C. Procédés anglais
Après l'Allemagne, c'est l'Angleterre qui a le plus promptement fait accueil aux opérations proposées pour remédier au strabisme. En Belgique même, où M. Verhaeghe vint donner au commencement de l'année 1841 une sorte de vogue à cette opération, on en aurait encore compté les exemples, que déjà MM. Lucas, Ferrall, Liston et d'autres en annonçaient des centaines. C'est ainsi que M. Guthrie fils en cite pour lui seul trois cent seize exemples, avant le mois d'avril 1841 (Annales de la chirurgie française, tome i, page 492), et que MM. Hall, Grant, Eliot, Duffin, avaient publié des brochures instructives sur ce sujet. Ajouterai-je maintenant que presque tous ces praticiens ont opéré chacun par un procédé particulier? Toutefois, comme en Allemagne, comme en Belgique, leurs procédés diffèrent si peu les uns des autres qu'il n'est pas possible de les séparer, quant aufond, de la méthode de Stromeyer.
D. Procédé de M. Lucas. (2) Après avoir fait écarter les paupières et saisi la conjone-
(i) Annal, d'oculist., iersupplém., etc., p. 271. (2) ... Cure of strabisme, etc. , 1840.
Sa DU STRABISME.
live avec une pince, puis incisé celte membrane avec un couteau à cataracte, comme M. Stromeyer, M. Lucas porte par l'incision une érigne double pour accrocher la sclérotique et fixer l'œil. Il glisse aussitôt un stylet ou un crochet mousse sous le muscle, qu'il soulève, pour le diviser avec des ciseaux courbes ; de sorte qu'il n'y a rien dans son manuel qu'on ne retrouve dans les indications données par M. Stromeyer ou par M. Dieffenbach.
E. Procédé de M. Ferrall.
Le* malade étant assis et les paupières convenablement écartées , celle d'en haut par un élévateur, celle d'en bas par les doigts d'un aide, M. Ferrall se sert d'une érigne double, pour accrocher la caroncule, qu'il refoule en dedans.
Ayant ensuite saisi près de la cornée avec des pinces un point de la conjonctive qu'il divise avec de petits ciseaux coudés, il laisse reposer l'œil un instant; faisant écarter les paupières denouveau, il glisse par la plaie de la conjonctive un petit crochet mousse pour soulever le tendon du muscle, qu'il divise dans un troisième temps; très près de la sclérotique avec les ciseaux angulaires.
L'érigne de M. Ferrall agit évidemment ici comme l'érigne interne de M. Dieffenbach. Plaçant sa pince en dehors, tandis que Stromeyer place la sienne en dedans, M. Ferrall a tout simplement rendu l'opération du chirurgien de Hanovre un peu plus difficile en se bornant à en déplacer deux instrumens. En substituant des ciseaux angulaires aux petits ciseaux ou au petit bistouri déjà usité, soit en Allemagne, soit en Belgique, le chirurgien anglais n'a certainement rendu l'opération du strabisme ni plus simple ni plus facile.
F. Procédé de M. Liston.
Tenant à n'avoir besoin que d'un seul aide qui est chargé de soulever la paupière supérieure avec les doigts ou avec l'élévateur de Pellier, M. Liston va saisir dans la rainure oculo-palpébrale un pli de la conjonctive avec une pince à ressort et à mors pleins qui, abandonnée à elle-même , abaisse, par son poids, la paupière inférieure. Libre de ces deux mains, le chirurgien procède dès-lors aux autres temps de l'opération por les moyens ordinaires.
Nous verrons bientôt que cette manière de faire est très défectueuse et ne mérite nullement d'être conservée dans la pratique.
G. Procédés français.
L'opération du strabisme n'a pas moins varié dans son manuel , en France que chez nos voisins d'outre-mer. C'est en juin ou juillet 1840, que les praticiens de notre pays ont tenté de la mettre enpratique. Effectuée d'abord au Havre par M. Huard et quelques autres, au moyen de procédés sur lesquels je ne possède aucune notion , puis à Paris par MM. Guérin (1), Roux (2) et Amussat, à l'aide de méthodes qui ont complètement échoué ou qui n'ont pas été publiées, c'est à Nancy, entre les mains de M. Simonin, que cette opération semble avoir obtenu chez nous un succès complet, pour la première fois.
H. Procédé de M. Simonin.
Gomme M. Dieffenba'ch, M. Simonin (3) fait asseoir le ma-
(i) Lettre à l'Académie des sciences, 29 juin 1840.
(2) Communication à l'Institut, 20 juillet.
(3) Du strabisme; opérations pratiquées pour la guêr'don, Nancy, 1841, in-8.
lade sur une chaise, lui ferme l'œil sain, et l'ail soulever la paupière au moyeu du lénaeulum. De même que le chirurgien de Hanovre, il fait tourner l'œil louche en dehors, implante près de la cornée, dans la conjonctive, une érigue qu'il conûe à un second aide ; comme M. Ferrall, ou M. Lucas, il fait abaisser la paupière inférieure par le doigt d'un aide, et saisit en dedans avec une pince, comme Stromeyer, la conjonctive, qu'il divise de haut en bas, dans l'étendue de 12 millimètres, avec un petit bistouri. Soutenant avec les pinces le lambeau conjonctival ainsi séparé, M. Simonin se sert d'un petit couteau mousse pour décoller cette membrane jusque sur le muscle, au dessous duquel il glisse le crochet mousse, et qu'il coupe avec des ciseaux, près de son aponévrose.
On le voit donc, le chirurgien de Nancy a saisi, de prime abord, ce qu'il y avait de bon dans la méthode opératoire de M. Stromeyer, complétée, régularisée par M. Dieffenbach.