‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 46 sur 210 · DE LA LAPONIE · texte numérisé non relu

DE LA LAPONIE

C’est le 13 août 1838 que je partis de Hammerfest pour visiter le cap Nord. Deux embarcations contenaient la plupart des ofii> ciers de la corvette la Kecherche, qui avait amené en Laponie et devait eonduire au Spilzberg les membres de la commission scientifique du Nord. En sortant du port, nous entrâmes immédiatement dans le large canal compris entre les îles de Qualoe et de Sorde, et nous ne tardâmes pas à nous trouver presque en pleine mer. L’air était calme, et môme trop calme, car nous n’avancions qu’à force d’avirons, et tandis que la légère barque norvégienne glissait rapidement sur les eaux, la lourde chaloupe de la corvette avait peine à la suivre. Le soir, nous débarquâmes à Rolfsoe : c’est une île habitée .par quelques pécheurs. Nous y passâmes quelques heures pour laisser reposer les matelots fatigués, et j’eus le temps d’y ramasser quelques plantes de nos plaines et de nos montagnes, qui atteignent dans cet îlot leur limite septentrionale.

En quittant Holfsoe, nous nous dirigeâmes vers l’est pour traverser le Havoc-sund, étroit canal qui sépare l’ile de Havoc de la dernière pointe du continent européen. Un marchand, M. Ulich, dont le père avait reçu le roi Louis-l‘hilippe pendant son voyage en Laponie, demeure seul dans cette île solitaire. Sa maison blanche, avec des contrevents verts, est entourée de prairies et assise sur une petite éminence qui domine le rivage. U(' nombreux magasins Imrdont la mer, et les navires des pécheurs vicmienl y débarquer leur poisson, et prendre en échange des «lenrées de toutes sortes. A l’entrée du détroit se trouve une jolie église, où des prédicateurs ambulants célèbrent

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le culte luthérien pour les habitants d’alentour. Ceux-ci viennent en bateaux des points les plus éloignés de Tarchipel, assistent à l’oflice djvin, causent de leurs alTaires, et malheureusement aussi s’enivrent de liqueurs fortes. Ces églises et ces maisons de marchands, isolées sur une lie éloignée ou sur un promontoire désert, surprennent toujours le voyageur qui visite la Norvège pour la première fois. On ne comprend pas à quel commerce peut se livrer un marchand (jui habite la solitude ; mais ce marchand est, comme l’église, le centre commun de ces populations éparses. Les Lapons, pasteurs et nomades, errant pendant l’été sur la côte et dans les lies voisines avec leurs troupeaux de rennes, lui apportent les peaux et les cornes des animaux qu’ils ont sacrifiés pour se nourrir. Des Lapons sédentaires et pécheurs habitent au fond d’un fiord reculé, où ils vivent du produit de leur pêche, dont ils vendent le surplus. Les (fuecHS, ou métis de Lapons et de Finlandais, servent d’ouvriers.

Les Russes qui viennent d’.\rkhangel faire la pèche dans les eaux du Spitzberg et du cap Nord, et les Norvégiens qui se livrent à la même industrie, trafiquent avec lui. Ces marchands dispersés sur la côte achètent le poisson en détail et l’envoient aux négociants do Hammerfest et de Bergen, qui expédient des cargaisons de morue sèche dans toutes les parties du inonde.

De son côté, le négociant de l’ile de Havoe pourvoit au.\ besoins des pauvres populations qui l’environnent, et leur vend tous les objets nécessaires à leur'vie nomade.

M. LTich n’avait rien négligé pour embellir sa solitude : il cultivait un petit jardin ou il me montra des choux frisés, des choux-raves fort beaux, des pois qui avaient S décimètres de haut et qui donnent quelquefois des gousses mangeables, des carottes dont les racines atteignent la grosseur de l'index, des betteraves qui acquièrent le même volume, des laitues, du cresson, et des choux-lleiiis qui ne réussissent guère que. tous les cinq ou six ans environ Un ne s’en étoimera pas quand un saura

LE CAP SOKl) l)E LA LAPONIE.

que la température moyenne de l’année est de 1 degré centigrade au-dessous de ïéro; les températures des différentes saisons sont approximativement les suivantes :

‘ Hiver 8® Été.... + 6*

Prinleoips .... — 5® AuLomne -^2”

En hiver, le thermomètre descend quelquefois à — 15 degrés, mais rarement au-dessous ; en été, le maximum est en général de 15 degrés. La plus grande amplitude de l’oscillation thermométrique est donc de 30 degrés centigrades.

En face de la maison de M. Ulich s’élève un promontoire; c’est le plus avancé du continent européen. Le sommet est à 316 mètres au-dessus de la mer, mais il n’a ni la majesté ni la célébrité de celui qui porte le nom de cap Nord, et qui termine l'ile de Magerue, ta plus septentrionale de l’Europe. Sur les pentes de ce cap Nord continental, j’observai les plantes des environs de Hammerfest : des bouleaux blancs rabougris, le bouleau nain en abondance, et quelques bouquets du saule des Lapons. Au sommet se trouve un signal circulaire, formé de pierres entassées, et ressemblant à la base d’une tour. Les plantes phanérogames maient disparu de ce oap battu sans cesse par les vents qui viennent l’assaillir librement de tous les points de l’horizon ;• mais la terre était littéralement blanche de lichens : ils envahissaient tout le terrain et même les branc|ies desséchées des arbustes qui avaient essayé de s’y établir. Eet aspect me rappela le beau tableau par lequel Linné termine , ses prolégomènes de son Flora Lapponica : a La dynastie des palmiers règne sur les parties les plus chaudes du globe; les zones tropicales sont habitées par des végétaux frutescents ; .une riche couronne de plantes entoure les plages de l’Europe méridionale ; des troupes de vertes graminées occupent la Hollande et le Danemark; de nombreuses tribus de mousses se sont cantonnées dans la Suède; mais ce sont les algues blalardes ou les blancs lichens qui végètent seuls dans la froide

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