‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 56 sur 210 · CD. MARTIN · texte numérisé non relu

CD. MARTIN

146 ÜN HIVEKNAGE fiCI ENTI F lOUE EN LAPONIE.

s’él^ve davantage au-dessus de l’horizon. A peine est-il eouché, qu’elle se refroidit par rayonnenieuf, sans que rien vienne compenser ses pertes <le chaleur.

La marche diurne de la température étant réglée, dans nos climats, par celle du soleil, il était curieux de voir quelles sont les variations de celte tcm|)érature pendant les vingt-quatre heures, lorsque le soleil, toujours au-dessous de l’horizon, n’a plus qu’une très-faible influence sur la chaleur de l’atmosphère. En prenant la température moyenne des quarante jours de nuit qui ont précédé ou suivi le solstice d’hiver, on voit que sa variation horaire est de U dixièmes de degré seulement, tandis qu’elle s’élève à plnsieurt degrés pendant l’hiver de nos climats. De plus, le moment le plus froid de la journée étant à six heures du soir, le plus chaud à onze heures du malin, la marche diurne de la température est alors, comme on le voit, complètement indépendante de la marche du soleil, et s’explique par d’autres influences, générales ou locales, que l’analyse des observations permettra de déterminer avec quelque probabilité.

L’abseiu^ du soleil était favorable à un genre d'expériences dont l’intérôt n’est pas moins grand. A mesure qu’on s’élève dans ratmosphèiv, soit sur une montagne, soit en aérostat, on traverse des couches d’air de plus en plus froid«is, ou, en d’autres termes, la température décroît avec la hauteur. .Mais cette loi, vraie en général, n’est point sans exception : ainsi, pendant l’hiver, on a souvent signalé, dans les pays montueux, des interversions singulières de la temptirature ; il est arrivé qu’il faisait plus chaud au sommet qu’au pied d’une montagne. En est-il d,e même dans le voisinage du pèle? Lorsque le soleil parait sur l'horizon, les expériences sont peu concluantes; car les influences de la journée se prolongent dans la nuit, et altèrent les résultats. En outre, il faut choisir un moment on le temps soit stable et l’état du ciel uniforme. Selon que la brise était

nulle ou moiléréc MM. Lotlin cl Uravais se servaient tour à tour de ballons captifs ou de cerfs-volants. A ces appareils étaient fixés des Ibermométros à mnximn et à minima, c’est-hdirc des inslruiuciils qui conservent l indication des plus hautes et des plus basses températures auxquelles ils ont été soumis. Cos .«ondes aériennes, comprises entre i70 et A50 mètres d’élévation, ont montl-é que la température croissait, en général, avec la hauteur. La différence s’élevait quelquefois jusqu’à 6 degrés. En moyenne, l’accroissement a été de 1*,6 pour les fOO premiei-s mètres ; au delà de celte limite, le l)allon traversait des couches atmosphériques de plus en plus froides. Ce fait singulier peut s’expliquer ainsi. Sur le grand plateau do la Laponie, l’Iiiver est très- rigoureux, car le thermomètre y descend souvent à — AO degrés. Il en résulte que l’air y devient plus dense et plus pesant : il descend donc vers les côtes, sans quitter la surface de la ferre; de là le vent de sud-est si commun à Uossekop. Mais la mer étant plus chaude que le soi, un courant d’air ascendant s’élève au dessus d’elle, et coule vers la terre, attiré par le vidé qui se forme sur le plateau lapon. Ainsi donc, hahituellemenl, deux courants superposés régnent dans l’atmosphère { l’inférieur est de l’air froid, le supérieur de l’air chaud. Ouvrez la porte d’une chambre échauffée, qui communique avec une pièce froide, et vous verrez le même phénomène. La flamme d’une bougie placée en haut de la porte se dirige en dehors; celle que vous mettez en bas se dirige vers l’intérieur. Ainsi, quand le thermomètre s’élevait dans les airs, il rencontrait le courant marin, dont la température était supérieure à celle de la brise de terre.

Le h octobre, les plaines furent blanchies par la première neige, et elle n’était pas entièrement fondue vers lejmilieu de mai. Quand le thermomètre se tenait à quelques degrés audessous de zéro, la neige tombait souvent d’une manière continue et à gros flocons. Il n’en était pas de même quand la

148 LN HIVEUNAÜR SCI EN'f 1 1- 1 Q l E EN EAl'OME.

température était au-dessous de — 15 degrés. On sait, en effet, que la neifçe est rare par les grands froids. Aussi, en Sibérie, où les hivers sont extrêmement rigoureux, la quantité de neige qui tombe est-elle moindre que dans les contrées où les hivers sont plus tempérés. Sur les Alpes de la Suisse, c’est vers la limite des arbres, à 2000 mètres environ, qu’ont lieu les accumulations de neige les plus considérables ; plus haut, il en tombe moins. C’est un fait h noter, que nos savants virent une neige abondante couvrir le sol malgré des températures de — 18 degrés à — 20“,6. Ils virent aussi que, do toutes les formes cristallines delà neige, celle en étoile était une des plus fréquentes (1). La température la plus basse à laquelle ils aient observé une chute de neige étoilée a été 12 degrés ; les étoiles avaient à peine 2 millimètres de diamètre.

En réuni.ssanl les observations de MM. Loltin, A. bravais, LillichOok et Siljestroem ù celles que MM. Crowe, Thomas et Ihle ont continuées pendant quatre années après le départ des observateurs français et suédois, il est facile d’en déduire la température moyenne de Hossekop ; je l’ai trouvée de 0‘',è9, c’est-à-dire très-voisine de zéro, et, par conséquent inférieure de 10 degrés à celle de Paris; on pourrait ensuite comparer celte moyenne .avec les tem])éralures des puits, des sources et du sol à différentes profondeurs. Quelques détails sur ces dernières ne seront peut-être pas sans intérêt.

A mesure que la terre est échauffée par le soleil dans le cours de la journée ou pendant la succession des saisons, cette chaleur pénètre dans le sol, et agit sur les thermomètres qui y sont enfouis. A une faible profondeur, le thermomètre est affecté par les variations diurnes de la température, et la hauteur de la colonne change dans l’intervalle de vingt-quatre heures. Mais à 1“,5 au-dessous de la surface, ces variations n’affectent

(l) Voyez Kænilz, Cours complet de météorologie, Ir’aduclion française, p. 126, et planche IV.

TEMPEHATL’KK. • ' 149

plus l’inslmmenl, et à 20 mètres environ le thermomètre n’est pas même inlluencé par les variations annuelles ; c’est dire qu’il indique toujours la même température. Tel était le résultat ' général des expériences laites à Paris, à Bruxelles, à Edimbourg et à l.'psal, sur la profondeur à laquelle s’éteignent les variations diurnes et annuelles de la température. M. Bravais voulut 1rs répéter à Bossekop : il se proposait de faire un lft)U de sonde de 20 mètres profondeur; 1-a rupture de la tarière de forage, accident irréparable dans ces localités, le força do s’arrêter à 8“,5. Un thermomètre fut descendu dans ce puits, et, pendant tout le cours d’une année, la colonne ne s’est point allongée ni raccourcie d’un degré. Ce fait permet de calculer à quelle profondeur elle serait restée immobile comme celle du thermomètre qui se trouve à 28 mètres au-dessous du sol de l’Observatoire de Paris. Des instruments moins profondément enfouis, et lus régulièrement à des intervalles convenables, permettront aussi d’établir la loi de la propagation de la chaleur dans le sol et dans la neige pendant l’hiver du Finmark.

Il me serait impossible de rendre compte, sans abuser de la patience du lecteur, des observations faites sur la température des puits, des sources et de la mer : ces dernières surtout ont été suivies régulièrement à Bossekop et à Kaafiord, pour s’assurer si les marées ont quelque influence sur la chaleur des eaux du golfe, et voir dans quelles conditions elles se couvrent de glace. Le résultat le plus positif a été que, même par des froids dépassant 20 degrés au-dessous de zéro, les fiords du Finmark ne gèlent point, tandis que de lourdes charrettes chargées de njinerai traversent le fleuve d’Alten pendant tout l’hiver. De plus, l’eau de la mer est en général plus chaude que l’air; aussi émet-elle presque toujours une vapeur semblable è une épaisse fumée, et les Lapons pêcheurs y trempent fréquemment leurs gants pour se réchaufl'er les mains.

Digilized by Goc^le

150 i:.N UIVEH.NAtE SCIE.NTIFiyüE EN I.APONIE.

PllESSIOS ATMOSPHBRIOl'K.

Les observations barométriques faites à Itossekop pendant l’hiver de 1838 h 1839 ne sont pas moins intéressantes aux yeux des savants que celles qui se rapportent à la mesure des températures. Mais cet intérêt étant moins général, je me bornerai à donner ici quelques résultats faciles h comprendre qt à énoncer.

Tout le monde sait que, d’après la hauteur du baromètre, on peut, avec quelque certitude, prévoir le temps. Ainsi, quand le baromètre est haut, il est probable que le temps sera beau ; s’il est bas, on doit craindre qu’il ne devienne mauvais. En réalité, ces indications dépendent de la direction du vent. Ainsi, à Paris, c’est avec le nord-est (jue le baromètre atteint sa plus grande hauteur, c’est par le sud-ouest qu’il est le plus bas. Or, le nord-est étant un vent sec, le sud-ouest un vent chargé de pluie, il est clair que si le baromètre est haut, il y a chance de beau temps ; s'il est bas, probabilité de pluie. Mais cette règle, vraie pour la France, ne l’est pas pour tous les pays. Ainsi, dans l’Allemagne méridionale, c’est le nord-ouest qui est le vent pluvieux ; en Suède, le long du golfe de Bothnie, c’est le vent d’est qui amène le mauvais temps. Dans ces contrées, une forte baisse barométrique n’est pas un présage de pluie, et à Pétersbourg, oii il pleut également par tous les vents, il n’y a plus aucune relation entre la hauteur du baromètre et les changements de temps. A Bossekop, on observe quelque chose d’analogue; car si l’on range les vents en deux groupes, suivant la hauteur de la colonne barométrique correspondante, on trouve, en commençant par ceux avec lesquels le baromètre se tient le plus haut: le nord-est, le nord, le nord-ouest, l’ouest et le sud-ouest, qui’ sont tous des vents de mer. Le second groupe comprendra l’est, le sud-est et le sud, qui soufflent de

PRESSION ATMOSPHERIOIE.

la lerro. Or, le sud-est étant un vent soc et ceux d’ouest des vents humides, on voit qu’une baisse du baromètre est un présage de beau temps. On remarque en outre que les vents chauds élèvent le baromètre, tandis que les vents froids le dépriment, ce qui est l’opposé de ce qu’on observe généralement pendant l’hiver dans les autres parties de l’Europe.

Imaginons un instant qu’on note exactement chaque mois le point le plus bas et le point le plus élevé du baromètre. On donnera le nom d’oscillation mensuelle à la difl’érence entre les deux hauteurs observées. Si l'on fait ces observations pendant plusieurs années consécutives, et qu’on prenne la moyenne des différences observées, on obtiendra l’oscillation mensuelle moyenne : cette différence va toujours en augmentant à mesure qu'on s’éloigne de l’équateur. Ainsi, en hiver, elle est à la Havane de 9“'", 6 ; à Marseille de 23“'", t ; à Eterlin de 33"’““, 1. A Hossekop, la commission du Nord a trouvé qu’elle s’élevait à 38"’“, 5, ce qui confirme la loi que nous avons énoncée.

On peut se représenter l’atmosphère comme une mer profonde au sein de laquelle nous sommes plongés. Cette mer présente à sa surface des vagues et des ondulations seniblables à celles de la mar véritable. Cos vagues, quand elles passent sur nos tètes, font monter le baromètre. Aussi, depuis longtemps, les météorologistes étaient-ils jv’coccupés du désir de suivre la marche de ces vagues atmosphériques, en comparant les variations successives du baromètre dans différentes contrées; c’est dans ce but que nous résolûmes, M. Delcros et moi, d’observer le baromètre toutes les heures. Jour et nuit, à Paris, tandis que nos collaborateurs en faisaient autant à Bossekop. Ces observations furent continuées pendant cinq semaines, en mars et avril 1839. Mais en comparant la marche des instruments à Paris et à Bossekop, on ne trouve aucune correspondance évidente, aucun rapport constant entre les variations de la pression atmos|)héri(|ue. Il faudrait donc un certain nombre de points

1J2 UN HIVEU.NAtK SCIENTIFIQUE EN LAPONIE.

intermédiaires qui nous apprissent quels ont été les cliangeiiieuts de la pression dans toute la zone qui séjvire l’aris et Dossekop. Quand le monde civilisé sera couvert d’un réseau de stations météorologiques, alors on pourra résoudre ce prol)lème et beaucoup d’autres encore, dont la solution n’est possible que i)ar l’observation simultanée des phénomènes atmosphériques.

La réalisation de ce vœu n’est peut-être pas bien éloignée. Déjà un grand nombre de stations existent en Europe. Leurs observations simultanées, centralisées par la télégraphie électrique dans les grands observatoires des principaux pays, permettront un jour de dégager les lois qui président aux perturbations de l’atmosphère terrestre et à la propagation des ondes aériennes dont nous venons de parler.

Al'ltOKES BORÉALES. '

Les recherches dont nous avons parlé jusqu’ici peuvent être faites dans tous les pays, mais il en est qu’on ne saurait entreprendre que dans le voisinage des pôles : je veux parler de l’étude des aurores boréales.

Dans nos climats, l’aurore boréale est un phénomène rare et de courte durée. Deux ou trois fois par an, on aperçoit audessus de l’horizon, et dans la direction du nord, une lueur qui ne tarde pas à disparaître. Ses teintes sont celles du crépuscule, et comme elle se montre souvent à l’entrée de la nuit, l’observateur inattentif ou mal orienté ne la distingue pas des rellets rougeâtres qui persistent quelquefois assez longtemps après le coucher du soleil. Souvent même on a confondu l’aurore boréale avec la lueur d’un grand incendie. Dans le Nord, ces erreurs sont impossibles ; le phénomène s’y montre avec un éclat et une magnificence tels, que rien ne saurait lui être comparé. Ilrillant et varié comme celui d’un f'»‘u d’arlitice. le spec-

AUROKES HOKÉAI-ES,

tacle change à chaque instant. Le peintre n’a pas le temps tle saisir les formes et les teintes de ces lueurs fugitives; le poète doit renoncer à les décrire. Jamais une aurore boréale ne ressemble à l’autre ; elles varient jus(iu’à rinfini. Je irie bornerai donc à indiquer les diverses jrha.ses du phénomène tel qu'il se présente le plus souvent, afin de les rattacher ensuite aux changements qu’elles déterminent dans la direction des aimants.

Pour donner une idée des travaux de la commission sur les aurores boréales, je ne saurais mieux faire que de rapporter textuellement l’analyse que M. Élie de Ueaumont en a faite dans le remarquable éloge d’.Augustc Bravais prononcé par le savant secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences dans la séance publique du 6 février 1865 :

« Lorsque les premières clartés, encore douteuses, d’une aurore boréale commencent à se répandre dans le ciel, on aperçoit d’abord h l’horizon, un peu à l’ouest du nord, un segment obscur qui, suivant les conjectures très-vraisemblables de Bravais, ne serait autre chose que la masse compacte des brumes dont se couvrent presque constamment les eaux tenipéiécs de la mer polaire. .Au-dessus du segment obscur apparais.sent'biont(*>t des lueurs semblables à celles d'un incendie, résultant peut-être simplement des feux encore lointains de l’aurore boréale reflétés sur la surface des vapeurs marines. Quelque temps après, un arc lumineux se dessine au-dessus du segment obscur. Scs deux extrémités, ses deux pieds, s’appuient sur l’horizon, et son point culminant, qui le partage en deux parties égales et symétriques, est situé le plus souvent dans le voisinage du méridien magnétique. En moyenne, il tombe un peu è l’ouest de ce méridien, dont il s’éloigne progressivement à mesure qu’il se trouve plus élevé au-dessus du bord septentrional de l’horizon, surtout lorsque, dépassant le zénith, il se rapproche de l’horizon méridional, dont il est distant, dans certains cas, de quelques degrés seulement.

154 UN HIVEHNAGE SClENTIFiyüE EN LAPONIE.

» Quelquefois plusieurs arcs différents se montrent en môme temps; très-souvent on en voit deux, plus rarement trois; on en a compté jusqu’à neuf à la fois.

» Leur largeur, qui est moyennement de 7 à 8 degrés, peut excéder 25 degrés, notamment dans la partie culminante, lorsqu’elle passe près du zénitb. Par la combinaison des mesures, cette dernière remarque conduit à admettre que les arcs de l’aurore boréale sont aplatis parallèlement à 1a surface de la terre, et elle a suggéré à bravais un des moyens propres à fournir la mesure de la hauteur à laquelle ils so trouvent au-dessus du sol.

1) Depuis longtemps on s’était préoccupé de, cette hauteur, et l’on avait pensé avec raison qu’on pourrait la calculer d’après la parallaxe nisultant de deux observations d’un môme arc, faites simultanément par deux observateurs placés à une distance connue. Afin de se ménager ce moyen de détermination, bravais passa treize jours, du 9 au 22 janvier 1838, à Jupvig, lieu situé à 15 kilomètres vers le nord de bossekop, pour y suivre de son côté les aurores boréales que ses collaborateurs observaient aux mêmes instants à la station ordinaire.

1) Les formes d’un grand nombre d’arcs, et surtout celles des • arcs les plus réguliers, ont été relevées par la commission avec un grand soin, et bravais, en les discutant, au moyen de constructions géométriques élégantes et de formules trigonométriques très-habilement réduites à une grande simplicité, a fait voir que tous ces arcs pouvaient être considérés, conformément à l’hypothèse de l'illustre correspondant de l’institnt, .M. Hansteen (de ClirLstiania), comme les perspectives d'anneaux circulaires ayant leur centre sur le rayon terrestre dirigé vers le pôle magnétique et leur plan perpendiculaire à ce rayon.

» Scs formules lui ont donné, pour chaque cas, l’élévation de ranne,au au-dessus de la surface de la terre, et ce moyeu de

AUHORES BOREALES.

mesure, combiné avec les deux autres déjà indiqués, l’a conduit à conclure que les arcs d’aurore boréale sont placés à une élévation de 100 à 200 kilomètres, dans 1a région où les étoiles filantes et les bolides deviennent incandescents et lumineux, c’est-à-dire vers les limites extrêmes de l’atmosphère terrestre, dont on avait supposé pendant longtemps la hauteur moins considérable.

» La couleur des arcs de l’aurore boréale est ordinairement le blanc jaunâtre uniforme. Us sont doués d’asseï de transparence pour qu’on puisse apercevoir les étoiles à travers. L’éclat des arcs les plus brillants égale celui des étoiles de première grandeur; mais le plus grand nombre ne peuvent se comparer qu'aux étoiles de deuxième, troisième, quatrième grandeur.

i> La position de chaque arc n’est pas invariable pendant toute la durée de son existence. Souvent au contraire elle change avec beaucoup de rapidité, ce qui oblige l’observateur à opérer avec une grande prestesse, pour donner aux différentes parties d’un même arc des positions exactement correspondantes entre elles. Dans leurs mouvements, tantôt les arcs se rapprochent du zénith, et tantôt ils s’en éloignent, soit vers le nord, soit vers le sud. Leur bord le plus voisin de l’horizon est ordinairement le mieux terminé. Ils n’ont pas toujours des formes ré^

• gulières; on les voit prendre mille configurations bizarres, telles que celle d’une draperie ondulante ou bien celle d’un crochet. Ils montrent quelquefois, surtout vers la fin, une tendance à se décomposer en rayons courts dirigés dans le sens de la largeur de l’arc.

B Après les arcs, à une heure un peu plus avancée, apparaissent les rayons proprement dits, qui sont le second type auquel peuvent se rapporter les lueurs de l’aurore boréale. Les rayons sont des colonnes lumineuses beaucoup plus longues que larges, dont la prolongation vers le haut irait aboutir au

156 IN llIVIiUNAni: SCIENTIFIQIE EN EAPOME.

zénith inagnétiqup. point du concours apparent de toutes les lignes parallèles à l’aiguille d’inclinaison, et situé, îi Bossekop, à 13 degrés seulement vers le sud du zénith astronomique.

» L’éclat des rayons est variable comme celui des arcs, et généralement plus vif.

a Les rayons sont susceptibles de deux mouvements, l’un en vertu duquel le rayon s’allonge vers le zénith ou vers l’horizon, l’autre qui le déplace latéralement et parallèlement à lui-mème. Ces mouvements sont parfois d’une excessive rapidité, et il n’est pas rare de voir les rayons darder leur lumière, par un mouvement vibratile, vers le zénith, et plus souvent eneore vers l’horizon, avec une vivacité extrême. Lorsque ces mouvements sont alternatifs, le rayon semble jouer ou danser. Ce sont les caprœ saltanlcs des anciens auteurs, les marionnettes des habitants de Terre-Neuve, les merry dancers des .\nglais. En général, plus les mouvements sont rapides, plus les rayons deviennent brillants.

» La couleur des rayons de l’aurore boréale est ordinairement blanche ou jaune pille, quelquefois rougeâtre. Lorsque les mouvements vibratiles des rayons deviennent très-précipités, la teinte jaune brillante se concentre dans leur partie moyenne, et les extrémités opposées se colorent en rouge violacé et en vert, le rouge se montrant toujours du côté où le rayon darde sa lumière.

» Les rayons se réunissent quelquefois au zénith magnétique pour y former une couronne complète ou incomplète. Lorsque ces rayons, entrant en mouvement, prennent un vif éclat et se dépouillent de leur leinte jaun.^tre habituelle pour se colorer en rouge et en vert, la couronne offre le plus haut degré de magnificence que puisse déployer l’aurore boréale.

1) Les mouvements vibratiles dont les rayons sont animés se changent, ù des moments donnés, en une sorte de palpitation générale qui s’empax-e de tontes les lueurs de l'aurore boréale.

A TROUES ROUÉAI.F.S.

«les arcs aussi bien que des rayons. C’esl l’annonce plus <)u moins pvocliaine de la décroissance du brillanl météore.

» Les splendeurs de l’aurore boréale semblent avoir été données aux régions septentrionales comme un diidonimagemenl de l’absence du soleil ; et ces clartés polaires, à peine visibles deux ,011 trois fois par an sur l’horizon do Paris, illuminent presque tous les soirs les horizons dont l’astre du jour s’est éloigné. On ne les y observe.pas iiendont le jour non interrompu de l’été : c’est à la fin d’aoiit, et surtout à l’époque de l’équinoxe d’automne, qu’elles commencent à se multiplier en Lajmnie, où leur fi'équence diminue à l'équinoxe du printemps, et surtout vers la fin du mois d’avril. Pendant cet intervalle de plus de six mois, les nuits privées d’aurore boréale sont en très-petit nombre.

» Les aurores sont donc soumises dans leurs apparitions au cours des sai.«ons, et, ce qui n’est pas moins remarquable, c’est que, même pendant la nuit hivernale, les heures de leur eommcncemenl et de leurs dillérentcs phases restent dans un rapport constant avec riicure du passage au méridien du soleil devenu invisible. Elles se montrent toujours pendant les heures correspondant à la nuit de nos zones tempérées. C’est généralement entre dix et onze heures du soir qu’elles se revêtent des éclatantes couleurs qui en distinguent quelques-unes. Cette époque «le la nuit est la période la plus brillante du météore, qui disparaît ordinairement vers le matin.

» Bravais a constaté qu’à la lumière d’une brillante aurore boréale, il pouvait lire une page imprimée en petit texte presque aussi facilement qu’à la lumière de la pleine lune. La lune dans son plein est en opposition avec le soleil, et là où le soleil ne se lève pas, on la voit presque constamment sur l'horizon. La double lumière de l’astre des nuits et de l’aurore boréale diminue beaucoup pour les rilgions polaires l’obscurité de la nuit hivernale. Ces clartés irrt'gulières sutlisent aux Lapons,

158 UN HIVEUNAGE SCI EN TU'l (J UE EN LAl'ONIE.

aux Samoyèdes, aux Esquimaux, traînés par leurs rennes ou par leurs chiens, pour parcourir en traîneau les neiges sans limites qui couvrent leur pays; et, lorsque l’absence du soleil tend à assombrir leurs idées, l’éclat capricieux des apparitions lumineuses leur présente des images fantastiques bien propres à réveiller leur imagination, et sur lesquelles elle s’est merveilleusement exercée.

» Malgré les mouvements dont sont doués les arcs et les rayons de l’aurore boréale, il est évident qu’ils suivent le mouvement de rotation de la terre. L’aurore boréale est donc un phénomène atmosj)hérique, et non un phénomène cosmique. Canton, M. Becquerel et d’autres physiciens ont .signalé la ressemblance qu’offrent les teintes rouges violacées de ce météore avec celles que déploie l’électricité en se mouvant dans le vide. Cette circonstance, jointe à l’action si souvent constatée de l’aurore boréale sur l’aiguille aimantée, a porté les physiciens à la ranger parmi les phénomènes électriques. Bravais a adopté cette opinion, dont un illustre physicien, M. de la Rive,a récemment vérifié l’exaclitude par une magnilique expérience. »

L’aurore boréale est-elle un phénomène constant ? Pour nos climats, la réponse ne saurait être douteuse, on eu aperçoit au plus cinq ou six tous les ans; dans le Nord, il n’en est pas de même. Si vous interrogez les habitants, ils vous diront que les aurores sont fréquentes, mais ne brillent pas toutes les nuits; c’est qu’ils n’aperçoivent (pie celles dont l'éclat est as.sez grand pour illuminer subitement les fenêtres de leurs habitations. Toutes les lueurs aurorales, vagues et diffuses qui se montrent à lliorizon, passent inaperçues. Elles ne pouvaient échajiper à nos savants, car l’un d’eux veillait toujours pendant la nuit, et leurs yeux exercés savaient distinguer la moindre teinte lumineuse qui paraissait dans le ciel. Du 12 septembre 1838 au 18 avril 1839, ils virent cent cinquante-trois aurores boréales, sans compter six ou sept nuits do lueurs douteuses. Je ne trouve

AL'IiOKEh I10UEAI.es. 159

pas dans leurs rej-islrcs la ineiitioii d’une nuit claire d’un bout à l’autre qui n’ail oll'ert ce pbénomène. .Ainsi donc, on doit admettre que l’aurore lioréale s’est montrée toutes les nuits où l’état (lu ciel a permis de l’apercevoir. D'un autre ciHé, on ne peut pas supposer que l'aurore boréale manquât prikiscment chaque fois que le ciel était couvert de nuages, et l’on est en droit d'allirmer (]ue ce pbénomène se reproduisait probablement toutes les nuits. Néanmoins il serait téméraire de conclure du présent à l’avenir, car on a remarqué des périodes séculaires pour la fréquence de ces apparitions, 'rrés-communes de 1707 à 1790, elles devinrent rares pendant les trente ans qui suivirent, mais dc|iuis 1820 on les revoit plus souvent. Pour constater rigoureusement cette intermittence, il faudrait que les observateurs du Nord eussent le courage de veiller tour à tour, afin que nulle aurore n’écha[)pât à leur allcnlion ; sans cela leur fréquence ne serait (jue la mesure du zi'le des météorologistes, et, comme l’observation des phénomènes célestes compte tous les jours plus de cooperatenrs, je ne serais pas étonné d’apprendre que le nombre des aurores lajréales va sans cesse en s’accroissant.

Les opinions sur la hauteur des aurores boréales sont extn’mement variées. Ouelqucs-uns les relèguent an delà des limites de notre atmosphère, tandis que les voyageurs anglais ont prétendu les avoir vues au-dessous des nuages, ou bien rasant le sol et s’interposant entre eux cl leurs compagnons. Comme ils observaient dans l’Américpie du Nord, où est situé le pi'dc magnétique, il est possible qu'ils aient vu en effet des aurores boréales presque au niveau du sol ; mais à Dossekop,* un examen attentif a prouvé (|ue ces apparences sont trompeuses et peuvent s’expliquer par la réfiejiion de l'aurore sur la neige ou sur des nuages.

160 t N )I1 VtU.VAdK SaENTI l l»,)rE EN EAI’OME.

Page 1