DE LA MER GLACIALE AU GOLFE DE BOTHNIE
Dans l’automne de 1839, l’auteur du récit qui va suivre traversa avec Auguste Bravais l’isthme qui joint la mer Glaciale au fond du golfe de Bothnie. De Bossekop à Karesuando, ils voyagèrent dans la Compagnie de leurs collègues MM. Gaimard, Marmicr, Durocher, Anglès, Lauvergne et Giraud. Mais à Raresuando ils se séparèrent du reste de la commission, et descendirent seuls sur le Muonio et le Torneo-elf, jusqu’à Haparanda, ville suédoise qui s’élève en face de Tornéo, actuellement incorporé à l’empire de Russie. Le baromètre en main, ils ont nivelé le large plateau lapon, en déterminant avec soin les limites altitudinales des différentes zones de végétation. Depuis les rives de l’océan Glacial jusqu'aux sommets dénudés du KiOlen, ils ont vu la flore s’appau\Tir peu à peu, puis reparaître graduellement sur le versant méridional du massif, à mesure qu'ils approchaient des grands fleuves qui se versent dans le golfe de Bothnie.
En 18Ü6, un voyageur célèbre, Léopold de Buch (1), avait suivi le même itinéraire. Depuis Bossekop jusqu’à Kautokeino, les tracés sont probablement identiques. A Kautokeino, les deux routes se séparent pour se rejoindre à Palajocki, sur les bords du Muonio-elf ; de là un même chemin naturel, le courant de ce grand fleuve, nous a conduits comme lui à l’ancienne ville de Tornéo. En suivant les traces d’un observateur aussi habile, il n’y a plus qu'à glaner sous le rapport scientifique, et,
M) flfise rtarcA Soriregen uiid iappland, 1810
V0V.\(;K en l-Al’OME.
SOUS le point lie vue lilléiaire, peu (l’écrivains pourraient se flatter d'égaler le cliarnie de son style et le coloris de ses descriptions. l’eul-étre cependant nos mesures haroméfriques méritent-elles plus de confiance que les siennes; car nous avions un avantage dont il a été privé aune éiMique où la météorologie était moins cultivée qu’elle ne l’est actuellement. Des observateurs habiles et consciencieux, MM. Thomas et Ihle, à Kaafiord, et M. le pasteur Liesladius, à Karesuando, observaient trois fois par jour de bons instruments comparés avec les nôtres, et placés à des hauteurs au-dessus de la mer on altitudes que l’on peut admettre comme sutrisamment connues. Moins heureux que nous, de Uuch a du probablement chercher à de grandes distances des observations qui pussent être combinées avec les siennes pour servir à 1a détermination des différents points de son nivellement.
Dans la belle saison, le mois de septembre est presque le seul pendant lequel la traversée de la Laponie puisse être entreprise. Du 20 novembre au 20 avril, le voyage peut se faire sur un traîneau attelé de rennes ; il n’ofl're alors d’autres inconvénients que la rigueur du froid, la réverbération des neiges et la fatigue du traîneau, qui est grande pour le voyageur inaccoutumé à ce mode pénible de locomotion. Au printemps, la fonte des neiges * s’oppose à toute tentative. Kn Juillet et en août, les neiges sont en grande partie fondues; mais le sol marécageux de la Laponie est encore imbibé d’eau, et des nuées de cousins s’abattent avec rage sur les malheureux voyageurs. Ceux qui ont choisi ces deux mois se sont presque tous repentis de leur audace. MM. Sibuet et de Beaumont ont été dans ce cas. En octobre, il est trop lard, la neige commence à tenir sur le sol, et si elle tombe trop abondamment, elle peut compromettre la vie des chevaux, en couvrant complètement les pilturages où ils trouvent leur nourriture.
Ce fut le 0 septembre 1839 que nous quittâmes Bossekop.
VOVACK KN 1.APUME.