‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 92 sur 210 · SUU LES HAUTES MONTAGNES · texte numérisé non relu

SUU LES HAUTES MONTAGNES

Au commencement d'août 1859, vers le milieu de la journée,, des amis réunis sous le toit hospitalier de Combe*Varin(l) jouissaient délicieusement de la fraîcheur, ii l'ombre des grands sapins de la forêt voisine. Dans cette haute vallée des Ponts, ils échappaient aux chaleurs caniculaires de la plaine suisse, de Paris ou de Montpellier. Chacun peignait les souffrances qu’il avait endurées et dont le souvenir ajoutait au charme de cette température mitigée même en plein midi. Une jeune mère regardait avec amour sa petite fille dont les joues pfdies par les chaleurs du Languedoc avaient repris leurs belles couleurs. Un philosophe américain (2) retrouvait dans cet air vivifiant les foi’ces de la jeunesse, et sa hache abattait, comme jadis dans la forêt vierge, les branches mortes des arbres jurassiques. Une dame née sous le ciel bleu de l’Andalousie, qu’elle vantait toujours, convenait que les sierras du Jura étaient dans ce moment préférables aux plaines dorées de l'Espagne. Un professeur veuf de son cours jouissait délicieusement du bonheur de ne rien faire. Un physiologiste éniinent(3) reposaitsur les vertes prairies ses yeux fatigués par les travaux du microscope, et un chimiste (A) du gymnase de NeufchAtel aspirait avec délices les senteurs de la forêt, bien différentes de celles qu’on respire dans les laboratoires. Tout le monde se taisait, lorsqu’un assistant s'avisa de

(1) Chalet de M. Ed. Desor, dans le Jura ncufchâlelois.

(2) Théodore Parker.

('.!) Jacob MolcsdiuU.

(S) (■h. Kcyip.

DES CAISES 1)1 FUnil) SI K 1,ES MONT ACi N ES. 317

ileiiiRnder pourquoi l’air était d’autant plus froid, qu’on s’élève davantage dans les montagnes; il n’entrevoyait, disait-il, aucune raison pour que la température fût plus basse sur un sommet que dans la plaine. Personne ne le contredit, et chacun convint qu’en y réfléchissant, il n’avait jamais su se rendre compte de cet étrange phénomène qu’on acceptait comme un fait, sans connaître ni chercher son explication. Le maître de la maison aurait pu prendre la parole, et traiter une question qui l’avait souvent préoccupé sur le glacier de l’Aar et dans ses nombreuses ascensions. Il insista pour la céder au professeur, qui venait de terminer sur ce sujet un travail tout hérissé de chiffres bon pour les savants de profession, illisible pour les lettrés et les gens du monde. Le maître hospitalier de Coml)e-Varin l’invita à traduire ces chitfres en français. L’attention bienveillante de l’auditoire l’encourageait, et, soutenu par l’intérét du sujet et le souvenir récent de scs recherches, il s’exprima à peu près en ces termes :

O Un rayon de chaleur parti du soleil parcourt d’abord une distance de 3û millions de lieues, puis il arrive à l’atmosphère terrestre, mélange de gaz et de vapeur d’eau. Cette atmosphère a une épaisseur de 120 000 mètres; le rayon la traverse et l’échauiTe en perdant de sa chaleur propre, à mesure qu’il pénètre dans des couches plus basses, et par conséquent plus denses et plus humides. Ce rayon de chaleur, s’arrêtant sur un sommet élevé de 2000 mètres au-dessus de la mer, est donc plus chaud que s’il traversait l’atmosphère dans toute son épaisseur, puisqu’il n’a traver.'ié qu’une portion d’atmosphère moins épaisse de 2000 mètres que l’atmosphère totale. Ce que la théorie indique, l’expérience le prouve. De Saussure, au sommet du Cramont, trouve qu’un thermomètre emprisonné dans une boite de bois noirci, fermée d’un côté par trois lames de verre, s’élève d’un degré de plus sur le Cramont, à 2755 mètres au-dessus de la mer, qu’à Courmayeur, à 1ti95, quoique l’air fût beaucoup

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