LE CAP NORD DE LA LAPONIE
(le grandes ondulations de terrains uniformes, peu accidentés, séparés par des lacs ou des bas-fonds marécageux : tout est froid, immobile, désolé. Tandis que le calme régnait dans la belle prairie que j’ai décrite, un vent du nord furieux balayait le plateau du cap et nous empêchait presque de marcher. Nous avançâmes néanmoins et parvînmes jusqu’à l’extrémité. .Jamais je . n’oublierai la sombre grandeur du spectacle qui s’offrait à mes yeux. Devant nous s’étendait l’océan (îlacial, dont les limites sont au pôle, s’agiUuit au-dessous d’une épaisse couche de nuages qui semblaient peser sur lui ; à gauche, une pointe de terre’ longue et basse bordée d’écume; à droite, quelques Ilots, sans nom. Quand je me penchais sur le bord du précipice qui termine le cap, je voyais la mer se briser au pied de l’escarpement à une profondeur de 1000 pieds au-dessous de moi.
De cette hauteur, les lames énormes venues en ligne droite du Groenland, du Spitzberg ou de la Nouvelle-Zemble, ne formaient, en se brisant, qu’un mince liséré d’écume, comme feraient les rides d’un petit lac poussées doucement vers le rivage par un léger souffle de vent.
Le sommet le plus élevé du cap Nord est, d’après mes observations, à 308 mètres au-dessus de la mer; il est surmonté d’un petit rocher sur lequel les voyageurs gravent leur nom. J’y lus avec respect celui de Parrot, célèbre par ses voyages dans les Alpes, l’Ararat et le Caucase. Môme ce dernier rocher n'est pas dépourvu de toute végétation : de petites plaques circulaires de parmélres et d’ombilicaircs noires comme la roche s'étaient attachées à elle, et une mousse microscopique {Orlhulrichum Floerkianum) se cachait dans les fentes. Sur le plateau, il y avait aussi quflques plantes souffreteuses, dépouillées par les vents, couchées sur le sol, ou cherchant un abri derrière les plis du terrain qui pouvaient les protéger contre les rafales continuelles qui balayent le cap Nord.