SECONDE SÉRIE D'EXPERIENCES
Sur trois chiens bien portants et à peu près de même taille , j'ai injecté dans le sang une dissolution, de (0 grammes de sucre dan* 30 grammes d'eau distillée. On a toujours soigneusement analysé les urines avant et après.
Sur un de ces animaux, j'ai injecté du sucre de raisin , et il a été retrouvé à cet état dans les urines.
Sur les deux autres chiens, l'expérience a été faite avec du sucre de canm, qui a été retrouvé dans les urines (1) , sans transformation au cu.;e, et avec tous les caractères de sucre de canne.
Deux jours après, j'ai repris les trois mêmes animaux qui étaient bien
(1) Pour obtenir à volonté de l'urine des chiens, je leur pratique uue boutounière dans la région membraneuse de l'urèilire. Je peux, parce moyeu, les souder à toutes les époques de l'expérience.
portants, et je leur ai injecté à tous trois 10 grammes de sucre de canne digéré, pendant six heures, à 39°, dans le suc gastrique.
Les urines, analysées avec soin, n'ont pas donné de trace de sucre de canne ni de sucre de raisin, qu'on les examinât avant on après l'injection.
Ces analyses des urines ont été faites de la manière suivante : On précipite d'abord les matières muqueuses et l'acide urique des urines encore chaudes ou toutes fraîches, par l'acétate de plomb basique, après quoi on filtre et on fait chauffer le liquide filtré avec du tari rate de cuivre dissous dans la potasse.
Si le sucre est dans les urines à l'état de sucre de raisin, il se forme un précipité jaune d'oxyde de cuivre; si le sucre est à l'état de sucre <*e canne, il suffit d'ajouter préalablement à la liqueur une trace d'acide sulfurique pour opérer la transformation en sucre de raisin.
Ces analyses faites ainsi comparativement ne peuvent laisser aucun doute dans l'esprit; elles ont été faites un grand nombre de fois et répétées par M. Bareswille. l'auteur du procédé d'analyse. De l'exposition de ces faits, il résulte donc :
!" Que le sucre et I albumine, dissous dans un autre véhicule que le sucre gastrique, ne se sont pas décomposés dans le sang, et ont été éliminés par les urines sans avoir éprouvé la moindre altération;
2° Que le sucre et l'albumine, chymifiés artificiellement , c'est-à-dire dissous et digérés dans un vase avec le suc gastrique, sont restés dans le sang, s'y sont décomposés, et n'ont passé dans les urines qu'après avoir subi les différents phénomènes de combustion auxquels la réaction moléculaire spéciale du suc gastrique les avait rendus aptes.
Ainsi donc, les substances sur lesquelles nous avons expérimenté ont été dissoutes dans l'eau et dans le suc gastrique. Celles qui ont été placées avec le suc gastrique ont éprouvé, outre la dissolution, une autre modification qui les empêche de passer en nature dans les urines, comme celles <Hii n'avaient été dissoutes et digérera que dans l'eau.
Cette propriété acidifiante spéciale du suc gastrique, qui rend les
substances susceptibles de se décomposer dans le gang en d'autres éléments, dont les uns restent fixes et les autres sont éliminés sous forme de produits ultimes par la sécrétion urinaire et la respiration, cetle propriété, dis-je, ne s'exerce pas sur tous les corps.
Il est certaines substances sur lesquelles le suc gastrique n'agit pas du tout: tel e.-t le ligneux, etc.
Il est d'autres matières que le suc gastrique ne fait que dissoudre sans les rrndre assimilables; telles sont les sub tances minérales, comme la magnésie, le cyanure ferrure d»- potasse, etc. Que la dissolution ait été opérée par le suc gastrique ou par l'eau acidulée, ces >ubslances n'en sont pas moins éliminées, en nature, comme étrangères à l'organisme.
Ainsi, pour que le suc gastrique rende une substance assimilable , il ne suffît pas quelle soit dissoute par ce fluide; il faut, de plus, que cette substance disparaisse en entier dans le sang.
Ce fait , que nous avons surtout tenu à constater ici , va constituer désormais pour nou» le caractère distinclif essentiel entre une substance qui est nutritive et une autre qui ne l'est pas.
Il nous faudrait maintenant, avec ce critérium nouveau, passer en revue les deux classes de substances alimentaires azotées ou non azotées , afin de comparer leur mit reseibilité, et d'étudier quels so;it lèsproduits ultimes auxquels chacune d'elles donne lieu.
De s m. b'ables recherches, pour avoir toute la rigueur néces;aire . demandent une très-grande précision dans les analyses chimiques M. Bareswile, un de nos jeunes chimistes les plus distingués , a bien voulu s'adjoindre à moi pour la continuation de ce travail, dont je ne donne ici que la première partie.