I. A VINGTIEME UEl'MON
connaissances d'un intérêt plus géfiéral et plus immédiat que les sciences physiques ou naturelles.
M. Strang, trésorier de la ville de Glascow, a lu un ra|)port sur l’accroissement de cette ville ; nous en détachons le résumé avec d’autant plus de plaisir qu’il donnera l’idée du (lévclopj)cment prodigieux des grandes cités manufacturières de l’Angleterre. La position officielle de l’auteur, et le soin avec lequel son travail a été fait, nous autorisent à donner pleine créance à ses résultats.
Glascow présente ce caractère remarquahle qu’elle réunit tous les genres d’industi'ies, joints à un commerce d’exportation des plus actifs ; ainsi on y trouve réunis les filatures de Manchester, les fabriques d’étolTes de Norwich, les soieries de Macclesfield, les usines de Ijirminghnm, les verreries et les poteries de .Newcastle, le commerce et l’exploitation de la houille; enfin, toutes les industries disséminées dans des villes sixiciales de la Grande-Bretagne. Glascow est une des villes les plus anciennes de I Kcosse; la fondation de sa cathédrale remonte au commencement du xi' siècle* mais elle est une des grandes cités les plus modernes de l’Kcosse. Voici les progrès de sa population depuis le commencement du siècle :
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Ainsi sa population a quintuplé en cinquante ans, et l’accroissement annuel s’élève à 20Ü0 âmes environ.
Cet accroissement est dû non à des naissances multipliées, mais à une immigration continue; aussi la ville, qui, en 1800, ne contenait que .>.5 kilomètres de rues, en compte actuellement 177. Quelles sont les causes de ce prodigieux accroissement? 1° Sa situation au milieu d'un district riche en houille et en
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minerai ; 2° son fleuve, que l’art a rendu navigable. Au commencement du siècle, la profondeur de la Clyde n’excédait pas en beaucoup d’endroits f'jSü, et c’est à peine si les navires de 30 à tiO tonneaux pouvaient la remonter; maintenant la profondeur moyenne est de 4“,8 à la marée haute et de 5”, 8 aux grandes marées du printemps; aussi des navires de 1000 tonneaux peuvent-ils remonter jusqu’il Glascow, et des bateaux à vapeur de 2000 partent de ses quais chargés de leur machine. En 1850, 392 033 tonnes ont été apportées par des navires à voiles, 873 159 par des steamers. Le revenu des droits de tonnage, qui, en 1820, était de 82 000 francs, s’est élevé en 1850 à 1 606 100 francs; il s’est donc décuplé deux fois en un demisiècle. Ce résultat n’a pas été obtenu sans de grandes dépenses, dépenses productives qui rapportent de gros intérêts. L’examen des droits de douane conduit aux mêmes conséquences. La marine de (jlascow, née d’hier, est déjà importante : ainsi, avant 1812, il n’y avait pas de navires appartenant au commerce de Çlascow, il y en a maintenant 507, portant 137 999 tonneaux.
La première machineà vapeur pour mouvoir les bobines d’une manufacture de coton fut établie à Glascow en 1792; actuellement il y a dans cette ville 1 800 000 bobines eiiroulant chaque année 120 000 balles de coton.
Le nombre des hauts fourneaux pour l’industrie du fer était de 16 en 1830, il était de 79 en 1859, et ils produisent 575 000 tonnes de fonte par an.
Annuellement Glascow brûle 132 000000 de mètres cubes de gaz d’éclairage. L’eau est distribuée par de nombreux conduits dans toute la ville et à tous les étages des maisons ; une grande partie de cette eau est élevée à 75 mètres, et en déduisant celle qui se consomme dans les usines, on trouve que chaque habitant en use environ 120 litres par jour. Si l’on additionne la quantité d’eau fournie par trois compagnies pour les l)csoins industriels et domestiques de la ville, on arrive au nombre
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prodigieux de 54 000 000 de litres par jour; et à Paris, la capitale de la France, l’eau et la lumière ne circulent pas dans toute la ville ! Dans les maisons on en est encore aux chandelles décorées du nom de bougies, à l’huile de pétrole et au porteur d’eau, tandis qu’en Feosse, même les maisons de campagne placées dans un certain rayon des villes sont éclairées et arrosées comme elles !
M. Strang ne se borne pas à tracer le tableau de la prospérité et des progrès de la cité qui lui a confié l’administration de ses finances; philanthrope réel et statisticien rigoureux, il nous montre le revers de lu médaille, la pauvreté k côté de la richesse. En 1784, Glascow ne dépensait que 27 050 francs pour ses pauvres; maintenant cette dépense monte annuellement à un million. Une preuve de la profonde misi're d’une partie de la population, c’est que le nombre d’enterrements faits aux frais de la paroisse n’a pas été moindre de 4000 environ dans chacune de ces dernières années. Les crimes et les délits présentent aussi un total affligeant, puisque dans le cours de l’année 1849, 3194 hommes et 1825 femmes ont coiliparu devant les magistrats chargés de la police correctionnelle, et le nombre de personnes emprisonnées pour un temps plus qu moins long s’est élevé à 5088.
Malgré ces ombres regrettables dans le tableau de la prospérité de Glascow, cette ville progresse aussi dans la voie de l’humanité. A mesure que ses manufactures se multiplient et que son commerce s’étend, l’esprit de charité élève des maisons de refuge, crée deshùpitaux, établit des caisses de retraite, et s’ingénie à diminuer cette plaie de la pauvreté qui semble s’attacher comme une lèpre aux villes les plus florissantes et aux États les plus prospères. Le contraste avec le bien-être général exagérant la laideur de la misère, il semble que l'indigence soit plus horrible en .\ngleterrc qu’en Espagne, en Portugal ou en Italie, oi'i la nature n’exclut pas le pauvre du splendide festin qu’elle
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offre libéralement îi tous scs enfanis, mais l’ailmel au partage du bonheur et des plaisirs, qui, sous un ciel sévère et sur une terre avare, sont le privilège exclusif de l’aisance.
Je ne saurais quitter tu statistique sans dire quelques mots des recherches de M. Porter, l’apôtre du libre échange, si constamment abandonné de ses coreligionnaires de Paris, à mesure que la fortune les élève au pouvoir. La section a écoulé avec un vif intérêt son travail sur les taxes volontaires payées par les classes laborieuses, c’est-à-dire sur les sommes énormes que rapportent aux riches et à l’État les besoins factices du pauvre. Rien de plus éloquent que les chilfres suivants. Les ouvriers de l’Angleterre, de l’Écosse et de l’Irlande dépensent annuellement en liqueurs fermentées (eau-de-vie, gin, whisky, rhum), à02 286 Ü5Ü francs, le cinquième du budget de la France ! Qu’on ne s’en étonne pas, l’abus des liqueurs fortes est tel en Grande- Bretagne, qu’il devient un danger sérieux pour la société ; c’est un fléau qui éveille toute la sollicitude des gens de bien, car il est la cause principale de cette incurable misère des classes inférieures. Remercions le ciel qui permet que la vigne croisse sur presque toute la surface de la France; car le vin enivre et égaye le pauvre sans l’abrutir ni l’empoisonner. L’ivresse du vin est un engourdissement; celle du gin, c’est la mort.
Les séances terminées, il y eut une nouvelle réunion générale où l'on proclama les encouragements volés par l’.Association, savoir: 7500 francs à l’observatoire météorologique de Kew, près de Londres, le seul établissement en Europe qui soit uniquement consacré à l’observation des phénomènes de l’atmosphère; 1250 francs à MM. Forbes et Kelland, pour vérifier expérimentalement les lois mathématiques de la propagation de la chaleur; une somme égale à une commission chargée d’étudier les influences chimiques et électriques des rayons solaires et le développement des plantes dans des atmosphères factices; enfin, des sommes moindres pour des expériences sur la vitalité des