‹ Du suc gastrique et de son role dans la nutritionChapitre 5 sur 11 · S II · texte numérisé non relu

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De l'origine du suc gastrique et de sa nature.

Chez les animaux à jeun, le fluide gastrique se réduit à une sorte de couche qui humecte la face interne de la membrane muqueuse stomacale; mais lorsque l'estomac entre en fonction, c'est-à-dire pendant la chymificalion , ce liquide y est versé en grande abondance; c'est alors qu'il peut être recueilli et étudié.

L'observation nous apprend qu'au moment de l'ingestion des aliments, la muqueuse gastrique est le siège d'un afflux sanguin considérable. La surface interne de l'estomac devient turgescente , se colore d'un rouge intense; le réseau capillaire se gonfle et passe à un véritable état érectile , qui semble être la condition indispensable de la production abondante du suc gastrique.

On peut se convaincre de ces faits en comparant les estomacs de deux animaux tués subitement, l'un étant à jeun et l'autre étant en pleine digestion. La muqueuse stomacale du premier sera pâle, exsangue, affaissée, tandis que chez le second animal elle offrira tous les caractères d'éréthisme et de turgescence que nous avons indiqués. M. le docteur Beaumont, sur l'homme, et M. Blondlot , sur des chiens, ont pu observer directement ces phénomènes pendant la vie, dans un estomac qui digère. Ils ont vu , en outre, au moment du contact des matières alimentaires, la muqueuse de l'estomac turgide laisser suinter le suc gastrique qui se réunissait sous forme de goutteLtles limpides comme une rosée qui ruisselait de toute part dans l'estomac. Puis ce liquide se trouvait bientôt porté sur les aliments et mélangé avec eux, à la faveur des mouvements péristalliques qui devenaient alors très-rapides.

J'ai pu moi-même constater l'exactitude de ces assertions sur des chiens préparés à cet effet dans le laboratoire de M. Magendie.

D après ce qui vient d'être élabli , il est donc bien positif que le suc

gastrique s'échappe par la surface interne de l'estomac; mais d'où provient ce liquide singulier, où se prépare-t-il, et quels sont ses organe» de formation ?

Toutes les fois que nous rencontrons dans l'économie un liquide produit, nous pouvons lui assigner deux sources différentes : tantôt il est formé dans un tissu glandulaire, et c'est un liquide sécrété ; tantôt il s'exbibe directement d'un réseau vasculaire, et c'est un liquide exhalé.

Pour que le suc gastrique soit dans les conditions d'un fluide sécrété, il faut donc nécessairement que nous trouvions dans la membrane interne stomacale des glandes pour le préparer, c'est-à-dire des canaux plus ou moins ramifiés, venant s'ouvrir à la surface libre de la muqueuse, pour y verser le liquide gastrique qu'ils contiendraient déjà formé.

Or, à part les cryptes muqueux constatés dans l'estomac , comme dans tout le reste de l'intestin, on n'a jamais pu découvrir dans la membrane villeuse de l'estomac d'autres organes glandulaires en rapport avec la sécrétion du fluide gastrique.

C'est donc à la classe des liquides exhibés que le suc gastrique appartient. Recherchons maintenant, dans la texture de la membrane interne stomacale qui le produit, les conditions spéciales de sa formation.

Les éléments anatomiques de cette muqueuse sont de trois ordres : 1° les cryptes ou follicules qui sont affectés à la sécrétion du mucus, et sur lesquels nous ne reviendrons pas ; 2° le réseau vasculaire ou tissu intermédiaire; 3° des petits corpuscules particuliers décrits récemment par M. Gruby.

Le réseau vasculaire ou tissu intermédiaire présente la disposition villeuse bien caractérisée. Les villosités de l'estomac, un peu moins allongées que celles de l'intestin grêle, sont pourvues d'un épithélium de même nature. En vertu de leur identité complète de structure avec les villosités de l'intestin, qui ne produisent certainement aucun liquide acide, nous leur assignerons les mêmes usages dans l'absorption, et nous les regarderons comme étrangères à la production du suc gas~

trique. Mais ce n'est pas là fout : outre les viliosilés, il existe encore dans l'estomac un autre réseau vasculaire dépourvu d'épithélium, entourant les petits organes que nous avons mentionnés plus haut. Ces corpuscules, récemment décrits par M. Gruby, et que la complaisance de cet habile micrographe m'a mis à même de conslater, ne se rencontrent que dans l'estomac. lis existent en très-grande quantité dans toute l'épaisseur de la muqueuse, et représentent, quanta leur forme, de petits croissants dont les deux extrémités libres se terminent à la surface interne de la muqueuse de l'estomac. Ils sont encore entourés de vaisseaux très-déliés, et constituent des organes pleins, formés d'une sorte de tissu celluleux ne laissant nulle part des interstices, et dans la disposition desquels on ne constate jamais ni cavité ni orifice.

Il n'y a donc pas la moindre analogie entre la conformation de ces petits corps et celle d'une glande. Cependant, si l'on considère leur rapport intime avec le réseau vasculaire, on reste convaincu qu'ils oui un rôle à remplir dans la production du suc gastrique. Ils peuvent agir, en effet, en vertu de leur texture feutrée à la manière de petits filtres que le suc gastrique doit traverser pour arriver jusqu'à l'estomac.

Ils serviraient, pour ainsi dire, à exercer sur les matériaux du sang une action plus intime que celle qui se passe dans les exhalations ordinaires.

Cette action est d'autant plus probable que le fluide gastrique . comme nous le verrons, est le plus parfait de tous les liquides exhali s.

En définitive, le siège anatomique d'exhibition du suc gastrique est dans le réseau vasculaire stomacal dépourvu d'épithélium, auquel on doit joindre, comme annexés au perfectionnement de la même fonction, les petits corpuscules de M. Gruby.

La condition physiologique de cette exhibition se trouve à son tour dans l'afflux de sangqui rend l'estomac turgide pendant la chymification. C'est à ce moment, en effet, que le fluide gastrique s'échappe instantanément en traversant le tissu de la muqueuse, comme si c'était m\

véritable filtre qui laisserait passer certaines parties et retiendrait les autres.

Cette exhibition spéciale du suc gaslrique des matériaux du sang ne serait donc, suivant nous, ni une exhalation simple , ni une sécrétion; la physiologie expérimentale va, en ePFet, nous le démontrer, et prouver que notre interprétation des faits ana'omiques est l'expression exacte de la vérité.

Les expériences que nous avons instituées dans cette vue se divisent en deux catégories. Dans la première série, les résultats expérimentaux nous indiqueront l'origine précise du suc gastrique et le mécanisme de sa production. Dans la deuxième série d'expériences, nous irons plus loin; non contents de savoir d'où émane le suc gastrique, nous rechercherons quelle est sa nature physiologique, et nous essayerons de la démontrer expérimentalement.

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