I. Procédé de 31. Eoux
Après 31. Simonin et M. Guérin, c'est M. Roux , je crois, qui pratiqua le premier et publiquement en France l'opération du strabisme. Ce fut à l'Hôiel-Dieu, en juillet 1S&0.. D'après ce que m'en ont dit des témoins oculaires, ce chirurgien suivit de tous points la méthode allemande, avec celte différence seulement que le crochet mousse dont il se servil était cannelé pour servir de guide au petitbistouri charge de diviser le muscle. Les deux malades traités de la sorte étant restés louches, M. Roux n'accorda pas une grande confiance à l'opération du strabisme, el ne s'en est pas monlré grand partisan depuis.
DU STP. VLISME. C7
J. Procédé de M. Sédillot.
Peu de jours après moi, M. Sédillot, mainleDant professeur à la Faculté de médecine de Strasbourg, pratiquant l'opération du strabisme chez un militaire au Val-de-Grûce, s'y prit de la manière suivante : au lieu de lerigne simple de M. Stromeyer, au lieu de 1 erigne double de II. Cunier, M. Sédillot se servit, pour fixer l'œil en dehors, d'une erigne à trois branches, enfoncée dans la sclérotique, et dont les crochets sont renflés à deux millimètres de leur pointe. Saisissant ensuite la conjonctive près de la caroncule avec une pince, comme Stromeyer, il employa pour soulever le muscle une spatule cannelée, comme M. Roux, et des ciseaux pour terminer l'opération, comme MM. Stromeyer et Dieffenbach (i). Le malade est resté louche.
K. Procédé de M. Phillips.
Au mois de novembre ISio, il régnait encore parmi les chirurgiens de Paris une grande incertitude sur la valeur de l'opération du strabisme. En regard des succès constans annoncés à Berlin, à Saint-Pétersbourg, à Londres même, nous voyions qu'en Belgique beaucoup de praticiens avaient échoué, et que, parmi nous, personne ne pouvait se vanter d'en avoir obtenu des résultats tout-à-fait satisfaisans. Maisunjeune médecin, M. Phillips, qui avaitaidé M. Dieffenbach, qui avait lui-même pratiqué bon nombre d'opérations en Russie, étant venu en France, je m'empressai de le questionner, afin de savoir de lui jusqu'à quel point les louches de Berlin avaient été redressés, et si nos échecs devaient être at-
(i) Gazette des Hôpitaux, 1841 , i5 septembre
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tribués aux procédés suivis par nous plutôt qu a l'opération en elle-même.
Voici son procédé :
Un aide placé en arrière soulève la paupière supérieure avec un élévateur à manche ; un second aide se sert dune double érigne mousse pour abaisser la paupière inférieure. Placé en face et debout , au lieu d'être assis, comme le veut M. Dieffenbach , M. Phillips accroche la conjonctive au moyen d'une petite érigne pour tirer l'œil en dehors ; cette érigne, confiée à un aide, met l'opérateur à même d'en employer une seconde pour accrocher la conjonctive du côté de la caroncule lacrymale, d'où un pli de cette membrane, qu'on divise avec le bistouri entre les deux érignes. Celte plaie est agrandie en haut et en bas avec de petits ciseaux courbes qui servent aussi à compléter la dénudation du muscle.
On glisse alors une petite curette sous ce muscle pour le séparer du globe de l'œil, puis on substitue le crochet mousse à cette curette, pour terminer par la section du muscle soulevé, au moyen des petits ciseaux courbes dont on s'est servi pour agrandir la plaie de la conjonctive.
if. Phillips a conservé en outre l'habitude d'exciser le bout antérieur du muscle divisé, afin d'être plus sûr d'en empêcher le recollement. C'est une précaution adoptée dans le principe, puis abandonnée par M. Dieffenbach. On voit donc que le procédé de 31. Phillips n'est en définitive que celui de M. Stromeyer perfectionné par le chirurgien de Berlin. (1)
Témoins de l'innocuité des dissections opérées'par M. Phillips, nous devînmes à Paris notablement plus hardis et nous obtînmes dès-lors de l'opération du strabisme les mêmes résultats qu'on en retirait réellement en Allemagne.
(i) De la Tenotomie sous-cutanée, pag. 2+5.