‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 32 sur 210 · FLORE DO SPITZBERG · texte numérisé non relu

FLORE DO SPITZBERG

Après le tableau que nous avons tracé du climat et de la constitution physique du Spitzbérg, le titre de ce chapitre doit sembler invraisemblable. Quelle végétation peut-il y avoir dans un pays couvert de neige et de glace, où la température moyenne de l’été est de -j- l',3, c’est-à-dire inférieure à celle du mois de janvier à Paris? Existe-t-il des plantes capables de vivre et de se propager dans de pareilles conditions de sol et de climat? Néanmoins, quand on aborde au Spitzbérg, on aperçoit ça et là certaines places favorablement exposées, où la neige a disparu. Ces Iles de terre éparses au milieu des champs de névé qui les entourent, semblent d’abord complètement nues; mais en s’approchant, on distingue de petites plantes microscopiques pressées contre le sol, cachées dans ses fissures, collées contre les talus tournés vers le midi, abritées par des pierres ou perdues dans les petites mousses et les lichens gris qui tapissent les rochers. Les dépressions humides, couvertes de grandes mousses du plus beau vert, reposent l’œil attristé par la couleur noire des rochers et le blanc uniforme de la neige. Au pied des falaises habitées par des oiseaux marins, dont le guano active la végétation sur la terre qu’il échauffe, des renoncules, des Cocfdearia, des graminées, atteignent quelquefois une hauteur de plusieurs décimètres, et au milieu des éboulements de pierres s’élève un pavot à fleurs jaunes (Papaver nudicaule), qui ne déparerait pas les corbeilles de nos jardins. Nulle part un arbuste ou un arbre : les derniers de tous, le bouleau blanc, le sorbier des oiseleurs et le pin sylvestre, s’arrêtent en Norvège, sous le 70' degré de latitude. Néanmoins quelques

LF. SPITZBERG.

végétaux sont de consistance ligneuse : d’aboi-d, deux petites espèces de saules appliqués contre la terre, dont l’un, le saule à feuilles réticulées, qui croit également dans les Alpes, et un arbrisseau s’élevant au-dessus des mousses humides, \’Empetrum nigrum, qu’on trouve dans les marais tourbeux de l’Europe, jusqu’en Espagne et en Italie. Les autres plantes sont d’humbles herbes sans tige, dont les fleurs s’épanouissent au ras du sol. La plupart sont si petites, qu’elles échappent aux yeux du botaniste; ou ne les aperçoit qu’en regardant soigneusement à ses pieds. La preuve en est dans le lent accroissement de l’inventaire des plantes phanérogames du Spitzberg, qui n’a été complété que peu à peu par les recherches successives des voyageurs qui ont exploré ces lies. Ainsi, en 1675, Frédéric Martens, de Hambourg, décrit et figure seulement 1 1 espèces terrestres; Phipps, en 1773, n’en rapporta que 12, qui furent nommées et décrites par Solander. Scoresby était presque toujours à la mer; aussi le nombre total des espèces qu'il a recueillies dans ses voyages ne s'élève-t-il qu’à 15, décrites' en 1820 par le célèbre Robert Brown. En 1823, le capitaine, actuellement général Sabine, en rassembla 24, que sir W. Hooker prit le soin de déterminer. Le même botaniste a fait connaître tes 50 espèces récoltées par Parry en 1827, pendant son séjour au nord du Spitzberg. Sommerfclt a ensuite dénommé 42 espèces rapportées la même année par Keilhau du Spitzberg méridional et de rile de l’Ours. En 1838 et 1839, un botaniste danois, M. Vahl et moi, avons recueilli à Bell-sound, à Magdalena-bay et à Smeerenberg, 57 espèces. Le voyage de MM. Torell, NordenskiOld et Quennerstedt, en 1858, a enrichi la flore du Spitzberg de 6 espèces, et celui de la commission scientiflque suédoise, en 1861, de 21. M. Malmgrén, botaniste de l'expédition, en éliminant les doubles emplois ek distinguant les espèces confondues par ses prédécesseurs, porte , à 93 le nombre total des plantes phanérogames du Spitzberg.

Je ne parierai pas des cryplogaines, c’est-à-dire des mousses qui tapissent le fond des dépressions humides, et recouvrent les marais tourbeux. Je passe également sous silence les lichens, qui croissent sur les pierres jusqu’au sommet des montagnes, et résistent aux froids les plus rigoureux ; car la plupart ne sont jamais recouverts par la neige. M. Lindblom portait déjà le nombre de ces cryptogames à 152 avant les deux dernières expéditions suédoises. On voit que la loi émise par Linné sur la prédominance des cryptogames dans le Nord se- vérifie pleinement, et en additionnant les phanérogames avec les cryptogames, la somme totale des végétaux connus du Spitzbei^ s’élèverait à 245 espèces.

Le nombre des phanérogames du Spitaberg, qui ne monte qu’à 93, est extrêmement restreint. En effet, l'Islande, située sous le 65* degré de latitude, et dont la superficie est beaucoup plus petite, en renferme encore 402. En allant vers le sud, la proportion augmente rapidement, puisque l’Irlande, plus petite également que le Spitzberg, en nourrit 960. Les végétaux de cette lie sont donc les enfants perdus de la flore européenne, ceux de tous qui résistent le mieux au froid, ou plutôt, puisque la neige les recouvre en hiver, ceux qui peuvent vivre et flçurir avec la plus petite somme de chaleur.

Des 93 phanérogames du Spitzberg, une seule espèce est alimentaire : c’est le Cochlearia fenestrata, dont trois congénères, Corhlearia officimlis, C. danica et C. anglica, habitent les côtes de l’océan Atlantique. Ces plantes, renfermant un principe âcre et amer, sont employées en médecine comme antiscorbutiques, mais ne servent pas d’aliment. .Au Spitzberg, vu l’absence de chaleur atmosphérique, ces principes se développent si peu, que le cochlé.aria peut être mangé en salade, précieuse ressource pour les navigateurs ; car ses propriétés antiscorbutiques, quoique affaiblies, n’en subsistent pas moins, et préviennent une affection que |c froid, l'humidité, l'usage de viandes salées

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