CONSTITUTION PHYSIOUE ET GÉOLOGIQUE
hollandais el anglais, voyant ces murailles c(»lossales de glace qui dépassaient la hauteur des mâts de leurs navires, les désignèrent sous le nom de montagnes de glace {icebergn), ne soupt'onnant pas leur analogie avec les glaciers de l'intérieur du continent ; le nom leur est resté, et Phipps, Parry, Scoresby luiméme, ignoraient la nature de ces tleuves de glace qui s’écoulaient sous leurs yeux dans les Ilots. Quand j’abordai pour la première fois au Spilzhcrg, en 18.T8, je reconnus immédiatement les glaciers que j’avais si souvent admirés eu Suisse. L’origine est la môme, mais les différences tiennent au climat, au voisinage de la mer et à la faible élévation des montagnes du Spilzberg.
Un glacier se forme par l’accumulation des neiges, pendant l’hiver des pays froids, dans une plaine, une dépression du sol ou une vallée. Cette neige fond partiellement en été; regèle, fond de nouveau, s'infiltre d’eau; gèle définitivement à l’entrée de I hiver, et se transforme ainsi d’abord en néoé, puis en glace plus ou moins compacte, mais toujours remplie des nombreuses bulles d’air qui étaient logées dans les interstices de la neige. Ces masses de glace, dont l’imagination serait tentée de faire l’emblème de l’immobilité et de la rigidité la plus absolue, sont douées d’un mouvementée progression dû à leur plasticité et à la pression des parties supérieures. Ce mouvement lent, mais continu, plus rapide en été qu’en hiver, pousse sans cesse en avant l’extrémité inférieure du glacier. En Suisse, cette extrémité inférieure descend souvent dans les vallées habitées, telles que celles de Chamounix, de Mont-Joie et du val Veni, autour du Mont-Blanc; de Zermatt, de Saas et de Gressoney, autour du Mont-Rose; de Grindelwald,au pied des hautes Alpes bernoises. .Au Spitzberg, le glacier, après un trajet plus ou moins long, arrive à la mer. Quand le rivage est rectiligne, il ne le dépasse pas; mais au fond d’une baie dont le rivage est courbe, il continue il progresser en s’appuyant sur les côtés de In baie et en
LK SPITZBEUti.
s’avançant au-dessus de i’eau qu’il surplombe. On Je conçoit aisément. En été, l'eau de la mer, au fond des baies, est toujours à une température un peu supérieure à zéro ; le glacier fond au contact de cette eau, et quand la marée est basse, on aperçoit un intervalle entre la glace et la surface de l’eau. Le glacier, n’étant plus soutenu, s’écroule partiellement; des blocs immenses se détachent, tombent à la mer, disparaissent sous l’eau, reparaissent en tournant sur eux-mémes, oscillent pendant quelques instants, jusqu’à ce qu’ils aient pris leur position d’équilibre. Ces blocs détachés des glaciers forment les glaces flottantes. Deux fois tous les jours, à la marée basse, au fond de Bell-sound et de Magdalena-bay, nous assistions à cet écroulement partiel de l’extrémité des glaciers. Un bruit comparable à celui du tonnerre accompagnait leur chute; la mer, soulevée, s’avançait sur le rivage en formant un raz de marée ; le golfe sc couvrait de glaces flottantes qui, entraînées par le jusant, sortaient comme des flottes de la baie pour gagner la pleine mer, ou bien échouaient çà et là sur le rivage, dans les points où l’eau n’était pas profonde. Ces glaces flottantes n’avaient guère plus de à à 5 mètres de hauteur au-dessus de l’eau, car les quatre cinquièmes d’une glace flottante sont immergés dans l’eau. Les glaces flottantes de la baie de Uaflin sont beaucoup plus élevées : elles dépassent quelquefois la mâture des navires ; mais dans cette baie la température de la mer est-dessous de zéro, le glacier ne fond pas au contact de l’eau, il descend dans le fond de la mer, et les portions qui s’en détachent sont plus hautes de toute la partie immergée qui, dans les baies du Spitzberg, est détruite par la fusion.
Les glaciers du Spitzberg sont en général unis, et présentent rarement ces aiguilles, ces prismes de glace que les voyageurs admirent au glacier des Bossons, à celui de Talèfre, près de Chamounix, et sur d’autres glaciers de la Suisse. Ces surfaces hérissées d’aiguilles correspondent tqujours à de.s pentes rapides
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•lu glacier, qui se rompt en tombant, pour ainsi dire, en cascade sur des plans fortement inclinés. Si ceux-ci se trouvent à l’extrémité inférieure de ce glacier, les grandes chaleurs de l’été fondent, amincissent, etfilent ces aiguilles et ces prismes, qui I prennent alors les formes les plus pittoresques. Au Spitzberg, les pentes sont faibles et uniformes, et les chaleurs de l’été impuissantes pour fondre la glace. C’est seulement au milieu du jour que la surface du glacier est parcourue par de petits filets d’eau qui tombent quelquefois en cascade dans la mer, mais s’arrêtent dès que le soleil cesse de luire ou que la température s’abaisse. Cependant j’ai observé des aiguilles sur les parties latérales du grand glacier de Uell-sound; mais il n’en existait plus sur celui de Magdalena-bay, au nord du Spitzberg. Comme ceux de la Suisse, les glaciers de ces îles présentent des crevas.ses transversales souvent très-larges et très-profondes.
La grotte azurée de l’Arveyron, creusée dans le glacier du Bois, prés de Chamounix, celles des glaciers de Grindciwald et de Rosenlaui, dans le canton de Berne, tant admirées des touristes, sont des miniatures, comparées aux cavernes ouvertes dans l’escarpement terminal des glaciers du Spitzbci'g. Un jour que j’avais pris des températures de la mer devant le glacier de BelUsound, je proposai aux matelots qui m’accompagnaient d'entrer avec l’embareation dans une de ces cavernes. Je leur exposai les chances que nous courions, ne voulant rien tenter sans leur assentiment. Ils furent unanimes pour accepter. Quand notre canot eut franchi l’entiée, nous nous trouvâmes dans une immense cathédrale gothique ; de longs cylindres de glace à pointe conique descendaient de la voûte, les anfractuosités semblaient autant de chapelles dépendantes de la nef principale; de larges fentes partageaient les murs, et les intervalles pleins, simulant des arceaux, s’élançaient vers les cintres; des teintes azurées se jouaient sur la glace et se reflétaient dans l’euu. Les rûatelots, tous Bretons, étaient, comme moi, muets
U- SIMTZIîERli.
d’admiration. Mais une contemplation trop prolongée eût été dangereuse; nous regagnâmes bientôt l’étroite ouverture par laquelle nous avions pénétré dans ce temple de l’Hiver, et, revenus à bord de la corvette, nous gardâmes le silence sur une escapade qui eût été justement blâmée. Le soir, nous vîmes du rivage notre cathédrale du matin s’incliner lentement, puis se détacher du glacier, s’abîmer dans les Ilots, et reparaître émiettée en mille fragments de glace que la marée descendante entraîna vers la pleine mer.
Tous les voyageurs qui ont vu les glaciers des Alpes ont été frap|)és du gnmd nombre de blocs de pierre gisant à leur surface. Ces blocs proviennent des montagnes voisines (|ui s’écroulent été comme hiver, et recouvrent le glacier de débris : jilus les montagnes qui le dominent sont clevée.s, plus les débris sont nombreux. Ces accumulations de roches brisées, appelées moraines, ne sont pas dispersées au hasard : les unes forim-nl de longues traînées sensiblement parallèles, disposées le long des bords du glacier, ce sont les moraines latérales ; les autres occupent la partie moyenne du champ de ghace, on les appelle moraines médianes : elles sont le résultat de la fusion des moraines latérales de deux glaciers qui se réunissent eu un seul. Ue même, au confluent de deux rivières dont les eaux sont de couleur différente, on reconnaît au milieu du fleuve formé par lu réunion des deux rivières une coloration due au mélange des eaux de chaque affluent. Dans sa progression incessante, le glacier entraîne, comme le ferait un cours d’eau, les débris dont il est chargé; arrivés à l’extrémité terminale, ces débris tombent l’un après l’autre sur le sol, au pied du glacier. Leur accumulation produit une digue concentrique à l’escarpement du glacier : cette digue se nomme moraine terminale. En Suisse, certains glaciers, celui de l’Unter-Aar, la merde glace de Chamounix, le glacierdu .Miage, celui de Zmutt, près de Zcrmalt, sont couverts de blocs de pierre, sous lesquels