pôle boréal se trouve dans le nord de l’Amérique septentrionale, non loin du pôle du froid de notre hémisphère, tandis que son pôle austral est en mer, au sud de l’Australie, près de la terre Victoria, découverte par .lames Ross.
Quelques indications sutliront pour prouver la nature électro-
f.MMAT.
magnétique de l’aurore boréale. Au Spitzberg, une aiguille aimantée suspendue horizontalement à un fil de soie non tordu est tournée vers l’ouest : dès le début de l’aurore, le physicien qui observe cette aiguille s’aperçoit qu’au lieu d’ôtre sensiblement immobile, elle semble en proie à une inquiétude inusitée et se déplace rapidement à droite et à gauche, et de gauche à droite. A mesure que l’aurore devient plus brillante, l’agitation de l’aiguille augmente, et, sans sortir de son cabinet, l’observateur juge de l’intensité de l’aurore boréale par l’amplitude des déplacements de l’aiguille. Enfin, quand la couronne boréale se forme, son centre se trouve précisément sur le prolongement d’une autre aiguille magnétique librement suspendue sur une chape et orientée dans le sens du méridien magnétique ; elle n’est point horizontale, mais inclinée vers le pôle nnagnétique, et se nomme aiguille d'inclinaison. Les aurores boréales sont donc intimement unies aux phénomènes magnétiques du globe terrestre, et il était réservé à un célèbre physicien, M. Auguste de la Hive, de réaliser expérimentalement les principaux phénomènes de l’aurore boréale sur une boule de bois représentant le globe terrestre et convenablement électrisée.
Presque toutes les nuits polaires sont éclairées par des aurores boréales plus ou moins brillantes ; mais à partir du milieu de janvier, le crépuscule de midi devient plus sensible, l’aurore annonçant le retour du soleil s’agrandit et monte vers le zénith. Enfin, le 16 février, un segment du disque solaire, semblable à un point lumineux, brille un moment pour s’éteindre aussitôt ; mais à chaque midi le seginent s’élargit, jusqu’à ce que l’orbe tout entier s’élève au-dessus de la mer : c est la fin de la longue nuit de l’hiver, pes alternatives de jour et de nuit se succèdent pendant soixante-cinq jours, jusqu’au 21 avril, commencement d’un jour de quatre mois, pendant lesquels le soleil tourne autour de l’horizon sans jamais disparaître au-dessous. Passons à la description physique du Spitzberg.
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l.K SlMTZBKlUi.
(■.OMSTITITIO-S l’IlYSiyiK ET OÉOLOlilylE DU Sl'ITZBEIK;.
Spitzbergen, montagnes pointues, tel est le nom que les navigateur hollandais donnèrent à ces Iles qu’ils venaient de découvrir : et en effet, de la mer on ne voit que des sommets aigus aussi loin que la vue peut porter. Ces montagnes ne sont pas très-élevées, leur altitude varie entre 500 et 1200 mètres; partout elles s’avancent jusqu’au bord de la mer, et il n’existe en général qu’une étroite bande de terre qui forme le rivage. Aux deux extrémités de l’ile, au nord et au sud, le sol est moins accidenté, les vallées sont plus larges et le pays prend l’aspect d’un plateau. Trois de ces baies profondes et ramifiées, appelées fiords par les Norvégiens, découpent la côte occidentale du Spitzberg. Ce sont, du sud au nord, ffmti-sound, la baie de la (kiriie; Bell-sound, la baie de la Cloche ; Ice-sound, la baie des tilaces; Cross-bay, la baie de la Croix', Kiny’s-bay, la baie du iloi. I.a baie de Hambourg et celle de la Madeleine sont des x golfes moins profonds et moins ramifiés.
Toutes les vallées, dans le nord comme dans le sud du Spitzberg, sont comblées par des glaciers qui descendent jusqu’il la mer. Leur longueur est variable : le plus long que j’ai vu, celui de Bell-sound, avait 18 kilomètres de long sur 6 kilomètres de large ; celui du fond de Magdalena-bay, 1860 mètres de long sur 1580 mètres de large au bord de la mer. Suivant Scoresby, les deux plus grands glaciers sont ceux du cap sud et un autre au nord de Horn-sound, qui tous deux ont 20 kilomètres de large au bord delà mer et une longueur inconnue. Les sept glaciers qui bordent la cèle au nord de I tle du Prince-Charles ont chacun près de 6 kilomètres de large. Tous ces glaciers forment à leur extrémité inférieure de grands murs ou escarpements de glace qui s’élèvent verticalement au-dessus de l’eau à des hauteurs qui varient entre 30 ctl20 mètres. Les premiers navigateurs