I.K S1MT/.BE H(i
Kaflin, oii les baleiniers vont les cherclier actuellenienl jusque sous le 78* degré de latitude, dans les détroits de Lancastre et de Melville.
oiseaux.
En été, le nombre des oiseaux qui hantent le Spitzberg est incalculable, mais la liste des espèces est fort courte : elle ne s’élève pas au-dessus de 22, dont deux seulement sont des oiseaux terrestres; les autres sont des oiseaux marins ou aquatiques. Une seule espèce, le lagopède du Nord, n’émigre pas; tous les autres sont de passage.
OISEAITX Dr SriTZBEDG.
Passereaux. Eniberiza nivalu, !..
GALUSACte. Lagopus hyperborea (Telrao lagopus, L.J.
Echassiers. Charadrius hialicula, L.; Triiiga marilima, Bruiin. ; Phalaropus fulicarius, L.
Palmipèdes. Sierna arctica, Temm.; Larus oburneus, Phipps; L. tridactylui, L. ; L. glaucus, Bninn. ; l.cslris parasitica, Nils. ; Procellaria glacialis , L.. ; Anser bcrnicla, L. ; A. Icunopsis, Bcclisl. ; A. segetura, Omel. ; Aiias gladalis, L. ; Somateria mollissima, L. ; S. spcclabilis, L.; Colynibus seplentrionalis, L. ; l'ria grylle, L. ; U. Bninnicliii, I..; Aléa aile, I,.; Mormon arclicus, !..
Si le nomlire des espèces est resireint, celui des individus est tellement considérable, que leur présence anime les côtes silencieuses et désolées du Spitzberg. Au premier abord, on a de la peine à se rendre compte (le ce prodigieux concours. La terre est couverte de neige, la végétation très-pauvre ; les insectes, au nombre de la espèces seulement. Un jietit nombre de marais tourbeux entre les montagnes et la mer ne nourrissent ni vers, ni molluscjues, ni poissons, mais la mer fourmille d’animaux, surtout de mollusques et de crustact'*s.
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FAUNE. — OISE. Al X.
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Ici le nombre tics esj)«ices est également limité; on ne connait que 10 esjièces de poissons sur les côtes du Spilzberg. Le merlan polaire est le plus commun de tous.
Un grand nombre d’oiseaux marins, qui l'iiiver habitent nos côtes, vont pondre au Spitzberg, où ils sont sûrs de trouver une nourriture abondante et la paix. Tous ne pondent et ne couvent pas indifféremment sur tous les points de la côte. Les uns, tels que les oies, se plaisent sur les rivages de la grande terre; les autres, comme les eiders et le stercoraire, affectionnent les petites lies basses et semées de llaques d’eau ; la plupart se réfugient sur les rochers qui surplombent directement la mer, et leur nombre est tel, que ces rochers sont connus sous le nom de montagnes d’oiseaux {Votjelherge). Les escarpements de ees rochers, formés d’assises en retraite les uns derrière les autres, semblables aux galeries et aux loges d’une salle de spectacle, sont couverts de femelles accroupies sur leurs œufs, la tête tournée vers la mer, aussi nombreuses, aussi serrées que les spectateurs dans un théâtre le jour d’une première représentation. Devant le rocher, les mâles forment un nuage d’oiseaux s’élevant dans les airs, rasant les flots et plongeant pour pécher les |)ctits crustacés qui constituent la principale nourriture des couveuses. Décrire l’agitation, le tourbillonnement, le bruit, les cris, les coassements, les siUlements de. ces milliers d’oiseaux de taille, de couleur, d’allure, de voix si diverses, est complètement impossible. Le chasseur, étourdi, ahuri, ne sait où faire feu dans ce tourbillon vivant ; il est incapable de distinguer, et encore moins de suivre l’oiseau qu’il veut ajuster. De guerre lasse, il tire au milieu du nuage. Le coup part ; alors le scandale est au comble : des' nuées d'oiseaux perchés sur les rochers ou nageant sur l’eau s’envolent à leur tour et se mêlent aux autres; une immense clameur discordante s’élève dans les cieux. Loin de se dissiper, le nuage tourbillonne encore plus. Les cormorans, immobiles auivaravant sur les rochers à fleur
l.F. SlMTZItFlt(i.
tl’cau, s’aniteiU bruyamment ; les biromlelles de mer volent en cercle autour de la tête du chasseur et le frappent de l'aile au visage. Toutes ces espèces si diverses, réunies pacifiquement sur un rocher isolé au milieu des vagues de l’océan Glacial, semblent reprocher à I tiomme de venir troubler jusqu’au bout (lu inonde la grande œuvre de la nature, celle de la reproduction et de la conservation des espèces animales. Les femelles seules, enchaînées par l’amour maternel, se contentent de mêler leurs plaintes à celles des mâles indignés; elles restent immobiles sur leurs œufs, jusqu’à ce qu’on les enlève de force ou qu’elles tombent frappées sur ce nid qui recèlait les espérances et les joies de la famille.
Les oiseaux ne sont pas rangés au hasard sur les corniches des rochers. Dans une salle de spectacle, la richesse établit entre les spectateurs une classification qui serait probablement fort différente, si elle était fondée sur le goût ou l’intelligence ; de même, sur un Vogclberg, les espèces ornithologiques ne sont point mêlées confusément. Il en est où domine le pétrel du Nord {Procellaria glacîalis), le plus hardi des oiseaux de mer. .M. Malmgrén a vu un rocher de ce genre par 80° 2W. Les guil- Icmots à miroir {i’ria grylle) occupaient les assises inférieures ; les pétrels, les gradins intermédiaires, sur une hauteur de 250 mètres, et en haut était la mouette à manteau gris. Sur un autre rocher, c’était la mouette blanche {Lanis eburneus) qui formait la majorité ; plus haut était la mouette à trois doigts, et enfin, comme précédemment, la mouette à manteau gris. Sur certains rochers, ce sont les pingouins (A Ica aile) qui garnissent toutes les saillies jusqu’à la hauteur de 30 à 60 mètres; au-dessus, c’est le guillemot à miroir (Uiia grylle) en grand nombre ; ensuite le macareux du Nord [Mnrnion arcticus), et enfin le petit guillemot (Uria /irutmicin'i), qui se trouve au Spitzberg on troupe.^ innombrables.
Sur ces rochers verticaux, les oiseaux sont à l'abri des pour-
F. aine:. — OISKAVX.
suites de leur plus cruel ennemi, le renard bleu, aussi friand des œufs que des mères. Il n’en serait pas de même pour ceux qui nichent sur les lies basses que la glace unit au continent; les eiders le savent si bien, qu’ils ne s’y établissent jamais, tant que l’ile n’est pas entièrement entourée d’eau : sans cela toutes les femelles deviendraient la proie des renards. En effet, le nid est au niveau du sol, creusé dans le sable et tapissé du précieux duvet que nous connaissons sous le nom d’édredon. La femelle arrache ces plumes de.son propre ventre. L’homme exploite cet instinct de la femelle de l’eider. Sur toute la côte de Norvège, les lies où les eiders viennent couver sont des propriétés d’un prix élevé. Un gardien logé sur l’ilot protège les eiders, qui ne craignent pas de faire leur nid jusque sous le seuil de sa maison. Tirer un coup de fusil dans une de ces îles, est un acte puni d’une forte amende. Le gardien enlève par deux fois l’édredon qui tapisse le nid, après avoir éloigné doucement 1a femelle; mais lorsque pour la troisième fois elle arrache le duvet de son ventre, il la laisse achever en paix sa couvée, car il sait qu’elle reviendra l’année suivante lui apporter un nouveau tribut.
Les palmipèdes dominent parmi les oiseaux du Spitzberg précisément parce qu’ils vivent tous d’animaux marins. Les trois seuls échassiers, le sanderling, la maubèche noirâtre et le pharlarope, vivent au bord de la mer et près des petits étangs. Les deux premiers se nourrissent d’une larve de diptère très-commune dans la mousse, d’une espèce de lombric, ou de petits crustacés flottant à la surface de la mer, près du rivage ; le troisième recherche une petite algue sphérique qui parait être un nostoc. Aucun oiseau insectivore ne pourrait subsister au Spitzberg, où il n’y a ni coléoptères, ni lépidoptères, ni bémiptères, ni orthoptères.
Le lagopède, le bruant des neiges et les trois espèces de bernaches sont les seules espèces berbivorcs; aussi ces oiseaux sont-ils* rares, sauf la bernachc cravant (.laser bernictn). Le
ai. VAiiTiss. s
LE SPITZUERU.
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lagopède hiverne au Spitzborg, et son existence pendant les grands froids est un problème, comme celle du renne. Parmi les palmipèdes, les mouettes ou goélands jouent le rôle d’oiseaux de proie ; ce sont eux, en effet, qui se nourrissent spécialement de poissons, dépècent les cadavres des cétacés, et s’abattent en nombre immense sur la peau de la baleine amarrée lelongdu navire, pendant qu’on la dépèce. Le stercoraire (/>s/ri's parasilica) s’attaque aux autres oiseaux, les force à vomir la nourriture qu’ils ont avalée, et la saisit en l’air pendant qu’elle tombe. Les pétrels vont cberchcr leur proie en pleine mer et suivent souvent les navires. Les autres oiseaux nagent à la surface des eaux et plongent pour y trouver leur subsistance ; ce sont eux qui animent les côtes du Spiizberg. D’abord familiers, ils ne fuient pas à l’approche de l’homme: les guillemots tournent autour (les embarcations, les hirondelles de mer effleurent la tête des rameurs de leur vol rapide ; mais les premiers coups de fpsil mettent fin à ces familiarités, et au bout de quelques jours ces oiseaux si confiants deviennent sauvages et craintifs comme ceux des pays civilisés.
PolMODR et «nlmaax lovcrtPbréa.
Je n’insisterai pas sur les autres classes du r('>gne animal, j’en ai déjà parlé incidemment à propos des animaux inférieurs dont se nourrissent les cétacés. Sous ce rigoureux climat, c’est toujours la même pauvreté en espèces et la mêmé richesse en individus. Il n’existe pas un seul reptile au Spitzberg. Les poissons, appartenant à dix espèces de scorpænoïdes, de blennies, de saumons et de morues, deviennent de moins en moins communs, à mesure qu’on s’avance vers le nord; le merlan polaire (1) est le seul qui soit abondant.
(1) Mei langus polaris. *
FATNE. — ANIMAUX INVERTÉBRÉS.
Les mollusques côtiers sont rares. M. Torell n'a observé que la lÀUorina grœnlandita, mais certaines espèces pélagiques sont très-répandues, en particulier un ptéropode, laclio boréale, qui sert de principale nourriture au.x baleines; et d’autres mollusques appartenant à la classe des acéphales, des gastéropodes et des brachiopodes. Je donne en note la liste de celles que M. Torell a signalées (1); toutes se retrouvent dans les dépôts glaciaires de la Suède.
Quand on explore le rivage au Spitzberg, il semblerait que la mer ne nourrisse aucun crustacé ; mais si Ton ouvre le gésier d?s oiseaux marins, on le trou\ e rempli des débris de ces animaux, et l'on est forcé d’en concl \re que les crustacés abondent dans la mer Glaciale. M. Gœs énumère six espèces faisant pai lie d’une seule famille, celle des Crustacés décapodes à yeux j)édonculés (2), famille à laquelle appartiennent les crabes, les bernard-rerniitc et les gécarcins. *|
Nous avons déjà dit qu’il n’existe que quinze espèces d’insectes au Spitzberg : savoir, quehiues espèces de Ibysanoures, de.s diptères, des hyménoptères, et une espèce de phrygane, nu névroptère. Les arachnides sont représentées par quatre ou cinq espèces d’/tcar««.
Les animaux inférieurs appartenant à la classe <les rayonnés ne sont pas encore bien connus; mais on sait iju’il s’y trouve des étoiles de mer, déjà figurées par Frédéric Martens; des méduses et deshéroés, (|ui,dans certains parages, sont tellement nombreuses, que la couleur de l’eau de mer en est changée et passe du bleu au vert jaunâtre, suivant le témoignage de
(1) .1/ÿa Ininrala, Saxicava rugo'a, Peclen isiani/icus, Cordium groeulanclkum. .ireo glacialis. Aslarte corrugata, Uda pernula, Yoldia arclira, yalicn claiisn, .V. Juhnslonii, Tritonium norvegicum, T. cyaneuin, T. cla- Ihralttm, Trichntropis borealis, Ttrebraic!''i Spilibe’ gémis.
(2) llyas araneus, L. ; Pagurus puiescens, Kroey ; Hippolyle Gaimardi, M. Edw. ; H. Phippsi, Kroey; fl. Sowerbyi, Learli, et II. polaris, Soi).
l.K SPITZnERti.
Scorosby, qui a navigué des heures entières dans cette eau verte ou green-irnter, comme il l’appelle liii-mémc.
Ici se termine notre tableau physique du Spitzberg. Dès le commencement nous avons dit que cet archipel était l’image 'd’une époque géologique antérieure à la nôtre, celle où une partie de l'Europe et de l’Amérique dormait ensevelie sous d'immenses glacière semblables à ceux qui remplissent actuellement les vallées du Spilzberg, et couvrent les plaines du Groenland. Les blocs erratiques de l’Allemagne septentrionale, les roches polies et striées de la Scandinavie, de la Finlande, de l’Écosse et du nord de l’Amérique, sont les témoins muets de cette ancienne extension de la calotte des glaces polaires. Les plantes arctiques qui végètent encore dans les marais et sur les hautes montagnes de l’Europe en sont les preuves vivantes. Les animaux, à leur tour, démontrent cette ancienne extension. Ainsi, déjà en 18à6, Edward Forbes prouvait que les coquilles qui sc trouvent dans le terrain erratique, en Écosse, dans le nord do l’Angleterre, en Irlande et dans l’ile de Man, étaient des coquilles appartenant à des espèces arctiques inconnues actuellement dans les mers qui baignent les côtes d’Angleterre, niais vivant la plupart sur celles du Labrador. La mer qui entourait l’Angleterre avait une température inférieure à sa température .actuelle. A cette époque les lies Britanniques n’étaientpas encore complètement émergées, et se reliaient à l’Islande et au continent européen. En Suède, on trouve des couches fossilifères qui atteignent quelquefois une épaisseur de 12 mètres, et sont à 200 et mémo à 250 mètres au-dessus de la mer. Celles d’Udevalla, près de Gothembourg, sont les plus célèbres ; les coquilles qu’elles contiennent dénotent des eaux aussi froides que celles qui baignent les côtes du Groenland occidental. En Uussie, MM. Murchison et de Verneuil ont trouvé, sur les bords de la Dwina, des lits de coquilles arctiques. En Amérique, à l’embouchure (lu Saint-Laurent, on a reconnu des espèces identiques
KPOyiE (ÎLAOIAIKI-:.
avec celles qui appartiennent à la période glaciaire de la Suède. Une espèce très-commune dans les mers arctiques, la Mijatruncata, se trouve à l’état fossile dans les couches les plus récentes , de la Sicile, mais l’animal a disparu complètement de la Méditerranée. Un savant suédois que nous avons nommé parmi les explorateurs du Spitzberg, M. Torell, a fait l’énumération de ces coquilles arctiques trouvées dans les couches les plus superflcielles de l’Angleterre et de la Suède, et les a comparées lui-méme avec les individus vivants des régions arctiques en général et du Spitzberg en particulier (1).
Nous avons vu qu’un certain nombre de plantes se sont maintenues dans l’Europe moyenne, après le retrait des grands glaciers. Certaines espèces animales nous présentent le même phénomène. Dans les mers qui entourent les lies Britanniques, on pèche à des profondeurs de 160 à 200 mètres des mollusques qui ne vivent plus actuellement que dans les mers arctiques; plusieurs sont même identiques avec ceux qui se trouventdans les couches de l’époque glaciaire, connues sous le nom de drift, en Écosse et dans le nord de l’Angleterre. La couche superficielle du sol appelée lehm dans la vallée du Rhin, entre Bftle et Strasbourg, nous a également conservé des coquilles d’//e/ix qu’on ne rencontre vivantes que sur les sommets des Alpes. Pendant la période où la plaine suisse était recauverte d’un vaste manteau de glace qui refroidissait toutes les contrées voisines, ces escargots pouvaient vivre et se multiplier dans la vallée du Rhin; actuellement ils ne retrouvent que sur les hautes montagnes le climat qui convient à leur organisation.
Il est des faits encore plus surprenants : un naturaliste suédois, M, Lovén, a péché par de grandes profondeurs, dans les
(I) Voici les noms de queli|ucs-uiies de ces espèces: Pecten islandicus,
J rca glacialis, Terebratelta Spilibergtnùs, Yoldia arclica, Trilonium gracile, j'richulropis borealis, Piliscus probus, Scalaria Eschrichtii.
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