‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 41 sur 210 · I.1-; SlMTZnKKG · texte numérisé non relu

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l’homme n’esl pas un animal mulfaisant ; devenu coniiant, il voulut contempler la corvetle de trop près, et fut tué d’un coup de fusil. Nous quiltAmcs la baie de la Madeleine quelques jours après, et je n’eus pas le temps de regretter cet animal qui venait par sa présence animer ces eaux glaciales, et abréger les longues heures que les exigences de la physique me forçaient à passer avec quelques matelots devant la muraille de glace qui terminait la baie. Il s’agissait de savoir si l’eau de mer descend au-dessous de la température de zéro sans geler. Quelques chiffres sont le résultat définitif de ce long et pénible travail. Je me figure que le phoque aurait bien ri, s’il avait su pourquoi cet homme venu de si loin se morfondait si longtemps dans une embarcation, devant un glacier du Spitzberg.

En hiver, le phoque est exposé à d’autres daugere : les fiords gèlent, et le besoin de respirer l’amène dans le voisinage des trous et des intervalles que la croûte de glace présente de loin en loin. Mais quand il veut émerger hors de l’eau, l’ours polaire est là qui le guette et le saisit avec sa formidable griffe ; le phoque plonge de nouveau, heureux s’il rencontre un autre trou par lequel il puisse sortir la tète hors de l’eau et respirer un moment. S’il ne trouve pas d’ouverture dans le voisinage, il meurt dévoré par l'ours ou asphyxié sous la glace.

Certaines espèces de phoques ne sont pas sédentaires, mais naviguent sur les bancs de glaces flottantes que les vents et les courants poussent dans toutes les directions sur la mertllaciale. Ainsi M. Torell a vu des troupeaux de phoques du Groenland (Phoca groenlandica) sur des glaces flottantes, entre l’ile de l’Ours et le Spitzberg. Dans cette dernière île, le phoque du Groenland manquait totalement, tandis que le phoque à moustaches ( Phoca boibata) était très-commun : il se tenait sur la glace qui remplissait les baies et les fiords ; mais quand celle-ci fut entraînée en juillet vers la pleine mer, ce phoque émigra à son tour, et l’on ne rencontrait plus que le phoque fétide.

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Le morse. ou vache marine [Tricitcchus rosmarus] est un autre animal appartenant à la même famille quç les phoques. C’est un de ces êtres que l’homme du monde appelle difformes, parce qu'ils ne rentrent dans aucun des moules auxquels nous attachons actuellement l’idée de beauté : sa tôte, à peine séparée du corps, porte deux énormes canines recourbées on arrière, qui sortent de sa gueule. Son corps cylindrique atteint quelquefois 5 mètres de long et Z mètres de circonférence. Ses membres ressemblent à ceux des phoques. A terre, vu le poids de son corps, le morse se meut encore plus difficilement que le phoque, mais il nage admirablement, vit par troupes sur les côtes, ou navigue sur Ifcs glaces llottantes. Il se nourrit de mollusques, parmi lesquels deux coquilles bivalves {^ya truncata et Saxicaoa rugosa) forment la base de son alimentation, On ne se hasarde guère à attaquer les morses à la mer, car ils se défendent mutuellement, attaquent les embarcations, et les font chavirer en se suspendant du même côté à l’aide des longues canines dont leur mâchoire supérieure est armée. C’est à terre, où ils peuvent*" à peine se traîner, que l’homme les tue lâchement à coups de lance et de harpon.' Leur peau, qui sert à faire des soupentes de carrosses, leurs dents, l’huile de leur graisse, sont les produits qui allument la cupidité des chasseurs. Aussi les morses sont-ils devenus rares sur les côtes occidentales du Spitzberg. Je n’en ai vu qu’un seul qui naviguait endormi sur une glace flottante. Un coup de fusil le réveilla, mais il n’avait pas été blessé, et disparut immédiatement sous les flots. Ces animaux sont plus communs sur la côte orientale du Spitzberg, qui est habituellement bloquée par les glaces. Dans les années où cette banquise se rompt, les chasseurs se rendent dans ces parage.s; les morses se sont multipliés en paix, et l’on en fait un horrible massacre.

Tous les .autres mammifères marins du Spitzberg appartiennent à la famille des Cétacés. Extérieurement, ces animaux ressemblent aux poissons, dont ils diffèrent néanmoins radicale-

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inenl : car ils metleiit au inoiule des petits vivants que la mère allaite pendant longtemps; ils respirent par des poumons, et n’ont que deux nageoires, ou plutôt deux rames pectorales dont la structure est celle des membres antérieurs d’un mammifère, et non d’un poisson. Sur le dos on remarque souvent une nageoire dorsale. l,es membres postérieurs manquent complètement. La queue, ordinairement fourebue, est borizontale,et non verticale comme celle des poissons: c’est un puissant instrument de locomotion, qui agit à la manière de l’hélice des bateaux à vapeur. Chez la plupart des cétacés, la tête égale le quart ou même plus de la longueur de l’animal, et tous ceux dont nous allons parler sont connus des naturalistes sous lertom de Cêtaers H)uf fleuri Ils portent en effet îi la partie postérieure et supérieure de leur tête une ouverture qui communique avec rarrière-boucho et les fosses nasales; ces animaux expulsent avec force par cette ouverture l’air qui a pénétré dans leurs poumons ou l’eau qui remplit leur gueule. Dans ce dernier cas, un jet s’élance audessus de leur tête. De loin on reconnaît les baleines à ce jet d’eau, qu’on a vu s’élever à la hauteur de 12 mètres. Tous ces cétacés sont carnivores, et leur bouche est garnie de dents similaires et pointues, ou de fanons, appelés vulgairement baleines.

Commençons par les dauphins, qui sont relativement les plus petits des cétacés. Le dauphin blanc, ou béluga {Iklplnnaplems leucai, Pallas), est un animal d’nn blanc sale, de ti à 6 mètres de long ; il nage en faisant des culbutes dans l’eau à la manière des marsouins, et en soufflant avec force pour rejeter l’air par l’évent qui s’ouvre verticalement au-dessus du museau; il n’a point de nageoire dorsale. Deux d’entre eux passèrent un jour près d’une embarcation dans laquelle je me trouvais avec quelques matelots; ^ nous comprîmes tous qu’un seul coup de leur puissante queup aurait suffi pour la faire chavirer.

L’épnulard, ou dauphin gladiateur, /iulzkopf (\es ILdIandais {Phoarna orett, Cuv.), est un marsouin dont la nageoire dorsale

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ressemble à un sabre; il atteint 6 à 8 mètres, et vit en troupes qui, dit-on, attaquent la baleine. Il nage avec une telle rapidité, qu’il est impossible de le harponner : on le tue à coups de fusil.

Les narvals-licornes (1) sont de grands cétacés longs de 4 à 6 mètres, armés d’une dent mesurant de 2 à 3 mètres, qui s’avance au delà du museau, dans le prolongement du corps. Cette dent unique devr.-yt être double, mais l’une avorte presque toujours, l’autre se développe seule ; elle est fusiforme, contournée en spirale et d’une consistance éburnée, comme celle que la

Fable a placée sur la tête de l'animal fantastique appelé licorne.

Chez la femelle, les deux dents avortent et ne font pas saillie hors de leur alvéole. .Malgré la redoutable lance dont le narval est armé, c’est un animal inotïensif, car il se nourrit de petits poissons et de mollusques. Un autre cétacé qui se rapproche des baleines est l’hyperoodon à bec {Hyperoodonborenlis. Nils, H. ros- Iraiiis, Wesm.) ; il n’a point la dent du narval, mais simplement un museau proéminent. C’est un animal qui ne dépasse jamais 8 mètres de longueur, et dont la peau est d’nn noir uniforme sur tout le corps. La nageoire dorsale s’élève au commencement du tiers postérieur du corps. Les dents sont à peine visibles et tombent de bonne heure; la langue est soudée à la mâchoire inférieure. Cet .animal se nourrit également de poissons, de mollusques et d’holothuries.

On a souvent fait observer que les plus grands animaux de la création sont les cétacés des mers polaires en général, et les baleines en particulier. Deux espèces fréquentent habituellement les parages du Spitzberg. La première est le gibbar ou rorqual du Nord [üaUenoptera boops, L.). C’est le plus long des animaux, car il en est qui mesurent 34 mètres de la tête à la queue, et la plupart en ont 25 à 30. Mais sa grosseur n’est pas propor-

(I) Monodon monoteros, L. '

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