‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 64 sur 210 · LA VINGTIÈME RÉUNION · texte numérisé non relu

LA VINGTIÈME RÉUNION

DE L’ASSOCIATION BRITANNIQUE A ÊDlMBOLTîG

EN AOtT 1H50.

" Au comiiiencoment «le 1831, David Brew.stt-r, un des plus grands physiciens de la Grande- Urelagnc et du monde, écrivait au professeur Phillips pour lui proposer de réunir à York, ville centrale de l’Angleterre, un certain nombre de savants dans le but de travailler à l’avancement des sciences, en discutant les importantes questions qti’elles soulèvent chaque aryiée et en posant 'ces problèmes dont la solution intéresse l’avenir de l’humanité tout entière. Cet appel fut entendu, et un certain nombre d’hommes, députés chacun, pour ainsi dire, par la science qu’ils avaient illustrée, vinrent la représenter dans ce congrès naissant. Quelques grands seigneurs, qui s’honorent de contribuer aux progrès <les connaissances bumaines par leurs travaux, leur influence et leur fortune, se joignirent il eux. Etablie sur les fondements solides de l’union, d<! reslime laiciproque et de l’amour du bien, l’Association britannique grandit rapidement. Choisissant chaque année une des principales villes de la Grande-Bretagne pour siège de ses réunions, elle s’est assemblée successivement à York, Oxford, Cambridge, Édimbourg, Dublin, Bristol, üverpool, .Newcastle, Birmingham, Glascow, Plymouth, Manchester, Cork.etaprès treize ans elle revenait au lieu de sa naissance, à York. En 1850, après un intervalle de quatorze ans, elle se retrouvait de nouveau il Édimbourg, la ville scientifique et littéraire par excellence, qui n’a pas encore été envahie par l’immense courant industriel qui entraîne la Grande-Bretagne tout entière. Mais grâce <i ce fécond esprit d’association qui anime le peuple.

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anglais, la modeste réunion de 1831 a pris toutes les proportions d’une compagnie puissante destinée à jouer un rôle décisif dans le monde scientiflque. Celte année, elle se composait de 1225 personnes; savoir: 95ù Anglais, Écossais ou Irlandais; 247 dames et 24 étrangers. La somme reçue, à raison d’une guinée par personne, s'est élevée à 27 500 francs, dont nous indiquerons l’emploi. Les 'dames étaient presque toutes les filles ou les femmes des membres de l’.\ssociation ou des habitants d’Edimbourg et des environs; elles profitaient de celte occasion pour prendre une idée de ces sciences dont l’attrait est moindre que celui des arts, mais dont l’intérêt est aussi réel. Si les sens ne sont pas émus ou ravis, la raison est satisfaite ; la lumière tranquille de la vérité n’éblouit pas rimaginalion, mais elle éclaire l’intelligence. Et que l’on n’aille pas croire que ces dames appartinssent à la race désormais éteinte des bas-bleus [blue slockings)', en général jeunes et jolies, elles suivaient régulièrement les séances des différentes sections. La plupart avaient pris sous leur protection celle de géologie, et ce n’était pas un mince encouragement pour les nombreux amis de cette science de parler devant un auditoire à la fois si imposant et si charmant. Plusieurs s’elTorçaient d’aborder les sublimes mais difficiles connaissances qui forment le domaine de l’astronomie et de la physique ; d’autres s’étaient éprises de la zoologie ou de la botanique. Les oiseaux et les fleurs, ces créations ravissantes qui appartiennent à la fois à la poésie, à la peinture et à l’iiistoire naturelle, les avaient conduites de l’art à la science. Enfin, quelques-unes n’avaient pas craint d’aborder la statistique, de subir des discussions d’économie politique, et d’affronter les colonnes de chiffres et les moyennes, leurs compagnes obligées.

La plupart des savants les plus illustres de r.-\nglelerre s’étalent rendus à la réunion d’Edimbourg : ils considèrent cette exactitude comme un devoir envers la science et une politesse envers des confrères plus modestes et moins favori.sés, .soit de la

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nature, qui ne leur a pas accordé des facultés aussi éinincntos, soit de la fortune, qui ne leur a pas permis de les développer ; mais Us honorent et encouragent ainsi 1e zèle désintéressé du travailleur modeste, qui a besoin d’être dirigé et soutenu dans ses efforts. A voir la simplicité de manières, l’alTahilité, la familiarité de ces hommes éminents, on ne soupçonnerait jamais leur génie : ils le cachent avec autant de soin que les grands seigneurs dissimulent leurs titres et leurs richesses. C’est une justice que je suis heureux de rendre à celte élite de la société anglaise. La plus parfaite égalité règne parmi tous ces hommes considérables à divers titres: aussi les inférieurs se plaisent-ils à reconnaître une hiérarchie que les supérieurs s’efforcent sans cesse de faire oublier. On ne conteste jamais une supériorité qui ne s’impose pas, et le sentiment d’un affectueux respect se joint naturellement à celui d’une admiration méritée.

Un autre caractère distinctif de celte réunion, c’est qu’elle est loin de se composer uniquement de savants de profession, c’est-à-dire de professeurs, de médecins ou d'ingénieurs. Chez la plupart des membres, l’amour de la science est réellement désintéressé : les hommes les plus distingués par leur mérite, loin de tirer le moindre avantage de la science, lui consacrent leur intelligence, leur temps, leur fortune, sans autre arrière-pensée que de découvrir quelques vérités nouvelles et degagnerrestime de leurs concitoyens. Plusieurs des savants les plus éminents de l’Angleterre et du monde sont des amateurs, et leurs noms sont très-nombreuxdans la liste suivante, oii figurent aussi des grands seigneurs qui cherchent dans l'étude une noble diversion aux travaux de la politique, de la guerre ou de l’administration.

Dans les sciences physiques et matlié.iiiatiques, on distinguait : Brewster, Airy, Scoresby, J. D. Forbes, Philips, Lassell, le général Brisbane, l’évêque Terrot, lord ^Vrotessley, le colonel Sykes, Nasmyth, Osler, etc.

Parmi les eliimisles : Chrislison, Oregory, Danbeny, .Imile.

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Lfis géologues, gent voyageuse, étaient les plus nombreux; voici les noms des plus célébrés: Jamcson,Murchison, Egerton, Maclaren, Sedgwick, Mantell, le duc d’Argyle, lord Enniskilen, Fleming, le marquis de Northampton, Pentland, Oldham, Philips, Pratt, Itamsay, Smith de Jordanhill, Strickland, Edward Forbes et Hugh Miller.

Parmi les naturalistes, je me contenterai de nommer : Richard Owcn, Goodsir, Richardson, Grcville, Bentham, Babington, Balfour, Cleghorn, Walker Arnott, Parlatore, Trevelyan et Boyle; parmi les médecins: Symc,Bennct, Hirtl et A. Thompson.

Pour la statistique et les sciences mécaniques : Lee, Gordon, Alisson, Porter, Robinson, Scott Russel, Strang et Stevenson.

Parmi le petit nombre d’étrangers qui s’étaient rendus au congrès, on distinguait : M. Hitchcock, géologue américain; M. Kupffer, physicien russe; i^I. Parlatore, botaniste italien; M. Hirtl, professeur d’anatomie à Vienne. Il y avait cinq Allemands, trois Hollandais, trois Italiens, deux Russes, huit- Américains, et un seul Français, celui qui a l’honneur d’écrire ces lignes. Maintenant que le personnel du congrès est connu do nos lectcui-s, nous chercherons à leur donner une. idée de ses travaux.

Le 31 juillet, l’.Vssociation était réunie dans la grande et belle salle de concert de la ville d’Édimbourg. David Brewsler, l’habile physicien, dont le nom est mêlé à toutes les grandes découvertes de l’optique, depuis le commencement de ce siècle, lut un remarquable discours sur les progrès de l’Association, et ceux des sciences physiques et astronomiques de ces dernières années. Après avoir invoqué la protection de l’État pour les sciences positives, il termina par ces paroles remarquables :

« Cette protection ne suffit pas. Ce ne serait pas contribuer d’une manière efficace à la paix et au bonheur de la société, que de laisser la science uniquement confinée dans la tribu des savants et des philosophes; une pareille concentration ne serait

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