ÉTAT DES PARTIES APRÈS L'OPÉRATION
Il était curieux de constater l'état des tissus contenus dans l'orbite au bout de quelque temps, chez les individus opérés du strabisme. Trois opinions pouvaient être émises sous ce rapport en l'absence des faits : 1° On a pu penser que le corps du muscle raccourci, rapproché de son attache profonde, allait se fixer et contracter de nouvelles adhérences, se transformer, par sa portion devenue libre, en un tendon nouveau qui se fixerait sur un point plus ou moins reculé de la sclérotique; 2° d'autres ont pensé qu'un tissu nouveau s'établirait entre les deux bouts de la division, de manière à en rétablir la continuité tout en lui donnant une longueur plus grande. 3° M. Phillips, entre autres (Ténotomie sous-cutanée, etc.), adoptant le dire de M. Stromeyer, prétend qu'après l'opération, le muscle cessant d'être raccourci par le spasme, revient par une sorte d'élongation se fixer près de ses anciennes attaches. Aucune de ces opinions n'est absolument vraie, et celle de M. Stromeyer (Yerhaeghe, p. 49 et 50) ne peut être qu'une inadvertance échappée à la plume de l'auteur.
L'orbite de quelques sujets qui ont succombé par suite de maladies étrangères à l'œil , depuis qu'on s'occupe de l'opération du strabisme, a montré que, une fois divisé, chaque muscle de l'orbite se relire de plus en plus en arrière, pendant une semaine ou deux, que les feuillets cellulo-fibreux ou les aponévroses qui en tapissent les faces se rapprochent, se durcissent ens'épaississant, prennent peu-àpeu la forme d'un ruban, d'une sorte de petit tendon aplati qui, en s'insérant sur la sclérotique, vers l'extrémité du diamètre transversal de l'œil, se continue en avant avec l'aponévrose sous-conjonctivale, qui finit par se rétablir en partie, et, en arrière, avec l'aponévrose oculaire proprement dite. Cette sorte de tendon nouveau n'arrive point jusque sur la place du tendon ancien, mais les lamelles qui le constituent se comportent d'ailleurs, à la distance delà cornée près, comme le faisaient les couches aponévrotiques de la gaîne musculaire primitive. C'est évidemment ainsi que les choses s'étaient passées sur les trois sujets que j'ai pu observer, sur ceux que M. Bouvier a présentés à l'Académie, et sur quelques autres dont on a publié l'histoire en Angleterre. On s'explique de la sorte la variété, la force et le rétablissement des mouvemeus de l'œil, lorsque l'opération n'a éprouvé aucun trou ble dans ses suites.
Toutefois, si les choses se passent généralement comme je viens de le dire, il y a aussi des cas où elles se présentent sous un autre aspect. Si l'inflammation a été très vive, si le bout du muscle s'est trop promptement réappliqué sur le globe de llœil, il est possible qu'une réunion immédiate s'établisse entre sa coupe franchement charnue et ie tissu cellulaire qui tient à la sclérolique. Deux malades chez lesquels la plaie s'était réunie complètement en vingt-quatre heures,
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et chez lesquels je pratiquai de nouveau l'opération au bout de huit jours, m'ont offert chacun un exemplede cette espèce. Sur une pièce disséquée par M. Lenoir, deux mois après l'opération, le muscle droit interne, qui avait été divisé, adhérait à la sclérotique par sa substance charnue et non par un tendon aplati, comme s'y attachaient les deux autres muscles droits et les deux muscles obliques. Aussi y avait-il eu récidive chez le sujet dont on avait tiré cette pièce.
Quant aux nerfs, aux vaisseaux et aux diverses parties annexes de l'œil, ils ne subissent en réalité aucun changement digne d'être noté.