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CHEZ LES GRECS

Pjthagore et Platon d'avoir préconisé le suicide dans leurs écrits. Or, le premier de ces philosophes enseignait qu'il est défendu à l'homme de se donner la mort sans la permission de l'Être suprême, comme il n'est pas permis à un soldat de quitter son poste sans le consentement de son chef (1). Platon adopte pleinement cette maxime dans son apologie de Socrate; il la développe ensuite dans ses Lois dans les termes suivants : « iMais quelle peine porterons-nous » contre le meurtrier de ce qu'il a de plus proche « et de plus cher au monde, je veux dire contre » Thomicide de soi-même, qui tranche malgré » la destinée le fil de ses jours , quoique l'État

de déshonneur s'aUache à celui qui s'est lue lui-même, comme étant coupable d'un délit envers la société. » (Arislote, Œuvres morales, trad. du grec, par Thurot, professeur au collège de France. Liv. V, chap. XI.)

Le traducteur ajoute en note: « On refuse la sépulture au coupable, dit l'auteur de la Paraphrase. Mais Eschine [adv. Ctesiphont, p. 636) dit seulement : « Si un homme se tue luimême, nous enterrons séparément du corps la main qui a fait l'action. »

(1) Platon, Apologie de Socrate, — Cicéron, TitscuL, et De senectute.

» ne l'ait pas condamné à mourir, qu'il n'y soit » point réduit par quelque malheur affreux et « inévitable survenu inopinément, ni par aucun » opprobre, dénature à lui rendre la vie insuppor- » table, mais qui, par une faiblesse et une lâcheté » extrême, se condamne lui-même à cette peine » qu'il ne mérite pas? Les Dieux seuls savent « quelles sont les cérémonies nécessaires pour » l'expiation et la sépulture du coupable. Ainsi, » les plus proches parents du mort consulteront » là-dessus les interprètes et les lois relatives à » ce sujet, et se conformeront à leurs décisions. » Ceux qui se seront défaits ainsi seront enterrés » seuls, dans un lieu à part. On choisira pour » leur sépulture, dans les confins des douze par- » ties du territoire, quelque endroit inculte et » ignoré, où ils seront déposés sans honneur, » avec défense d'ériger aucune colonne sur leur » tombe et de graver leur nom sur un mar- » bre (1). »

11 existait donc chez la plupart des peuples de

• (1) Platon, Des lois, liv. IX. — C'est à peu près ce qui se passe, de nos jours, en Angleterre, toutes les fois qu'il est bien reconnu que le suicidé jouissait, au moment de la perpétralion de l'attentat, de la plénitude de sa liberté morale.

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la Grèce et dès la plus haute antiquité, des lois pénales dirigées contre le meurtre de soi-même. Ces lois, dont les premiers auteurs nous sont inconnus, étaient encore en vigueur aux temps où vivaient Pythagore, Platon et Aristote, c'està-dire aux plus belles époques de la civilisation grecque. C'est aussi à ces époques que le suicide paraît avoir été le plus rare dans ces contrées. Il est difficile cependant de déterminer avec précision jusqu'à quel point les lois dont nous parlons furent efficaces. Les documents authentiques nous font à peu près complètement défaut. Nous ne trouvons que deux ou trois faits un peu concluants, disséminés de loin en loin dans les écrivains anciens. Tout le monde connaît l'histoire des filles de Milet qui nous a été conservée par Plutarque :

« Il fut un temps qiie les filles des Milésienâ » entrèrent en une estrange resverie et terrible » humeur, sans que Ion en vist aucune cause » apparente, sinon que Ion conjecturoit qu'il )i falloitque ce fust quelque empoisonnement d'air » qui leur causait ce devoyement et aliénation w d'entendement; car il leur prenoit à toutes une » soudaine envie de mourir et un furieux appétit

» de s'aller pendre, et y en eut plusieurs qui se » pendirent et estranglerent secreltement, et n'y » avoit ny remonstrances, ny larmes de père » et de mère, ny consolations d'amis, qui y ser- » vissent de rien, car pour se faire mourir elles » trouvoient tousjours moyen d'affiner et tromper » toutes les ruses et inventions de ceux qui » fesoient le guet sur elles. De manière que Ion » estimoit que ce fust quelque punition divine, » à laquelle nulle provision humaine ne sçeut » trouver remède, jusques à ce que par l'advis » de l'un des citoyens, homme sage, il se feit au » conseil un edict que s'il advenoit qu'il s'en » pendist plus aucune, elle seroit portée toute » nue à la veuë de tout le monde à travers la » grande place. Cest edict, fait et ratifié par le » conseil, ne reprima pas seulement pour un » peu, mais arresla du tout la fureur de ces filles » qui avoient envie de mourir. » Plutarque ajoute ces réflexions remarquables : « Or, est ce un « grand signe de bonne et vertueuse nature que » la crainte d'infamie et de déshonneur, et veu » qu'elles ne redouloient ny la mort, ny la dou- » leur, qui sont les deux plus horribles accidens » que les hommes puissent souffrir, qu'elles ne

» peurent supporter une imagination de villanie, » ny de honte et deslionneur, qui ne leur devoit » encores advenir sinon après leur mort (1). »

Esquirol rappelle, dans son mémoire sur le suicide, que les déclamations d'Hégésias ayant rendu les morts volontaires fréquentes en Egypte, il suffît d'une loi de Ptolémée, qui défendit, sous peine de mort, d'enseigner cette philosophie et celle de Zenon, pour les faire cesser (2).

Enfin nous trouvons dans Pline un fait beaucoup moins connu, et tout aussi favorable à notre thèse que ceux qui précèdent : « C'est ici le lieu » de rapporter un fait qui mérite d'autant plus » d'être cité, que les plus célèbres écrivains n'en ); ont fait aucune mention. Pendant que Tarquin » l'Ancien employait le peuple à construire un » égout, un grand nombre de citoyens, rebutés » d'un travail si long et si périlleux, se donnèrent » la mort. Ce prince imagina pour les en détour » ner un moyen nouveau, dont on ne retrouve » aucun exemple ni avant ni après lui. Il fit

(1) Plutarque, OEuvres morales: « Des verlucux faits des femmes. » (chap. XV.)

(2) Esquirol, loc. cit., t. î, p. 665.

o5/t LOIS GONTRE LE SUICIDE

» mettre en croix les corps des suicidés, et les w exposant à la vue des citoyens, il les abandonna » aux bêtes féroces et aux oiseaux de proie. » Aussi l'honneur, ce caractère distinctif de tout » ce qui est Romain, ce noble sentiment qui » tant de fois a rétabli dans les combats nos » affaires désespérées, l'honneur vint au secours » de Rome. Sans doute il en imposa pour lors » à leur simplicité, puisque vivants ils rougis- » salent de cette ignominie, comme si après la » mort ils devaient être sensibles à la honte. On » dit que Tarquin donna aux souterrains assez w de largeur pour qu'il y passât une charrette » chargée de foin (1). »

Cette loi de Tarquin l'Ancien ne fut probablement qu'une loi de circonstance, qui ne dura qu'autant que les faits qui lui avaient donné naissance. Cela ressort des termes mêmes de Pline, qui la qualifie de remède nouveau dont on ne trouve aucun exemple ni avant ni après. D'un autre côté, si nous en croyons Montesquieu, « du temps de la république, il n'y avait point » de loi à Rome qui punît ceux qui se tuaient

(1) Pline, Histoire naturelle, traduction de Guéroiiit, liv. XXXVI, chap. XV.

^> eux-mêmes. Cette action, chez les historiens, » est toujours prise en bonne part, et l'on n'y » voit jamais de punition pour ceux qui Font » faite (1), » Cependant il semblerait résulter d'un passage de Sénèque le rhéteur, que, dans les premiers temps de la république, on abandonnait sans sépulture les cadavres de ceux qui se tuaient eux-mêmes (2).

Il est probable, d'un autre côté, que la loi des Douze tables, dont nous ne connaissons malheureusement que quelques fragments, ne laissait pas le suicide impuni. Cette loi n'était, comme personne ne rignore,qu'unrésumé des meilleures lois recueillies chez les différents peuples de la Grèce, par les citoyens les plus intelligents et les plus vertueux de Rome. Pourquoi ceux-ci auraientils négligé celles qui condamnaient le suicide et qui étaient alors partout en vigueur dans ce pays? Quoi qu'il en soit, il est constant que la mort volontaire n'est devenue fréquente à Rome que X^ dans les derniers temps de la république, alors que l'introduction de la philosophie grecque au

(1) Montesquieu, EsprU des lois, liv. XXIX, chap. IX.

(2) Sénèque le rhéteur, Controverses, liv. VIII, conir. /i.

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sein de la cilé y produisit une si profonde révolu lion dans les idées et dans les mœurs. C'est en effet à cette philosophie, et surtout aux doctrines stoïciennes, qu'il faut attribuer Tadoption de ce principe. Mori licet, cui vivere non placet, qui servit de base, à la fin de la république et sous les empereurs, aux nombreuses lois sur le suicide que le Digeste et le Code nous ont conservées. Ceci demande quelques développements.

Rien n'était fait comme la morale stoïcienne pour séduire un peuple fier et énergique, amoureux jusqu'à la fureur de sa liberté et de sa puissance, plus grand peut-être dans l'adversité que dans le triomphe. « Les diverses sectes de » philosophie chez les anciens, a dit Montesquieu, » pouvaient être considérées comme des espèces » de religions. Il n'y en a jamais eu dont les prin- » cipes fussent plus dignes de l'homme, et plus » propres à former des gens de bien, que celle » des stoïciens; et si je pouvais un moment cesser » de penser que je suis chrétien, je ne pourrais » m'empecher de mettre la destruction de la » secte de Zenon au nombre des malheurs du )> oenre humain.

« Elle n'outrait que les choses où il y a de la

» grandeur, le mépris des plaisirs et de la dou- » leur.

a Elle seule savait faire les citoyens ; elle seule » faisait les grands hommes; elle seule faisait » les grands empereurs (1). »

Aussi cette philosophie et celte morale furentelles adoptées avec une sorte d'enthousiasme par la jeunesse romaine à la suite des enseignements de Diogène le stoïcien, de Carnéade et de Gritolaûs, envoyés à Rome par le peuple d'Athènes pour demander la remise d'une amende de 500 talents, à laquelle il avait été condamné pour avoir pillé la ville d'Orope. En vain Caton le censeur craignant pour l'avenir de Rome « que les » jeunes gens ne tournassent entièrement là leur » affection et leur estude, et ne quitassent la » gloire des armes et de bien faire, pour l'hon- » neur de sçavoir et de bien dire, » oblint-il du sénat « de les renvoyer à leurs escholes disputer » avec les enfants des Grecs, et laisser ceux des » Romains apprendre à obéir aux lois, et aux ma- » gistrats de leur pais, comme auparavant (2). »

(!) Montesquieu, Esprit des lois^ liv. XXIV, chap. X. (2) Plutarqup, Vie des hommes illustres: Calon le censeur, chap. XLvrr.

Le séjour de ces philosophes à Rome avait produit des fruits qui devaient mûrir tôt ou tard. A peine Galon était-il mort qu'ils furent rappelés avec éclat par quelques sénateurs influents, et chargés de l'éducation de leurs enfants. Les nouvelles doctrines firent des progrès rapides. Les philosophes, les stoïciens surtout, furent admis dans la familiarité des plus grands citoyens, les Scipion, les LéliuSjlesïuberon, lesScsevola,etc. Il est vrai de dire aussi que les vieilles mœurs, les lois, les coutumes austères de l'ancienne Rome s'étaient adoucies peu à peu. Les dépouilles des peuples vaincus avaient porté l'aisance et la richesse dans toutes les classes de la population. La frugalité, la pauvreté, l'amour de l'épargne et du travail, ces vertus sévères qui avaient été si longtemps en honneur et avaient tant contribué à la grandeur des premiers siècles, avaient fait place à la longue aux recherches du luxe et des arts, au goût de l'oisiveté et des amusements frivoles, à une curiosité ardente pour toutes les idées nouvelles , qui rendirent la tâche facile aux philosophes de toutes les sectes. Mais ces sectes, fruits parfois encore magnifiques de la décadeqce philosophique de la Grèce, après les

beaux jours do l'Académie et du Lycée, perlaient en elles, comme conséquences nécessaires de leur théologie et de leur morale, la justification et l'éloge du suicide. Toutes, comme à l'envi, amenaient le sage à cette conclusion désolante, que leurs fondateurs et leurs plus illustres adhérents sanctionnèrent par leur exemple et scellèrent de leur sang. Un coup d'œil jeté sur les dogmes et les préceptes des épicuriens et des stoïciens suffira pour fairecomprendre tout l'empire qu'elles exercèrent sur des hommes qui avaient conservé, au milieu de leurs vices et de leur corruption, l'énergie et le courage de leurs ancêtres.

Épicure et ses disciples ne voyaient dans Tunivers qu'une seule substance, la matière ; dans la création, qu'une combinaison fortuite des atomes dont celle-ci se compose; dans l'âme humiaine, qu'une agrégation des parties les plus subtiles et les plus épurées de cette matière, sujette à la mort, comme tous les corps vivants; dans les dieux enfin, que des êtres faits à notre ressemblance, qui ne sont ni de purs esprits, ni des corps, mais de simples images, indifférents au sort des hommes et à la marche du monde, trouvant le bonheur suprême dans un repos et une

immobilité absolue, qui les rend égalemenl; insensibles aux hommages et aux outrages (1). Les principes de morale qu'ils déduisaient de ces dogmes étaient aussi simples que logiques. L'homme, n'ayant rien à craindre ni à espérer au delà de cette vie si courte, devait avant tout chercher le bonheur dans les plaisirs et les jouissances du présent; le souverain bien étant la volupté, tous les moyens étaient bons qui pouvaient y conduire (2) ; et lorsque la satiété élait venue, ou quand la somme des douleurs et

(1) Cicéron, De natura deorum^ liv. I, chap. XVII et XIX. • — Sénèque, De beneficiis, liv. IV, chap. III. — Lucrèce, De reriim natura, passira. et liv. III : « Nil igitur mors est, ad nos neque pertinet hilum, — Quandoquidem natura animi mortalis habetur. » — Ce sont à peu près les idées cosniogoniques de Kapila et de Kanada, dont nous avons parlé un peu plus haut, et qui vivaient sur les bords du Gange, plusieurs siècles avant le philosophe grec. '. (2) Cicéron, De natura deorum, liv. I. — Sénèque, et avec lui quelques philosophes modernes, attribue à Épicure une morale un peu moins brutale. D'après eux, celui-ci ne trouvait pas seulement le bonheur, que tout homme doit chercher dans cette vie, dans les plaisirs des sens et la satisfaction des passions, mais encore dans la paix de l'âme, dans la vertu ou la sagesse. Il conseillait d'opposer aux attraits des plaisirs la

des souffrances l'emportait sur celle des félicités, la nature, qui nous avait ouvert une seule porte pour entrer dans la vie, nous en offrait plusieurs pour en sortir. « Cependant, quoiqu'il y ait plusieurs cas qui pourraient nous faire renoncera la vie, et nous engager à ne pas attendre qu'un cas fortuit vienne nous en enlever la liberté, nous ne devons rien entreprendre à ce sujet sans méditation, sans calme et surtout sans opportunité. Mais lorsque le moment tant désiré sera arrivé, oh! alors plus d'hésitation! Celui qui veut faire ce grand pas ne doit point douter de trouver son salut, au milieu même des positions les plus difficiles, pourvu toujours qu'il ne se hâte pas trop et qu'il sache s'y prendre à temps (1). »

raison qui calcule non-seulement leur inlensilé, mais leur durée et leurs suites. Il est certain toutefois que cette doctrine dégénéra plus tard, et servit d'excuse à la plus abominable corruption. (Sénèquc, Lettres^ leUres XII, XX, XXI, etc). Voici une maxime d'Épicure rappelée par Sénèque dans cette dernière lettre : « Magnificentior, mihi crede, sermo tuus » in grabato videbitur et in panno. Non enim dicentur tan- B tum illa, sed probantur. » — Cousin, Cours de l'histoire de la philosophie, t. V, p. 268.

(1) Pierre Gassendi , Syntayma philosophiœ Epicuri ,

362 HISTOIRE DU suicmE

Les stoïciens avaient adopté un point de départ tout à fait différent, qui les conduisit néanmoins aux mêmes conséquences pratiques. Ils étaient, sinon les disciples, du moins les fils dégénérés de la philosophie de Pythagore et de Platon. Leur théologie était plus épurée, leur morale plus austère que celle des épicuriens. Les uns distinguaient dans le monde deux principes, la matière et V esprit. Dieu ou l'esprit n'a pas créé la matière; il l'a seulement façonnées organisée. Il est l'être souverainement intelligent, doué d'une raison et d'une sagesse parfaites, jouissant d'un bonheur infini, qui pénètre et vivifie tout

part. III, chap. XXI. — Séiièque, leUre XÎI, rappelle cette maxime d'Épicure : « Walum est in necessitate vivere ; sed in » necessitate vivere, nécessitas nulla est. » Puis il ajoute : « Et pourquoi ? C'est qu'on peut s'en affranchir; mil le routes mènent à la liberté: elles sont courtes, elles sont faciles. Rendons grâces aux dieux qui ne retiennent personne de force dans la vie : on peut fouler aux pieds la nécessité même. Encore Epicure, direz-vous? toujours le bien d'autrui. Ce qui est vrai m'appartient. Je ne me lasserai pas de vous citer Epicure. Il faut que ces hommes qui jurent sur parole, et considèrent moins le mot que l'auteur, sachent bien que ce qui est excellent est commun à tous. »

et par qui tout se conserve dans l'univers (1). Pour d'autreSj au contraire, Dieu n'était autre chose que le feu de l'éther universellement répandu dans la nature, ou, en d'autres termes, le monde lui-même, dont ce feu, principe de toute énergie , de tout mouvement , de toute activité , de toute intelligence, était Vâme. « In natiirâ sentiente ratio perfecla inest, qiiam vim animam dicunt esse mundi (2). » Ceux-ci ne voyaient donc rien en dehors ou au delà du monde qui était l'être existant par lui-même de toute l'éternité, et par conséquent était Dieu (3).

L'âme humaine était pour tous une émanation ou une parcelle de Dieu ou de l'Être parfait (/i).

(1) Sénèque , Questions naturelles, préface et iiv. II, chap. XLV.

(2) Cicéron, Acad. I, chap. VII. De natura deorum, Iiv. II, chap. X et XL

(3) Cicéron, De natura deorum, Iiv. II, chap. XIII *. » Et sapiens a principio mundus et deus habendus est. Neque » enim est quidquam aliudprœter rnundum, oui nihil absit ; » quodque undique aptum, atque perfectum, expletumqiie sit » omnibus suis nuraeris et partibus. »

{h) Cicéron, De natura deorum, Iiv. Il, chap. XIV, — Sénèque, Questions naturelles, préface.

oGll ÏIISTOIRE DU SUICIDE

Cette âme élait-elle immortelle? Non, pas plus que le monde lui-même. Seulement elle conservait plus ou moins longtemps son individualité, après la mort du corps. Seules, les âmes des grands hommes et des sages devaient durer jusqu'à la consommation des temps, époque à laquelle elles s'abîmeraient, à leur tour, dans le feu universel qui, après avoir absorbé les autres éléments, formerait par sa seule énergie un monde nouveau, aussi beau que le premier (1). Dans ce système, les dieux n'étaient que des êtres supérieurs chargés par la Providence universelle de maintenir l'ordre dans l'univers et de veillera l'accomplissement de ses immuables décrets (2). ïl est facile de voir dans ces idées

(1) Cicéron, De natura deorum, liv. II, chap. XXIV. Balbus rappelle les héros qui ont élc divinisés par leurs ancêtres, puis il ajoute : « Quorum cùm remanerent animi et » aeternitate fruerentur, dii rite sunt habiti ; cùm et optimi » essent, elaeterni. » Dans un passage des Tusculanes, Cicéron dit encore : « Stoïci usurain nobis largiuntur tanquam corni- » cibus ; diù mansuros aiunt animos, semper negant, » — Sénè(îue, Lettres, letu-es XXIV, LXXI. Consolation à Marcia, chap. XXVI.

(2) Cicéron, De natitra deorum , liv. II, chap. XXII,

un peu confuses et contradictoires une réminiscence éloignée des dogmes brahmaniques et des idées philosophiques des successeurs de Djaimini et Vyasa (1).

Telle était d'une manière générale la Théologie des stoïciens. Nous n'avons pas à discuter ici la valeur de ces dogmes, ni à rechercher les causes des variations assez importantes qu'ils ont subies depuis Zenon, Cléanthe ou Ghrysippe, jusqu'à Sénèque ou Marc- Aurèle. Nous ne faisons pas et nous n'avons pas à faire, grâce à Dieu ! une histoire de la philosophie. Notre seul but est de montrer par quelle filiation d'idées ces philosophes avaient été conduits à ce mépris de la mort, je dirai presque à ce fanatisme du suicide, dont tous les historiens anciens nous ont conservé de si nombreux et de si lamentables exemples. Or, ces faits eurent évidemment pour point de départ les principes de morale que les stoïciens avaient déduits de leurs dogmes. Cette

(1) Voir plus liaut à la page 315. Voir aussi le passage de Josèphe que nous avons elle à la page 316 (note), qui prouve que la religion el la philosophie de l'Inde étaient connues dans le monde romain.

morale était, par certains côtés, l'expression la plus pure et la plus grandiose du progrès de l'esprit humain pendant Tantiquité païenne. Nous avons vu plus liaul avec quel respectueux enthousiasme en a parlé Montesquieu. On peut encore la considérer comme le digne précurseur de la morale chrétienne, et comme une protestation suprême de la raison humaine contre la corruption, qui envahissait le monde romain et devait en amener graduellement la dissolution. Mais elle portail en elle, en même temps, un vice radical qui permet de comprendre sa grandeur presque surhumaine dans certains cas, et dans d'autres ses désolantes maximes. Tous les stoïciens professaient la doctrine qu'il faut vivre et agir conformément à la nature, c'est-à-dire conformément à la raison et à la vertu, qui constituent la véritable nature de l'homme et la fin pour laquelle il est fait (1). De là cette conclusion que la volupté et le plaisir ne sont pas le bien, et sont seulement un moyen surabondant de pousser

(1) Jouffroy, Coursde droit naturel, t. lïl, p. \h. — Cousin, Cours de V histoire de la philosophie, t. I, p. 21 h et sniv. — Sénèque, Lettres, leU. LXXI et LXXIV.

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au bien les créatures douées de sensibilité. Ils ne tenaient donc presque aucun compte du corps et de ses penclian ts (1) , et plaçaient le souverain bien dans l'âme, c'est-à-dire dans la raison et dans la liberté. « Ce n'est pas dans une masse de chair^ s'écrie Sénèque dans une de ses lettres, que doit résider le bien suprême ; il se corrompt en pas sant de la partie de nous-même la plus noble à la plus vile : il n'y a de vrais biens que ceux que la raison procure; ils sont solides et durables. Ils ne peuvent ni périr, ni diminuer : les autres ne sont des biens qu'en apparence ; ils portent le même nom que les véritables, mais ils n'ont en réalité rien de bon; qu'on les appelle donc des avantages ou pour parler notre langue, producta. Mais sachons bien qu'ils sont nos esclaves et non des parties de nous-mêmes ; admettons-les chez nous, mais n'oublions pas qu'ils nous sont étrangers (2). »

(1) Cicéron : « Zeno, quasi expertes corporis simus, ani- » mumsolumcoraplectitur, n{De finibusbonorumetmalorum, lib. II, cap XIÏ.) — Sénèque, Lettres^ passiui.

(2) Sénèque, Lettres, lettre LXXIV. Sénèque revient sur cette idée dans plusieurs de ses lettres, et dans presque tous ses ouvrages ; mais, pius particulièrement dans les deux traités De la Providence et De la tranquillité de Vâme.

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Il ressorl de ce passage cette conclusion remarquable, que tout être raisonnable doit aller au bien par la raison, c'est-à-dire par l'intelligence; c'est-à-dire qu'il ne doit pas abandonner, selon l'expression de Jouffroy, l'accomplissement de sa destinée ou de sa fin au mouvement des penchants, à l'attrait du plaisir; car c'est là une qualité inférieure en lui et qui le rapproche des animaux (1). De là la nécessité d'une lutte continuelle contre les passions; de là toutes les vertus, le courage, la force morale, la patience, la magnanimité, etc. De là enfin ce mâle précepte : Supporte {sustine), supporte les chagrins qui s'engendrent de la lutte amère contre les passions; compte pour rien la révolte de tes plus chers sentiments, et tous les maux que la fortune t'enverra, la calomnie, la trahison, la pauvreté, l'exil, les fers, la mort même (2). Mais

(1) Jouffroy, Cou7's de choit naturel, t. III, p. 17. — Sénèque, Lettres, et plus spécialement la lettre LXXIV.

(2) Cousin, Cours de V histoire de la jihilosophie, t. I, p, 276. — Voici un passage remarquable de Sénèque :« Saistu d'aujourd'hui que tu es menacé de la mort, de l'exil, de la douleur? Tu es né pour tout cela. Tout ce qui peut arriver, regardons-le comme certain. Ce sont là tes principes, je le

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de là aussi cette conclusion suprême que lorsque le sage est las de combattre, lorsque la pureté de son âme lui semble en péril, lorsqu'enfin il en arrive à désespérer d'être victorieux dans la lutte, il peut et il doit la terminer par la mort, comme Galon et tant de grands hommes lui en ont donné l'exemple.

Tous les ouvrages des stoïciens nous ont transmis cette doctrine, Sénèque va même jusqu'à mettre dans la bouche de la Providence ou de Dieu ces paroles si significatives : «J'ai placé tous

sais. (Cependant, je te conseille de ne pas plonger ton âme dans cette inquiétude, car elle en serait oppressée, et elle aurait moins de vigueur lorsqu'il faudrait agir... Dis que lu as un corps fragile et mortel, auquel l'injustice cl la violence n'apportent pas seules de la douleur ; les voluptés elles-mêmes se changent en tourments. Les excès de la table sont suivis d'indigestion, d'ivresse, de la torpeur ou du tremblement des nerfs, la débauche, de la déformation des pieds, des mains, de toutes les arliculations. Je deviendrai pauvre? Je serai comme le plus grand nombre. Je serai exilé? Je me figurerai qne je suis né au lieu de mon exil. Je serai enchaîné ? Qu'estce que cela? Suis-je libre maintenaat ? La nature m'a attaché au joug si pesant de mon propre corps. Je mourrai ? Tu le dis, je cesserai d'être sujet aux maladies, à l'emprisonnement, à la mort. » (Sénèque, Lettres. Lettre XXIV.)

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tes biens en toi-même, et ton bonheur consiste à n'en avoir pas besoin. Mais il survient des circonstances affligeantes, affreuses, dures à supporter ! je ne pouvais t'y soustraire, mais je t'ai armé contre eile. Souffre donc courageusement; c'est en cela que tu peux l'emporter sur Dieu même. Il est à l'abri des maux; tu leur es supérieur. Méprise la pauvreté : on n'est jamais aussi pauvre qu'on l'était en naissant. Méprise la douleur : elle cessera ou lu finiras loi-même. Méprise la fortune: je ne lui ai pas donné de trait qui aille jusqu'à l'àme. Méprise la mort : elle n'est qu'un terme ou un passage. J'ai surtout pourvu à ce qu'on ne te retînt pas malgré toi dans la vie; le chemin est ouvert : si lu es las de combattre, lu peux fuir. Voilà pourquoi, de tous les besoins auxquels je t'ai soumis, le plus facile à satisfaire est celui de la mort. Ta vie est sur une pente, c'est pour la retenir qu'il faut des efforts. Considère combien est courte et unie la voie qui mène à la liberté! Je n'ai point mis autant d'obstacles à ta sortie qu'à ton entrée dans la

vie »

« Les taureaux les plus gras succombent sous une légère blessure : le moindre effort de la main

terrasse les animaux les plus vigoureux; le fer le plus mince peul rompre les liens du col ; et quand l'articulation, qui le joint à la tête, est une fois coupée, la masse entière tombe. La vie n'est pas profondément enracinée dans l'homme; il n'est pas même besoin du fer pour l'en faire sortir; il ne faut pas une blessure qui pénètre jusqu'aux entrailles. La mort est à ta portée; je n'ai point marqué d'endroits particuliers pour les coups : ils sont tous mortels. Ce qu'on appelle mourir, cet instant oii l'âme se sépare du corps, est trop court pour que la durée en soit sensible. Soit quun cordon t'étrangle, soit que l'eau t'ôte la respiration, soit que la dureté du sol fracasse ta tête, à la suite d'une chute volontaire, d'un lieu élevé; soit que tu t'étouffes en avalant des charbons ardents ; sous quelle forme que tu cherches Ja mort, elle sera prompte. Ne rougis-tu pas de craindre si longtemps ce qui dure si peu (i) ? »

Le suicide était donc inévitablement au bout

(1) Sénèque, De providentia. Chap. VI. Voyez aussi les letu^esXII, XXIV, LVIII, LXX. etc. Voyez encore lelraiié, de TranquiUitate animi.

37*2 HISTOIRE DU suicide

de toutes ces doctrines. Le terrain était d'ailleurs parfaitement préparé pour favoriser leur propagation. En Grèce, l'immense désordre moral et matériel qui suivit la mort d'Alexandre, les dissensions, les haines, les vengeances, qui désolèrent tous les états et jusqu'aux plus petites villes de cette malheureuse contrée, et ne cessèrent qu'après la conquête romaine; à Rome, la concorde entre les citoyens affaiblie et détruite, l'anarchie des factions, les séditions sanglantes, la guerre civile avec ses massacres, ses flots de sang, ses proscriptions et ses caprices, et à la suite de tous ces maux, la corruption des mœurs, l'abandon des anciennes lois, le relâchement des sentiments religieux, de la discipline militaire, du culte de la patrie et du foyer domestique, tout semblait s'être réuni pour rendre les esprits dociles aux enseigments, ici des épicuriens, là des stoïciens. Ce que ceux-ci produisirent à la longue, toutes les histoires, tous les écrits parvenus jusqu'à nous le proclament à l'envi les uns des autres. Ce fut comme une immense lassitude qui s'emparade toutes les âmes, un malaise moral, un mécontentement de soi-même, une sorte de besoin de mourir, dont

bien peu furent exempts (1), De là naquit une véritable épidémie de suicide qui gagna de proche

(1) Quelques philosophes grecs, et après euxSéiièque ont très bien décrit cet état de Viunc, cetcediiim vitœ, ce besoin de mourir qui envahit le nîonde romain, sous les empereurs. Dans son traité de Tranquillitate animi, ce grand écrivain nous montre l'âme de ses contemporains toujours flottante, toujours isolée, toujours inquiète, se consumant dans une agitation stérile, voulant aujourd'hui ce qu'elle ne voudra plus demain, mécontente de tout, d'elle-même et des autres, du passé, du présent et souvent de l'avenir. Dans cet état, l'homme recherche la solitude et la retraite pour trouver un peu de repos; mais bientôt celles-ci lui deviennent lourdes et pesantes: « son âme abandonnée à elle-même ne peut soutenir sa propre vue. De là, cet ennui, ce dégoût desoi-même,

cette rotation continuelle d'une âme qui ne peut se fixer

De là encore, le chagrin, la langueur, les tempêtes d'une âme inconstante, qu'agitent alternativement et les élans de l'espérance et l'abattement du désespoir, qui maudit sans cesse un repos importun, qui gémit de n'avoir rien à faire, et voit avec envie les succès des autres, » Cet homme alors se jette encore dans le mouvement et le bruit; il a besoin de se fuir lui-même, il appelle en vain à son aide les distractions, les voyages, des spectacles toujours nouveaux. « Les voyages se succèdent, les spectacles se remplacent, et comme dit

Lucrèce, hoc se quisque modo semper fugit Slais que

sert de se fuir si l'on ne peut s'éviter ? On se retrouve tou-

eiî proche et s'étendit à lout le monde romain, qui dura plusieurs siècles et moissonna tous les

jours, on se rapproche de plus en plus. Sachons donc que ce n'est pas aux lieux, mais à nous-mêmes qu'il faut nous en prendre. Trop faibles pour supporter et la peine et le plaisir, nous sommes également à charge et aux autres et à nousmêmes. Aussi, beaucoup ont pris le parti de mourir, en voyant qu'à force de changer ils ne faisaient que recommencer le même cercle, sans aucun espoir de trouver rien de nouveau. Quoi ! toujours la même chosel Ce mot qui fait le désespoir des voluptueux les a souvent dégoûtés du monde entier et même de la vie. » (Sénèque, de Tranquillitute animi. Chap. IL)

Lucrèce avait connu et étudié, avant Sénèque, celte maladie de son époque. Il l'a décrite presque dans les mêmes termes. « Si les hommes connaissaient la cause et l'origine des maux qui assiègent leur âme, comme ils sentent le poids accalîlant qui s'appesantit sur eux, leur vie ne serait pas si malheureuse. On ne les verrait pas chercher toujours sans savoir ce qu'ils désirent, et changer sans cesse de place , comme si, par celte oscillation continuelle, ils pouvaient se délivrer du fardeau qui les oppriiise. Celui-ci quitte son riche palais pour se dérober à l'ennui ; mais il y rentre, l'instant d'après, ne se trouvant pas plus heureux ailleurs. Cet autre se sauve précipitamment dans ^a villa ; on croirait qu'il accourt pour y éteindre un incendie. Mais à peine en a-t-il touché les limites qu'il y trouve l'ennui. Il succon)be au sommeil et cb^r-

ans des milliers de victimes. Tristes saturnales delà mort dans lesquelles se précipitèrent, comme à l'envi et avec une fureur sauvage, tout ce que cette civilisation mourante produisit de plus grand par le cœur ou l'intelligence, ou de plus illustre par la naissance et la fortune !

Devons-nous maintenant rappeler les faits particuliers qui sont disséminés dans tous les écrits du temps? Ce serait là une tâche aussi longue que fastidieuse, et qui n'offrirait d'ailleurs qu'un intérêt bien secondaire. Les anciens ne faisaient pas de statistique, ou du moins il n'en est rien parvenu jusqu'à nous. Nous ne pouvons donc rien savoir de positif sur le chiffre annuel des morts volontaires à la fin de la république et sous les empereurs, et nous sommes obligés de nous en tenir à des conjectures. Cependant, tout porte à croire que ce chiffre a dû être très élevé. Il suffit de parcourir les écrits de Diogène Laerce, de Plutarque, Cicéron, Dion, Suétone,

che à s'oublier lui-Enême, ou regagne bientôt la ville avec la même vitesse qu'il l'avait quittée. Ainsi chacun se fuit sans cesse, mais sans pouvoir s'éviter. On se retrouve toujours. » (l.ucrèce, De N attira deoruin, liv. III, vers 1,066.)

Tacite, Sénèque, Pline, etc., pour se rendre compte de la facilité avec laquelle se donnaient la mort les personnages les plus éminents, des philosophes, des écrivains, des guerriers, des jurisconsultes, etc. Tous les motifs, même les plus futiles, un froissement d'amour-propre (1), la satiété et le dégoût des plaisirs (2), la recherche d'une vaine gloire (â) , une maladie quelquefois légère (/;), un revers souvent réparait) Fuh'ius, favori d'Auguste, ayant mécontenté son maître pour avoir divulgué un secret que celui-ci lui avait confie, annonce à sa femme qu'il est résolu de se tuer : » Tu ne feras que raison, veu qu'ayant assez souvent expérimenté l'incontinence de ma langue, tu ne l'en es point donné de garde : mais laisse que je me lue la première. » Et, sans autrement marchander, se donna d'une épée dans le corps. (L>Iontaigne, Essais, Liv. II, cliap. IlL)

(2) Le suicide d'Apicius (Sénèque, Consolation à Helvia, Chap. X); celui de Pétrone (Tacite, Annales. Liv. XVI, chap. XVIII).

(3) Suicide d'Isocrate, à l'âge de quatre-vingt-dix ans (Valcrc-Maxime, liv. III) ; celui de Démosihène (Plutarque, Vie de Démosthene); celui de Cécilius Cornutus (Tacite, Annales, liv. IV, chap. XXVIII), etc., etc.

[k) Les philosophes Speusippe et Cléanthe (Montaigne, Essais, liv. II, chap. III et XIII) ; Pomponius Alticus, l'ami

ble (1), le désir d'échapper à la tyrannie, ou de se soustraire à un supplice immérité (2), tous les motifs, disons-nous, étaient bons pour amener la" plus funeste résolution.

Et puis ces exemples venus de haut devaient nécessairement trouver de nombreux imitateurs. Personne n'ignore le rôle immense que le besoin d'imitation exerce sur les déterminations humaines, même les plus graves. Nous avons rappelé l'histoire des filles de Milet, et celle des citoyens romains qui se tuaient, comme à l'envi les uns des autres, sous le règne de Tarquin. Nous reviendrons plus loin sur cette question. U sem-

de Cicéron (Cornélius Nepos, Vie d'Atdcus) ; Tullius iVJarcelinus (Sénèque, Lettres, lettre LXXVII). Cornélius Rufus et Titus Arislon, dont Pline nous a conservé l'histoire (Pline, liv. I, leti. XII et XXII).

(1) Brutus et Cassius. « Et Cassius et Brulus, au contraire, achevèrent de perdre les reliques de la Romaine liberté, de laquelle ils estoient protecteurs, par la précipitation et témérité de quoy ils se tuèrent avant le temps et l'occasion. » (Montaigne, Essais, liv. Il, chap. III.)

(2) Le nombre de ces malheureux fui innombrable. Nous citerons seulement Sénèque, Thraséas, Corbulon, L. Arruntius, Petus, sa femme Ârria, etc., etc. (Voy. Suétone, Tacite, Dion, pasfiim.)

378 HISÏOIHE DU SUICIDE

bleraitd'ailleiirs que cette observation n'avait pas échappé aux anciens. Dion constate que sous le règne de Claude, après la révolte de Scribonianus, le suicide devint une véritable mode et qu'on tomba dans de tels excès, qu'on fit consister le plus grand bonheur et la plus grande gloire à souffrir la mort ou à se îa donner, de gaieté de cœur (1). Du temps d'Horace, les gens désespérés allaient se précipiter dans le Tibre du haut du pont Fabricius (2). Presque tous les écrivains disent ou laissent deviner que ce fanatisme de la mort avait gagné toutes les classes de la population. Sénèque rappelle à Lucilius, dans une de ses lettres, que sans avoir à rechercher dans l'histoire du passé, il trouvera, dans le siècle même où ils vivaient, des hommes de tous tes rangs, de toutes les fortunes^ de tous les âges, qui ont mis fin à leurs maux, par une mort volontaire (3). Plus loin, dans une autre de ses lettres, il lui donne en exemple le suicide récent de plusieurs gladiateurs, puis il ajoute : « Nous regardons comme inimitables les Caton, les Sci-

(l)Dion,liv.LX.

(2) Horace, Satires, liv. II, sat. III.

(3) Sénèque, Lettres, leUre XXIV.

pion, ot tant d'autres que nous sommes accoutumés à admirer ; mais je te ferai voir que cette vertu est aussi commune chez les héros du cirque, que parmi les chefs de la guerre civile (i). » Tacite et Plutarque, après avoir raconté le suicide de l'empereur Othon, ajoutent que quelques soidats se tuèrent auprès de son bûcher, non par crainte oi! par remords, mais par une émulation de gloire et par attachement pour ce prince. Tacite fait aussi remarquer que depuis, à Bédriac, à Plaisance, et dans les autres camps, beaucoup de morts semblables célébrèrent celle d'Oihon : « Celebratum id geniis mortis (2). « Voici encore une réflexion de Tacite. Cet écrivain ayanl à raconter la mort de L. Pison, préfet de Rome, sous Tibère, ajoute, avec sa concisionordinaire,rarwm, in tantâ clariliidine, fato obiit (3). Ces faits, que je

(1) Calones, Scipionesque , et alios, quos audire ciim admiraiione consuevimus, supra imita lioiiem positos putainus : jarn ego istam virtutem habere lam mulla exempla in ludo bestiario, quam in ducibus bellicivilis, osteiidaui. » (Seneca, Epist, epist. LXX.)

(2) Plutarque, Vie d'Othon. • — Tacite, Histoire, liv. II, chap. XLIX.

(3) Tacite, Annales, liv. VI, chap. X,

pourrais multiplier, pour ainsi dire, à l'infini, doivent suffire pour justifier les expressions d'éjoidémie de suicide, dont nous nous sommes servi un peu plus haut, et pour faire admettre, qu'à l'époque dont nous parlons, celui-ci était très fréquent à Rome et dans les provinces, ainsi que dans toutes les classes de la population.

D'ailleurs les lois qui régissaient la matière, et elles étaient nombreuses, semblaient avoir été faites pour fa voriserledéveloppement de ce funeste pencliant. Évidemment inspirées par les doctrines et la morale stoïciennes, elles professaient un véritable culte pour la liberté humaine. Moii licet ciii vivere non placet, tel est, ainsi que nous l'avons déjà dit, le principe qui les domine toutes. C'est à ce point qu'une de ces lois l'applique même aux exclaves : « Si un esclave s'est blessé, dit-elle, le dommage ne doit pas être déduit de son pécule, pas plus que s'il s'était tué ou précipité; car il est permis par la loi naturelle, même aux esclaves, de sévir sur leurs corps. Licet etiam servis natui^aliler^ in suum corpus sœvire (1). »

(1) Digeste, liv. XV, lit. ï, I. 9, § 7. — Ulpianiis, liv. 29.

CHEZ LES IIOMAINS. 381

Cependant, en accordant celle faculté à l'esclave, le législateur veut sauvegarder autant que possible les intérêts du maître. Aussi annule-t-il la vente d'un esclave, lorsque celui-ci a fait quelque temps après une tentative de suicide (1). Voici les curieux motifs sur lesquels il s'appuie : « Est dit {réputé) mauvais esclave celui qui fait quelque chose pour se retirer des affaires de ce monde : qui a essayé de se pendre, qui a pris du poison, ou s'est précipité d'un lieu élevé, ou a fait toute autre chose, dans l'espoir de se donner la mort ; car il est capable de tout oser contre les autres, lorsqu'il a osé agir ainsi contre lui-même (2). » Ces deux lois sur le suicide dos esclaves ne sontelies pas une preuve éclatante que ce triste penchant avait pris une énorme extension, et avait gagné jusqu'aux esclaves, si nombreux dans le monde romain ?

Quant à ce que nous avons dit plus haut, que la loi elle-même tendait à en favoriser la production, Tacite le constate d'une manière très nette,

(1) Digeste, liv. XXI, lit. I, 1. 23, § 3. — Ulpianus, liv. 5.

(2) Digeste, id.. id.

382 LÉGISLATION DU SUICIDK

lorsque las, pour ainsi dire, d'enregistrer dans ses annaleslesmorîsvolonlaires de tant d'hommes illustres dans l'État, qui signalèrent surtout les derniers mois du règne de Tibère, il s'écrie : « Cependant le sang coulait à Rome sans interruption. Labéon, qui avait gouverné la Mœsie, se fit ouvrir les veines, et fut inciité par sa femme Paxéa. La crainte du bourreau multipliait ainsi les morts volontaires. D'ailleurs ceux qui se laissaient condamner, étaient dépouillés de leurs biens et privés de sépulture, tandis que ceux qui disposaient eux-mêmes de leur vie, assuraient leur sépulture et la validité de leurs testaments : c'était la récompense de leur prompte résolution (1). »

Il paraît, en effet, que, sous les premiers empereurs, les choses se passèrent ainsi à peu près constamment. Suétone est ici d'accord avec Tacite. Mais cette espèce d'immunité accordée aux individus qui prévenaient leur condamnation

(1) Nam prumptas ejus mcdi mortes metus carnificis faciebat, et quia damnati, publicatis bonis, sepuUura prohibebantur, eorum qui de se staluebaut liumabantur corpora, manebaiu testamenta, pretium festinandi. » (ïaciti Annalium, lib., VI, chap. XXIX.)

CHEZ LES ROMAIINS. 383

par une mort volontaire, enlevait au fisc une somme considérable de revenus. Celle-ci était même, dans quelques circonstances, l'occasion de dépenses îrès onéreuses pour le trésor public, qui payait les délateurs, dans les cas de crimes de lèse-majesté, ainsi que cela résulte du témoignage de Tacite (\). C'était là chose grave , surtout pour des princes dont les besoins augmentaient sans cesse, et qui étaient très peu scrupuleux sur le choix des moyens à employer pour les satisfaire. De là sans doute la loi de

(1) Tacite, Annales, liv, IV, chap. XXX. Il rappelle qu'à l'occasioti du suicide de Goniuius, on proposa dans le sénat l'abolition des récompenses accordées aux accusateurs, dans les cas où les accusés de lèse-majesté se donnaient la mort avant le jugement.

Montesquieu a fait la même remarque : « Sous les premiers empereurs, dit-il, la coutume s'introduisit de prévenir la condamnation par une mort volontaire; on obtenait ainsi les honneurs delà sépulture, et les tesiamenis étaient exécutés. Mais lorsque les empereurs devinrent aussi avares qu'ils avaient été cruels, ils ne laissèrent plus à ceux dont ils voulaient se défaire, le moyen de conserver leurs biens, et ils déclarèrent que ce serait un crime de s'ôter la vie, par le remords d'un autre crime. » (Montesquieu, Esprit des Lois. liv. XXIX, chap. IX.}

Marcien : De bonis eorum qui ante sententiam sibi conscivertmt morlem. « Ceux qui, étant accusés d'un crime ou surpris en flagrant délit, se tuent par crainte d'une condamnation imminente, n'ont pas d'héritiers.

» Cependant Pius a écrit que, dans ce cas, les biens ne sont confisqués qu'autant que le crime, dont celui qui s'est donné la mort était accusé, aurait entraîné une condamnation à mort ou à la déportation.

)3 îl a écrit encore que s'il n'était coupable que d'un vol modique, ses biens ne devraient pas être confisqués, pas plus qu'ils ne l'auraient été s'il avait été condamné pour le même fait. A plus forte raison doit-on confisquer les biens du suicidé, dont le crime aurait entraîné une condamnation telle , que la confiscation s'en serait suivie.

»Mais si quelqu'un s'est donné la mort par ennui de la vie, par impatience d'une douleur quelconque ou par toute autre cause, ses biens retournent à ses héritiers, d'après la décision du divin Antonin. Adrien a même décidé que celle règle devait être observée lorsqu'il s'agissait d'un père accusé d'avoir tué son fils, parce que,

dans ce cas, le suicide doit être attribué à la douleur d'avoir perdu son fils (1). «

Comme on le voit sans peine, cette loi prévoit à peu près tous les cas qui peuvent se présenter. Cependant elle n'énumèro pas complètement les causes qui rendent le suicide excusable ou licite; colles-ci sont indiquées dans quelques autres lois, qui sont disséminées dans le Digeste ou le Code, et dont celle qui précède semble être le résumé. Ces causes sont l'ennui de la vie, ce iœdiumvUœ dont Sénèque nous a laissé une peinture si éloquente; un chagrin violent; l'impatience de la douleur ou d'une maladie; la vanité ou la forfanterie, comme chez certains philosophes, ajoute le texte (2); la fureur et la folie (3). Notons aussi, en passant, que, par une

(Ij Digeste, liv. XLVIII, lit. XXI, 1. 3. Marcianus. De

bonis eorum qui antè sententiam sibi niortem consciverunt.

(2) Digeste, liv. XXVIII, tit. III, 1, 6, § 7. — Ulpianus, iiv. 10.

(3) Digeste, liv. XXVIII, lit. IV, 1. 6, § 7. Code, liv. IX, lit. h. De bonis eorum qui mortem sibi consciverunt. (Imp. Anloninus.) Cette dernière loi ajoute, après avoir énumcré les causes précédentes, ou par une autre cause légitime. Rien

disposition spéciale, la loi ordonne que, « si un mari a fait une donation à sa femme el s'est ensuite donné la mort pour échapper au remords d'un crime, la donation sera annulée; quoique les donations faites à d'autres soient valables, si elles n'ont pas été faites en vue de celte mort (1). »

Enfin il existait une législation spéciale, beaucoup plus sévère, applicable au suicide des militaires. ÂRome, plus encore peut-être qu'ailleurs, le militaire n'était pas libre, comme le simple citoyen. Il ne s'appartenait plus pour ainsi dire, il avait engagé sa foi et sa vie, il s'était donné tout entier à la patrie, à l'État. Il ne pouvait plus dès lors disposer de sa vie sans crime. Aussi, la loi punissait-elie, chez lui, même la tentative de suicide. " Le militaire qui essaye de se tuer et survit à sa tenlalive de suicide, est pani de mort, si son action n'a pasélé provoquée par l'impatiencedela douleur ou d'une maladie, par un violent chagrin ou par toute autre cause. Dans tous les cas il est

n'était donc plus étendu et plus élastique que cette législation.

(1) Digeste, liv. XXIV, tit. I, 1. 32, § 7. — Ulpianus, liv. 33.

CHEZ LES ROMAINS. o87

renvoyé et noté (i'infamie (i). » Enfin, les testaments des militaires qui s'étaient tués par suite du remords d'un crime militaire étaient annulés. Ils étaient au contraire conservés si le suicide avait eu lieu par ennui de la vie ou par douleur d'une maladie. Or , dans ce dernier cas, si le militaire n'avait pas fait de testament, ses biens revenaient à ses parents, ou, à leur défaut, à la légion (2).

Il était difficile, on le voit, d'être plus indulgent pour le suicide. Mais aussi qu'on était loin des anciens temps et des anciennes mœurs, ces temps et ces moeurs qui produisaient des hommes tels que Régulus, retournant à Garihage, où des supplices atroces l'attendaient, plutôt que de manquer à la foi jurée, et ne pensant même pas que le suicide pouvait être, pour lui, un bienfait et une délivrance ! Qu'il y a loin de ce grand

(1) Digeste, liv. XLVJII, til. XIX, 1. 36, § 12. Paulus, liv. 1, Sententiarum. Voyez aussi une loi de l'empereur Adrien, conçue à peu près dans les mêmes termes, dans le Digesle, liv. XLIX, lit. XVI, I. 6. S 7. Arrius Menander, liv. 1 , Dere militari.

(2) Digeste, liv. XXVIII, tit. IV, 1. 6, § 7. — Ulpianùs, liv. 10.

â88 OPINION DE SAINT AUGUSTIN

homme à Galon, el surloul à ces Romains dégénérés qui se lançaient dans la mort, sous le plus futile prétexte et avec une facilité et une aisance qui n'ont jamais «Hé égalées depuis ! La législation sur le suicide, que ces temps nouveaux avaient produite, et qui avait remplacé les anciennes lois de la Grèce et de Rome, resta en vigueur longtemps encore après le triomphe du christianisme et son inslallalion sur ie trône des Gésars. Los premiers empereurs chrétiens acceptèrent la jurisprudence de leurs prédécesseurs, jurisprudence que nous avons vu avoir été plutôt fiscale que répressive, puisqu'elle punissait non pas le suicide en lui-même, mais seulement le crime dont le suiciiié avait voulu éviter le juste châtiment, et n'infligeait le plus ordinairement qu'une peine pécuniaire. Enfin, au vr siècle de notre ère, Justinien donna à ces lois une nouvelle sanction en les reproduisant , sans aucun correctif, dans le Gode et le Digeste.

Il est positif cependant que depuis longtemps la nouvelle religion avait prolesté contre cette doctrine impie, par la voix de ses principaux docteurs. Geux-ci, s'appuyant sur la morale évangélique, s'étaient efforcés de faire admettre un

principe directemenl contraire à celui des stoïciens, et de faire considérer le suicide comme un crime, comme un véritable homicide. Mais c'est vraiment à saint Augustin qu'appartient la gloire d'avoir fixé toutes les incertitudes sur cette question. Son adiïiirable ouvrage de la Cité de Dieu renferme une réfutation aussi logique qu'incisive et éloquente de tous les sophismes produits à l'appui de l'opinion contraire. Avant lui quelques pères de l'Église semblaient ad luellre, dans leurs écrits, quelques exceptions à la loi, qui défend la mort volontaire. Ils excusaient, jusqu'à un certain point, celle ardeur de la mort qui poussait assez souvent les chrcliens à aller eux-mêmes s'offrir au martyre, pendant les lemps de persécution. Ils approuvaient le suicide de ces vierges chrétiennes qui, pour soustraire leur pudeur à une \iolence brutale, s'étaient donné la mort (l),

(1) On peut ciler parmi ces snintes femmes, Pélagie, sa mère et ses sœurs, loin'es par saint Ambroise, De Virginibus, liv. m, et leit Vfl Voyez aussi, sur la mort héroïque des deux vierges Béiéiiice et Prosdoce, le discours de saint Jean Chrysostome, t. II, p 756 et suiv. de la nouvelle édition. (Note de M. Saissel, dans sa traduction de la Cité de Dieu, de saint Augustin, t. I, p. 5û.)

â90 OPINION DE SAINT AUGUSTIN

SaiiU Augustin n'admet même pas ces exceptions. Ce n'est pas sans raison, dit-il, que, dans les livres saints, on ne saurait trouver aucun passage où Dieu nous commande ou nous permette, soit pour éviter quelque ma!, soit même pour gagner la vie éternelle, de nous donner volontairement la mort, au contraire, cela nous est interdit par le précepte, tu ne tueras point. Ces termes sont absolus; la loi divine n'y ajoute rien qui les limite; d'oi^i il suit que !a défense est générale et que celui-là même à qui il est commandé de ne pas tuer ne s'en trouve pas excepté... (1). Pourquoi détestons-nous le suicide de Judas? Pourquoi la Vérité elle-même at-eile déclaré, qu'en se pendant, il a plutôt accru qu'expié le crime de son infâme trahison? (Vest qu'en désespérant de la miséricorde de Dieu, il s'est fermé la voie à un repentir salutaire... (2). Plus loin saint Augustin rappelle, à l'occasion du suicide de Caton, que ses propres amis, hommes éclairés tout autant que lui, s'efforcèrent de l'en dissuader, ce qui prouve bien qu'ils

(1) Saint Augustin, La Cité de Dieu, liv. I, chap. XX.

(2) Saint Augustin, loc, cit., liv. I, chap. XVII,

voyaient plus de faiblesse que de force d'âme dans cette résolution, et l'altribuaientmoins à un principe d'honneur, qui porte à éviter l'infamie, qu'à un sentiment de pusillanimité, qui rend le malheur insupportable. D'ailleurs pourquoi Caton a-t-il donné, avant de mourir, à son fils bien-aimô le conseil de vivre, ei de tout espérer de la clémence de César? Pourquoi, si sa conviction était entière, ne pas l'obliger plutôt à périr avec lui? Il n'a donc pas pensé qu'il lût honteux de vivre sous la loi de César triomphant, puisque autrement il se serait servi, pour sauver l'honneur de son fils, du même fer dont il perça ses entrailles (1)?

Combien plus grande et préférable lui paraît la conduite du saint homme Job, qui aima mieux souffrir dans sa chair et dans son âme les plus cruelles douleurs que de s'en délivrer par la mort, comme sa femme et ses amis lui en donnaient le conseil! Combien plus grand encore s'est montré Régulus qui, inébranlable dans sa patience à subir le joug deCarthage, et, dans sa fidélité à aimer Rome, ne consentit pas plus à

(1) Saint Augustin, /oc. c<Y,, liv. I, cliap, XXIII,

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