ASTRONOMIE, ÉTOILES FILANTES
L’utilité d’un observatoire astronomique ne pouvait être mise en doute. Il était indispensable, en effet, de déterminer trèsexactement la latitude de Bossekop en prenant un grand nombre de hauteurs du soleil et des étoiles. La longitude ou la différence entre les méridiens de Paris et de Bossekop a été fixée rigoureusement à l’aide des excellents chronomètres que l’expédition avait emportés et en comparant la position de la lune à celle des étoiles qui l’avoisinent. La longitude et la latitude étant ainsi déterminées, cet observatoire servira de point de départ pour foutes les opérations géographiques ou hydrographiques qu’on exécutera par la suite dans le Finmark occidental.
L’aspect du ciel boréal était un spectacle nouveau pour des astronomes français. L’étoile polaire, qui, à Paris, est à 69° audessus de l’horizon, semblait occuper le zénith. Une foule de constellations qui, pour nous, se couchent chaque soir, restaient visibles foule la nuit, tandis que celles qui sont voisines de l’équateur s’élevaient à peine au-dessus de l’horizon du côté du midi. Ainsi Sirius, cotte grande étoile qui, en hiver, brille sur le ciel de Paris, se montrait seulement pendant quelques instants ou dessus de |a noire silhouette des montagnes. F-n
.ASTRONOMIE, KTOll.ES FII..VNTKS, J39
RUtomnc, les observateurs furent témoins d’un curieux phénomène. Tout le monde sait que la lune se lève toutes tes nuits environ trois quarts d’heure plus tard que la veille; mais en septembre, dans {es contrées boréales, la pleine lune se lève au contraire quelques instants plus tdt que le jour précédent. Comme cette époque coïncide en Écosse avec la récolte des céréales, la pleine lune de septembre y est connue sous le nom de lune de$ moitson»,
Bossekop étant situé sous le 70<^ degré de latiluUe, nos savants virent le soleil décrire au-dessus de leur horizon des arcs de plus en plus petits: enfin, le 17 novembre, à midi, on n’aperçut que la partie supérieure de son disque, et le jour suivant il ne se leva plus. Seulement, aux environs de midi, une lueur, dont l’éclat diminuait chaque jour, paraissait dans la direction du sud. Vers le solstice d’hiver (21 décembre], cette lueur ne jetait plus qu’une clarté douteuse, et tout le pays resta plongé dans une éternelle nuit. .\u commencement de janvier, la lueur reprit un peu d’éclat, et le 30 du même mois les acclamations unanimes des habitants placés aux fenêtres ou. sur les lieux élevés saluèrent le retour de l’astre si impatiemment attendu. Ce jour-lè tout travail est suspendu ; on se félicite, on danse, on boit è la résurrection du soleil. Alors aussi se vident les nombreuses gageures et les interminables discussions. dont les montres cl les pendules ont fait les frais pendant tout l’hiver. En effet, le soleil ne paraissant plus, il devient impossible de régler les horloges ; il faut sc der à la régularité de leur marche. Or, chacun vante son échappement et dénigre les autres. Cette confiance va si loin, qu’un habitant de Hammerfest ne craignit pas d’opposer les assertions d’une horloge de la forêt .Noire au témoignage unanime des chronomètres de la commission. Le moment oii le soleil parait est un instant décisif qui lève tons les doutes, et les aiguilles trop éloignées de midi sont convaincues de mensonge. A partir de cc| instant,
110 TN HIVERNAUF. SClENTIFiyUE EN I.APOME.
le soleil s’élève chaque jour de plus en plus, et finit par ne plus se coucher. Vers minuit, l’astre s’approche de l’horizon ; mais, au lieu de se plonger dans la mer, ou de disparaître derrière les montagnes, il se relève aussitôt, et recommence à décrire un nouveau cercle. Aussi, pendant l’été, un jour éternel règne-t-il en Laponie, jour aussi fatigant que la longue nuit qui lui succède est triste et monotone.
Depuis un certain nombre d’années, les étoiles filantes ont attiré l’attention des astronomes. En cherchant à estimer leur nombre, on a découvert certaines époques fixes où elles sont plus fréquentes qu’à d’autres. Les nuits du 13 et du là novembre sont dans ce cas. Mais, pour rendre leurs observations plus utiles et plus complètes, nos météorologistes résolurent de se séparer. Ainsi, tandis que MM. Lottin et LilliehOok restaient à Bossekop, MM. Bravais et Siljestroem se rendaient à Jupvig, habitation d’un marchand située dans le fond de l’une des branches latérales du grand fiord d’Alten. Ils avaient ainsi le double avantage d’embrasser une plus grande portion du ciel, et de pouvoir calculer plus tard la hauteur de ces météores. Le 12 novembre, MM. Bravais et Siljestroem s’embarquèrent dans un petit bateau norvégien pour aller exécuter celte opération; le thermomètre était à 15 degrés au-dessous de zéro. D’abord le vent fut favorable ; mais bientôt il devint contraire, et ils eurent à combattre contre la houle. X chaque instant, leur canot embarquait des lames, et ils arrivèrent à Jupvig pénétrés par le froid, car l’eau de mer avait trempé leurs vêtements, et les avait recouverts, en se gelant, d’une couche de glaçons. A Jupvig, les maisons étaient ensevelies sous la neige; mais le marchand reçut les voyageurs avec cordialité, et ils trouvèrent bientôt le sommeil sous une épaisse couche d’édredon. Décidés à passer la nuit suivante en plein air, ils firent transporter une lente sur une éminence voisine, pour abriter relui des deux qui tour à tour devait tenir le crayon et