‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 40 sur 210 · I.E SPITZBERG · texte numérisé non relu

I.E SPITZBERG

hiver, ces aniin.'iux jeûnent, et leur faim est telle, qu’ils s’attaquent à tout. Quand Behring fit naufrage sur les lies du détroit qni porte son nom, les renards bleus cherchaient à arracher les semelles des bottes aux hommes endormis, et sur l’ile Jan-Maycn, MM. Vogt et Berna étaient obligés de défendre contre eux, à coups de fusil, leurs habits et leurs provisions.

Un seul petit rongeur, le campagnol de la baie d’Hudson, habite le Spitzberg. Sa robe d’hiver est blanche, celle de l’été variable ; il représente au Spitzberg le lemming de Norvège, si célèbre par ses migrations.

Le renne sauvage, ou le cerf du Nord (Cervustarandus,L.), n’est pas trt!s-rarc au Spitzberg. En été, il trouve sur les bords de la mer l’herbe qui est sa nourriture normale et habituelle, et -en hiver il gratte la neige, sous laquelle il découvre des lichens et des mousses ; mais il maigrit alors prodigieusement, pour engraisser de nouveau pendant la belle saison. Le renne est le seul animal du Spitzberg dont la chair soit à lu fois agréable et nourrissante; elle a beaucoup d’analogie avec celle du chevreuil. Le renne suflit à tous les besoins des Lapons, dont l’existence repose uniquement sur les nombreux troupeaux qu’ils parquent en été dans les lies ou promènent sur les montagnes de leur pays , tandis qu’ils les rassemblent en hiver autour de leurs villages, où la terre produit abondamment des lichens, qui la recouvrent de leurs plaques couleur de soufre. En hiver, le renne retrouve sous la neige ces lichens ramollis par l’eau qui filtre, en automne et au printemps, sous les neiges fondantes : leur tissu coriace, devenu tendre, est plus aisément broyé par les molaires de l’animal. .\u Spitzlicrg, les rennes ne se montrent pas par grandes troupes, mais par petits groupes isolés; ils sont très-craintifs, très-sauvages, et se laissent difficilement approcher : aussi est-il rare qu’on en tue beaucoup à la fois. Le renne n’a d’autre ennemi que l’ours blanc ; mais celui-ci ne chasse guère sur la terre ferme, et il ne pourrait atteindre que par surprise un animal

K.VIÏNE. — MAMMIKÈUES.

aussi luétiaiit et aussi rapide ii la course que le cerf du Nord.

Dans les conlrties boréales, la mer est toujours plus peuplée que la terre. Celte règle n’est pas en défaut pour les mammifères. Quatre seulement sont terrestres, mais douze sont marins. Parlons d’abord des phoques ou chiens marins. Vivant de poissons, ils se rapprochent par leurs mœurs des carnassiers amphibies, tels que les loutres, dont l’aspect et l’organisation extérieure sont ceux des carnivores ordinaires. Les phoques forment la transition entre ces animaux et les cétacés. Leurs membres, en forme de rames, ne leur permettent pas de se mouvoir à terre ; ils ne peuvent que se traîner péniblement, mais ils plongent et nagent admirablement à l’aide des membres postérieurs qui, placés dans le prolongement du corps, rappellent par leur position et par leur forme la queue des cétacés, tels que les dauphins et les marsouins. Trois espèces de phoques habitent les cAtes du Spilzberg (1), et vivent de poissons, de mollusques et de crustacés. Ils se tiennent en général dans les baies tranquilles, oii la nourriture est plus abondante, qt c’est là que tous les ans des pécheurs rhsses cl norvégiens leur font une guerre implacable. Nul animal ne mérite moins cette persécution. On ne le poursuit que pour s’emparer de sa peau et extraire l’huile de sa graisse ; lui-méme, paisible et inoffensif, essaye de se rapprocher de l’homme ; ses grands yeux, d’une douceur incomparable, semblent implorer sa bienveillance, ou du moins sa pitié. Lorsque je passais des heures entières devant le glacier de Magdalena-bay pour prendre la température du fond de la mer, un phoque arrivait chaque fois ; il nageait autour de l’embarcation, élevait sa tête au-dessus de l’eau, et paraissait vouloir deviner à quelle occupation se livraient les êtres, nouveaux pour lui, qui troublaient sa solitude. .le me gardais bien de l’effaroucher, et il s’approchait tous les jours davantage. Il dut croire que

(1) Phoca barbata, Kabr. ; P. 7rûrn(otidii’o, Kabr. ; P. /lispida, Endebeii (P. fntidn, Fabr.%

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