‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 31 sur 210 · CONSTITUTION PHYSIQUE ET GEOLOGIQUE · texte numérisé non relu

CONSTITUTION PHYSIQUE ET GEOLOGIQUE

la glace disparaît presque totalement; cela lient à ce que ces glaciers sont dominés par de très-hautes monUignes composées de roches qui se fendent, se fragmentent et se démolissent perpétuellement. Au contraire, au SpiUberg, les montagnes, étant peu élevées, sont pour ainsi dire enfouies dans les glaciers ; leur pointe seule fait saillie hors des masses glacées qui les entourent ; peu de débris tombent donc sur les glaciers. Il en résulte que les moraines sont moins considérables. Ajoutons encore que les glaciers du Spitzberg correspondent à la partie supérieure des glaciers de la Suisse, à celle qui est au-dessus de la ligne des neiges* éternelles, ou, si l’on aime mieux, au-dessus des limites de la végétation arborescente. Or, plus on s’élève sur un glacier des Alpes, plus les moraines latérales et médianes diminuent de largeur et de puissance, jusqu’à ce qu’elles s’amincissent et disparaissent enfin sous les hauts névés des cirques dont le glacier n’est qu’un émissaire, de même que les torrents des montagnes prennent souvent leur source dans un ou plusieurs lacs étagés les uns au-dessus des autres. Pour toutes ces raisons, les moraines latérales et médianes sont peu apparentes '

sur les glaciers du Spitzberg; un certain nombre de blocs se remarquent sur les bords et quelquefois au milieu, mais la glace ne disparaît jamais comme dans les Alpes, sous la masse des débris qui la recouvrent. Ouant aux moraines terminales, c’est au fond de la mer qu’il faut les chercher, puisque l’escarpement terminal la surplombe presque toujours : ainsi les blocs ’

de pierre tombent avec les blocs de glace, et forment une moraine frontale sous-marine dont les deux extrémités sont parfois visiblés sur le rivage. M. O. Torell a remarqué que partout, près de la côte du Spitzberg, le fond de la mer se composait de blocs et de cailloux, rarement de sable ou de limon.

Le même observateur a retrouvé sur les glaciers du Spitzberg toutes les particularités notées sur ceux dos Alpes : la strali-

d. HaRTISS. 6

LE SPITZBERfi.

ticatioD de la glace, les bandes bleues, et l’action sur les roclies encaissantes, qui sont arrondies, polies et striées comme celles de la Suisse.

' Les glaciers descendant jusqu’à la mer, il n’y a ni Heuves ni rivières au Spitzberg. Quelques faibles ruisseaux s’échappent quelquefois des flancs du glacier, mais ils tarissent souvent. Le sol étant toujours gelé à quelques décimètres de profondeur, les sources sont inconnues dans ces lies.

La géologie des côtes occidentales du Spitzberg a été étudiée par Keilhau, les membres de la commission française, et, dans ces derniers temps, par MM. Nordenskitild et Blomstrand. Sans entrer dans des détails peu intéressants pour le lecteur, je dirai que les montagnes du Spitzberg sont formées en général de roches cristallines. Le granité y est très-commun. Les sept lies, au nord de l’archipel, sont entièrement granitiques. Le granité est donc la roche dont se composent les dernières terres dans le nord de l’Europe. Plus au sud apparaissent des calcaires quelquefois dolomitiques, appartenant probablement aux étages inférieurs des terrains de sédiment, et traversés par des filons de roches hypersténiques, espèce de porphyre fort rare qui ne se rencontre qu’en Scandinavie et au Labrador. Sur d’autres points, on a retrouvé les mêmes roches; mais dans le détroit de Hinlopcn et près de fiell-souiid, on observe des calcaires fossilifères. D’après l’inspection des fossiles, M. de Koninck les a rapportés au terrain permien, formation reposant sur le terrain houiller, et qui tire son nom du gouvernement de Perm, en Russie. Dans la baie du Roi {Aing's-bay), M. Blomstrand a signalé ce terrain carbonifère avec des traces de combustible. On comprend toutes les difficultés que rencontre le géologue dans un pays couvert de neige et de glace. Néanmoins, d’après les indications que nous possédons, on peut dire que le Spitzberg appartient aux formations anciennes du globe, aux terres émergées

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