‹ Du strabismeChapitre 13 sur 22 · ARTICLE V · texte numérisé non relu

ARTICLE V

TRAITEMENT APRÈS i/oPÉRATION.

Deux choses doivent occuper le chirurgien après l'opération du strabisme : prévenir, combattre les accidens, s'il en survient; veiller au maintien et même au rétablissement de la bonne direction de l'œil. Sous ce double point de vue deux doctrines totalement opposées, également mauvaises, ont été professées. Jugeant sur quelques exemples, il est, en effet, des praticiens qui abandonnent totalement leurs malades après l'opération," et qui ne pensent pas devoir les soumettre au moindre régime, à la moindre précaution , soit hygiénique, soit thérapeutique. On en voit d'autres, au contraire, qui traitent les personnes opérées du strabisme avec une rigueur extrême, comme s'il s'agissait d'éteindre ou de prévenir une ophthalmie grave.

L'observation attentive de plusieurs centaines d'opérés m'autorise à blâmer ces deux manières de faire, en tant que doctrine générale. Les soins que nécessite le malade, eu égard à l'opération du strabisme, sont de deux ordres. Ils se rédui-

senl a l'emploi de moyens très simples, à des précautions faciles à prendre comme traiiement préservatif, quand il ne survient rien d'extraordinaire, c'est-à-dire dans l'immense majorité des cas.

Des lotions d'eau fraîche quand il fait chaud , d'eau tiède quand il fait froid, suffisent pour toute médication pendant les deux premiers jours. On a soin de nettoyer, d'absterger soigneusement l'œil et le bord des paupières chaque fois que le besoin s'en fait sentir. On conçoit que de l'eau de laitue, de l'eau de rose, de plantain, de bleuet, de mélilot, aurait ici la même vertu sans être plus nuisible que l'eau pure. L'eau alumineuse que vante M. Dufresse (du Strabisme et du Bégaiement, p. 6li) ne convient rigoureusement qu'à une époque plus avancée. Mouiller le linge qui couvre l'œil avec de l'eau froide toutes les minutes, comme le veut M. Verhaeglie, est complètement inutile. Les bains de pied le soir, à l'eau simple, au sel et au vinaigre, ousinapisés, ne seraient utiles que s'il survenait une céphalalgie pénible ou quelque menace de congestion vers la tête. 11 est probable que M. Simonin lui-même, qui a employé les bains de pied chez tous ses malades d'abord, n'y a plus recours que rarement aujourd'hui. A partir du second jour, les lotions émollientes lièdes sont substituées aux lotions d'eau simple. Des sangsues aux tempes, derrière les oreilles, à l'anus, la saignée générale, sont rarement indispensables. J'en dirai autant des laxatifs, des purgatifs, soit en lavement, soit par la bouche, de la diète, du régime débilitant. L'inflammation qui s'établit dans l'orbite, ne portant que sur la conjonctive et le tissu cellulaire du fond de la plaie, reste comparable à la conjonctivite simple de cause extérieure, et n'a, excepté dans quelques cas rares, aucune tendance à gagner la cornée. Il est donc par-

faiteruent inutile de déployer contre elle un grand appareil de ressources thérapeutiques.

Au bout de trois ou quatre jours, le boursouflement, lavascularisation, l'inflammation des tissus blessés sont ordinairement à leur apogée de développement ; les résolutifs conviennent mieux alors que les émolliens. L'eau de saturne, la solution faible d'azotate d'argent, lasolution de pierre divine, les solutions alumineuses, ferrugineuses, que j'ai essayées avec avantage dans ce cas, m'ont cependant paru moins efficaces que la solution de sulfate de zinc sous forme d'un collyre ainsi composé :

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Sulfate de zinc 20 centigrammes.

Mucilage de psyllium 3 grammes.

Quelques gouttes de ce collyre sont instillées malin et soir dans l'angle oculaire, et l'on continue de nettoyer, de décroûterles paupières, plusieurs fois le jour, avec une petite éponge ou un linge imbibé d'eau tiède. Après dix à vingt jours, il est généralement permis de négliger tout médicament et de s'en tenir aux simples moyens de propreté. S'il était indispensable de continuer le traitement, c'est qu'il serailsurvenu des complications ou des accidens, dont j'aurai à parler dans un instant.

La question de savoir s'il faut couvrir un des yeux afin de le forcer au repos, et, en cas d'affirmative, lequel des deux yeux il convient de couvrir après l'opération, ne me paraît pas avoir été convenablement posée. Chez la plupart des strabiques opérés, les deux yeux doivent être laissés à l'air libre. Que le malade ne fasse rien qui puisse les fatiguer, qu'il garde la chambre sans travailler pendant trois ou

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quatre jours, qu'il ne se serve ensuite de ses yeux qu'avec ménagement, en évitant tout écart de régime, toute imprudence, et cela suffit -, assez souvent même ces petites précautions sont tout-à-fait inutiles, et le malade continue de travailler sans inconvénient. .

Couvrir l'œil malade a l'inconvénient de le rendre plus irritable, sans le préserver mieux des phénomènes inflammatoires. L'empêcher de se mouvoir en différens sens ne ferait que nuire au but qu'on se propose. Les mouvemens ont l'avantage de maintenir la souplesse des tissus, d'empêcher une adhérence trop immédiate des lamelles divisées à la sclérotique.

Le besoin de couvrir l'œil sain ne se fait sentir que dans les cas où, après l'opération, l'œil opéré tend à rester encore un peu dévié. En le chargeant seul de recevoir les images, on le force alors à se tenir vers le centre de l'orbite, à se porter dans le sens des trois muscles droits conservés, sensiblement mieux qu'en le tenant caché sous des compresses ou un bandeau.

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